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5 (1870) Savants du XVIIIe siècle : Newton, Leibniz, D'Alembert, Euler, Bernouilli, Fontenelle, Linné, Boerhaave, Haller, Spallanzani, Jussieu, Réaumur, Buffon, Condorcet, Rouelle, Lavoisier / par Louis Figuier
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LAVOISIER

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il avait si patiemment édifié le monument de son génie. Lou-vrage devait se composer de huit volumes ; mais son empri-sonnement, survenu dans lintervalle, arrêta limpression, et lonna retrouvé que le second volume complet, le premier presqueentier et quatre feuilles du troisième. Il nest rien peut-être daussitouchant que la vue de ce livre mutilé, tout dun coup la penséereste suspendue, la phrase, brusquement coupée, va séteindredans le silence dun tombeau. 11 est impossible douvrir ces pagessolennelles sans ressentir au cœur la plus poignante tristesse. Cestle testament du génie ; cest le simple témoignage, légué aux géné-rations futures, dune existence féconde, ravie de trop bonne heureà la science et au progrès.

Voici les nobles et touchantes lignes que plaça en tête delouvrage, la main pieuse dun ami resté ignoré :

i En 1792, M. Lavoisier avait conçu le projet de former un recueilde tous ses mémoires lus à lacadémie depuis vingt ans. Cétait, enquelque manière, faire lhistoire de la chimie moderne.

» Pour rendre cette histoire plus intéressante et plus complète, ilsétait proposé dy intercaler les mémoires des personnes qui, ayantadopté son système, avaient fait des expériences à son appui.

» Ce recueil devait former environ huit volumes. LEurope saitpourquoi ils nont pas été achevés.

» Plusieurs savants ont désiré quils fussent mis au jour. On alongtemps hésité. Il est difficile de ne pas éprouver une sorte decrainte, lorsquil sagit de publier des écrits que na pas terminés unhomme qui jouit, avec justice, dune grande réputation. Cest quandon la perdu que lamitié doit commencer à devenir sévère, et ne faireparaître que ce qui doit ajouter à la gloire dun être chéri et vé-néré.

o On aurait persisté, et ces fragments nauraient pas paru, sils necontenaient un mémoire de M. Lavoisier , qui réclame, daprès lesfaits quil y expose, 1 la nouvelle théorie chimique, comme lui appar-tenant; cest donc un devoir envers lui que de fixer lopinion des sa-vants sur cette vérité. »

Lorsquon a parcouru les simples périodes de cette vie si pureet si féconde, et que tout dun coup on se trouve en face de ce ter-rible dénoûment qui sapprête (car on a beau reculer, hésiteiet attendre, il faut toujours en venir), on est saisi duneinvincible tristesse. Que nest-il permis de sarrêter, de restersous la vive impression de cette gloire nationale, et de fermerles yeux sur une douloureuse image, sur le spectacle dun