VIII
INTRODUCTION.
;i fait reconnaître que pour un même poids dezinc oxydé, par suite pour une même quantitéd’électricité nécessairement proportionnelle àla quantité de zinc, la chaleur dégagée, tantdans l’intérieur d’une pile que dans un fil mé-tallique qui en réunit les deux pôles, était unequantité constante. Cela est vrai, quelle quesoit la nature de ce fil, sa section ou sa lon-gueur, et par suite l’élévation de sa température.
Nul doute, par suite, sur le principe d’équi-valence de l’électricité et de la chaleur ; il nereste plus, pour formuler le chiffre qui la re-présente, qu’à bien définir l’unité complèted’électricité, qui paraît s’exprimer d’une ma-nière satisfaisante pour le fil possédant l’unitéde résistance, par le produit de l’intensité ducourant (mesuré par la déviation d’un gal-vanomètre) multipliée par la durée de l’action.
L’équivalence ne doit pas faire confondreensemble des forces dont les effets sont très-différents. Ainsi, bien que les manifesta-tions de l’électricité soient accompagnées leplus souvent de phénomènes ignés, il ne fautpas les considérer comme indiquant sa nature.Celle-ci n’est pas plus ignée que celle du mar-teau dont les coups répétés échauffent un mor-ceau de métal. La foudre ne descend desnuages, en rayons lumineux, que parce qu’unegrande partie de sa puissance de travail estmétamorphosée en chaleur par la résistancede l’air; elle n’embrase que les corps qui s’op-posent à sa marche , celte résistance étant,comme l’expérience le prouve, la condition dudégagement de la chaleur, et épargne au con-traire les corps qui se laissent facilement tra-verser. C’est précisément là le principe du pa-ratonnerre.
Les idées d’équivalence de chaleur et d’élec-tricité concordent parfaitement avec la ma-nière de concevoir la nature de celle-ci *juirésulte des derniers progrès de la science. Lesphénomènes de l’électricité sont considéréscomme engendrés par une polarisation molé-culaire , une vibration tendant à rapprocherles pôles des molécules, résultat ou cause del’ébranlement de l’éther sûrement mis enmouvement dans les phénomènes lumineuxproduits par une tension électrique suffisante.
Elles ne permettent pas d’admettre l’exis-tence d’un fluide, d’une substance électriquespécifique, car l’existence d’une telle substance,dont la quantité ne serait susceptible ni d’aug-mentation ni de diminution, est incompatibleavec le fait de la métamorphose de l’électricitéen chaleur et en force mécanique.
Avec la substance électrique, tombe égale-ment la substance magnétique, la scienceayant établi l’identité des phénomènes magné-tiques ef des courants électriques. Ainsi l’em-pire des impondérables touche à sa fin; et la
science se débarrasse chaque jour de ces agentsmystérieux multiples, qu’on douait de pro-priétés nouvelles chaque fois qu’il se présen-tait un phénomène nouveau à expliquer.
Disons maintenant quelques mots des rela-tions de la chaleur avec les phénomènes pro-duits par les forces d’attraction qui, entre élé-ments différents nous donnent tous les com-posés qu’étudie la chimie, entre éléments,semblables les corps solidifiés par la cohésionde leurs molécules.
Occupons-nous d’abord de ce dernier cas.
Les cohésions des corps peuvent être dé-truites soit par le travail mécanique, soit parla chaleur, soit même être modifiées par l’élec-tricité. Mesurées directement par le travail mé-canique qui peut les détruire dans les expé-riences de rupture , indirectement par lachaleur latente de fusion des corps, la loid’équivalence avec le travail mécanique résultede leur destruction directe par celui-ci, ce quiimplique bien une nature semblable ; con-séquence encore de ce qu’elles sont duesà des forces de même nature que celles quiengendrent le travail mécanique lui-même,que la pesanteur, par exemple, engendrée parl’attraction terrestre.
Au point de vue de la permanence généraledes forces, les cohésions des solides appa-raissent comme constituant un immense ma-gasin de travail résistant, ou de chaleur équi-valente qui remplit probablement un rôlede régulateur universel. C’est ainsi qu’unegrande quantité de chaleur sera absorbée danscertains cas pour fondre des substances, et l’ab-sorption de cette chaleur latente ne causeraaucun changement de température, bien quesa quantité soit très-considérable comme letravail des cohésions détruites. Inversement lasolidification d’une masse liquide dégagera unequantité de chaleur correspondant à unequantité de travail considérable.
Le rôle que nous attribuons ici aux liquideset aux solides comme régulateurs de chaleur etde travail, est également vrai des gaz et des va-peurs, dont la formation entraîne l’absorptionde grandes quantités de chaleur (par l’évapo-ration produite à la surface des mers notam-ment) que dégage leur liquéfaction.
La notion d’équivalence du travail méca-nique ou de la chaleur avec la cohésion entrelesatomessimilaires d’un corps, sous l’influencedes forces d’attraction, s’applique évidemmentde tout point aux cohésions entre atomes diffé-rents, opérées par l’action de forces tout à faitsemblables à l’attraction dites affinités, pourtous les composés qu’étudie le chimiste. Lanotion de métamorphose du travail en chaleur