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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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AIXUilETTES CHIMIQUES.

bois.Ce débitage se fuit dans des ateliers séparés de la lu-brique d’allumettes. En France , le bois le plus employéest le tremble, qui est léger et facile à fendre. On yutilise également le bouleau , qui est plus lourd et donnede meilleurs produits, mais d’un prix de revient supé-rieur à ceux du tremble. Avant de couper le bois, onle dessèche au four, on le scie ensuite en* troncs de cy-lindres qui sont débités en tiges carrées ou cylindriques.Connue les fibres du bois de tremble et de bouleau nesont pas droites, les tiges coupées, carrées ou rondes,n’ont guère de fils dépassant en longueur deux fois lediamètre de celles-ci, ce qui rend ces tiges très-su-jettes à sc casser lors du frottement qu’on exerce pourallumer la pâte phosphoréc. On évite cet inconvénienten prenant rallumette le plus près possible du bout,mais, dans ce cas, on risque de se brûler les doigts.Certaines allumettes carrées, en bois léger, qui sc trou-vent dans la consommation parisienne, présentent cedéfaut de solidité à un degré très-prononcé.'Le frag-ment (rallumette qui se détache tombe souvent à terre,quand il a déjà pris feu, ou bien s’il ne s’est pas al-lumé, il s’enflamme par le frottement involontaire dupied; dans l’un et l'autre cas, les risques d’incendiesont évidents. ,

Les bouts des allumettes sciées conservent la tracede la scie; ce qui rend leur extrémité plucheuse et nuità l’opération du chimicage. La pâte phosphorée s’enve-lopperait très-irrégulièrement. Les bouts qui présententce défaut devraient être roussis, par leur applicationcontre une surface rougic, avant d’être soufrés, commeon le pratique pour les allumettes où un corps grasremplace le soufre.

Mise en presse. — Four que le bout de chaque tige jd’allumette puisse recevoir d’abord le soufre, puis la |pâte phosphorée, il est indispensable de les tenir isolées jles unes des autres ; on arrive à ce résultat par la mise ;en presse. A cet effet, une ouvrière, car c’est presquetoujours une femme qui exécute ce travail, prend danssa main un certain nombre d’allumettes, et elle lesétend rapidement sur une planchette à crans, disposéede telle sorte que chaque cran, creusé un peu en biais,retient une allumette; elle prend aussitôt de son autremain une autre planchette semblable, et elle en re-couvre la première, puis elle étend de nouveau scsallumettes; chaque planchette présente à son reversdeux bandelettes de flanelle collées dans le sens de salongueur, et destinées à maintenir les allumettesqu’elle recouvre ; ces planchettes, ainsi garnies, se su-perposent et se fixent les unes sur les autres, en rem-plissant l’espace laissé entre deux baguettes rondes etverticales, taraudées à leurs sommets, qui reçoivent lesplanchettes par les deux trous qu’on a ménagés à leursextrémités. Lorsque ce châssis est rempli par vingt ouvingt-cinq planchettes superposées, on les fixe toutesau moyen d’une dernière planchette pleine, qui estassujettie par des vis. C’est là le procédé autri-chien , qui est exécuté de la meme manière danspresque toutes les usines. Néanmoins, en France , quel-ques industriels opèrent la mise en presse à l’aide d’unemachine.

Trempage au soufre. — Les tiges étant mises enpresse, on procède à l’opération du soufrage. Cette opé-ration s’exécute en plongeant l’extrémité des tiges jus-qu’à un centimètre environ dans du soufre maintenuen fusion sur une plaque de fonte à rebords recourbés.On opère sur 700 à 800 tiges à la fois.

Lorsqu’on remplace le soufre par un corps gras oupar une matière résineuse, avant de tremper le bout dela tige dans le corps gras fortement chauffé, on le roussitpréalablement, ou même on le cliarbonno légèrementen l’appuyant un moment sur une plaque de fonte fai-blement rougic. La légère carbonisation qui s’opère nu.bout de l’allumette rend ceüc-ci plus conibustiule lors

ALLUMETTES CHIMIQUES.

de la déilugration et de l’inllammation de la pute donton l’entoure.

Chimicage. — Le bout des tiges étant soufré, on pro-cède au chimicage, qui consiste uniquement à les trem-per dans la pâte inflammable qui sc trouve étalée àl’aide d’une règle sur une table de pierre, comme enAutriche , ou de foute de fer, ou bien dans une auge àfond plat en cuivre, de forme carrée, et placée sur unetable de pierre.

Le chimicage se fait à chaud ou à froid. On l’exé-cute à chaud lorsqu’on emploie la colle forte, et à froidquand on se sert de gomme ou de dextrine.

Nous avons déjà indiqué dans un premier article leséléments essentiels de la pâte des allumettes.

Dessèchement des allumettes. — La dessiccation dumastic adhérent au bout des allumettes se fuit dans unséchoir à air chaud. Dans les fabriques bien montées,les séchoirs sont chauffés à l’aide dû la vapeur d’eauqui circule dans les tuyaux, ou bien par une circulationd’eau chaude.

L’emploi de tuyaux de poêles, chauffant toujourstrès-inégalement les ateliers, devrait être interdit; lecourant d’air très-chaud, qui se produit ainsi dans cer-tains endroits, a souvent occasionné des incendies. Ledessèchement est complet au bout de vingt-quatreheures. Les presses, avec les allumettes desséchées,sont alors retirées du séchoir ; elles sont dégarnies et lesallumettes réunies en bottes ou bien placées dans desboîtes.

INCONVENIENTS ET DANCEÏIS AUXQUELS EXPOSENT

LA FABRICATION ET L’EMPLOI I>E3 ALLUMETTES

PIIOSIMIOKIQUES.

Danger pour la santé des ouvriers . — La fabricationdes allumettes chimiques, lorsqu’elle est faite sans pré-cautions particulières, est la cause de maux bien cruelspour certains ouvriers. Ces maux sont dus à la vapeurde phosphore, qu’exhale d’une manière continue lapâte inflammable, et cela.d’autant plus fortement quesa température est plus élevée.

Cette vapeur de phosphore passe à l’état d’acidephosphoreux, qui, restant suspendu dans l’air, le rendcomplètement nuageux et délétère pour les ouvriers.Le docteur Lorinzer, do Vienne, a, le premier, en 18 iü,appelé sur ees maux l’attention de l’autorité publiqueet de la médecine.

Depuis cette époque, les médecins, dans différentspays, ont constaté avec soin les accidents qui se sontproduits. En France , le docteur Théophile lloussel,dans un écrit présenté, le i 6 février 1840, à l’Académiedes sciences de l’Institut, et intitulé, liecherches sur lesmaladies des ouvriers employés à la fabrication des allu-mettes chimiques, a décrit avec une grande exactitudetoutes les affections qu’il a observées.

Les ouvriers qui exécutent les operations que nousvenons d’indiquer ne sont pas tous exposés de la mêmemanière : ceux qui opèrent la préparation de la pâte etle chimicage sont le plus en danger; chez eux la ma-ladie se développe après qu’ils ont pratiqué ces opéra-tions pendantquatre à six années. Les autres y sont infi-niment moins sujets. La malpropreté paraît être unecause prédisposante pour tous; les ouvriers atteints decarie de dents sont plus exposés (pie ceux qui ont unedenture saine.

Une ventilation convenable des locaux où se fait lapréparation de la pâte, le chimicage, le dessèchementdes tiges armées de mastic, le dégarnissage des presseset l’arrangement des allumettes en paquets et en boitep,diminue considérablement les chances qu’ont les tra-vailleurs d’être atteints.

Les faits qui précède!.;, dont la gravité ne peut êtreméconnue de personne, imposent des devoirs à l’auto -