qu’est fondée la préparation des gris et des noirs géné-ralement employés pour peindre les porcelaines dureset tendres, les cristaux, les verres, etc. On en variela nuance et l’intensité en variant les proportions res-pectives des oxydes de cobalt, de fer, de zinc, et enaugmentant la proportion du fondant dit au gris dontj’ai donné la composition plus haut, pour atténuer leton et la couleur, pour obtenir des gris de plus en plusclairs.
Or, les bleus se font avec des oxydes de cobalt etde zinc, et ces couleurs sont d’autant plus vives, queles oxydes employés renferment moins d’oxyde defer ou de manganèse.
Les rouges sont fournis par l’oxyde de fer, les ocrespar l’oxyde de fer et l’oxyde do zinc, et ces nuancessont d’autant plus pures, que les oxydes de fer et dezinc sont eux-mêmes plus dépouillés d’oxydes étran-gers, comme ceux de cuivre et de manganèse.
Il est donc bien évident que lorsque l’artiste veutrompre du bleu, du rouge ou de l’ocre, et qu’il y mêlele gris ou le noir que met à sa disposition la paletteactuelle, il fait un mélange, dans des proportions qu’ilignore, d’oxyde de fer, de cobalt et de zinc, dont lacouleur est noire, et dont il ne peut prévoir ni l’inten-sité ni la nuance qu’avec une très-grande habitude ; etd’ailleurs, comme le ton après la cuisson n’est nulle-ment celui qu’il applique sur sa peinture, puisque leton bleuâtre et le ton rouge sont altérés et peuventmême disparaître entièrement, il ne peut donner à sapeinture crue l’aspect qu’elle prendra quand le vernissera développé par le feu. Il faut que le peintre tra-vaille au jugé, qu’il mette son œuvre en harmonie envoyant sa peinture, non comme elle est réellement,mais telle que la cuisson doit la faire apparaître.
C’est là un inconvénient, un inconvénient fort grave,surtout dans la peinture des figures, dans la reproduc-tion sur porcelaine des tableaux des grands maîtres,où il importe d’arriver à la perfection.
Le gris de platine n’offre aucun de ces inconvé-nients; comme il ne renferme pas d’oxyde de cobalt,il peut très-bien servir à rompre les rouges et les ocressans qu’on ait à craindre qu’il communique aux om-bres, par l’effet de la cuisson, une trop grande vigueur.Comme il ne contient pas d’oxyde de fer, on ne doitpas craindre qu’en le mélangeant avec les bleus, il lesfasse noircir au delà de ce qu’on veut obtenir ; il n’en-tre dans le mélange que pour le ton qui lui est propre,et qu’il conserve avant comme après la cuisson.
Considérée sous le rapport de sa fabrication, cettecouleur est facile à faire et à reproduire toujoursidentique comme nuance et comme composition. Onprépare facilement le platine en poudre ; il suffit deprécipiter une solution de chlorure de platine par dusel ammoniac en excès, et de chauffer jusqu’à éva-poration complète de ce dernier sel : on obtient ainsile platine sous forme d’une poudre grise, qu’on peutmêler immédiatement au fondant dans la proportionindiquée plus haut, et qui se laisse facilement broyer.
Le platine n’est pas le seul métal qui, employédans ce sens, fournirait une couleur utile.
Tous les métaux qui l’accompagnent ordinairementdans sa mine pourraient, comme lui, réduits enmousse, servir au même usage et avec la même supé-riorité sur les gris composés de cobalt et de fer.
J'ai, dans ce but, essayé le palladium et le ruthé-nium. Le palladium donne un gris pâle; le ruthénium,un gris plus roux que celui de platine.
Depuis longtemps déjà, M. Frick avait indiquél’usage du sesquioxyde d’iridium comme pouvant four-nir un noir supérieur à tous les noirs connus. M. Ma-laguti, à la manufacture impériale de Sèvres , a vérifiéles données de M. Frick. M. L. Robert en fit plus tardune petite quantité, et moi-même, en 1845, j'avais
DÉCORATION CÉRAMIQUE.
livré pour le service de Sèvres une centaine de gram-mes de gris d'iridium, dont les qualités purent êtremises en relief par un usage journalier.
Le gris de platine est appelé à remplacer avanta-geusement ce dernier. Son prix est moins élevé, sanuance plus agréable et sa préparation moins diffi-cile.
Il est aussi beaucoup plus répandu, et, depuis dixans environ qu’on s’en sert, l’expérience a pu faireprononcer sur sa véritable valeur. Aussi est-il entrédéfinitivement dans la palette de la manufacture deSèvres .
Noirs. — On les obtient par le mélange des oxydes defer do cobalt, seuls ou combinés, aux oxydes de man-ganèse, de zinc ou de cuivre.
Noir n° 1. — On mélange les dissolutions provenantde l’attaque par l’acide chlorhydrique de 400 grammesfer et 400 grammes cobalt oxydé. On précipite par lecarbonate de soude, on lave longtemps ; quand touta bruni, on fait sécher, on pulvérise, puis on calcinedans un têt à rôtir avec deux fois son poids de sel.On lave à l’eau bouillante et on sèche ; on calcine àun fort feu, on prend l’oxyde noir ainsi préparé, on yajoute :
Fondant n° 6. 400
Fondant n° 2. 400
Oxyde à noir. 250
Bleu n° 2. 50
Noir n° 2- — On mélange un oxyde fait commeplus haut en prenant 400 grammes fer métallique et200 grammes oxyde de cobalt, savoir :
Fondant n° 6. 500
Oxyde à noir. 400
Bleus. — Pour faire les bleus, je fais d’abord unofonte, dans laquelle je développe la teinte de l’oxydede cobalt. Pour les bleus rappelant la teinte de l’in-digo, le silicate de cobalt est avivé par l’oxyde demanganèse ; pour les autres bleus, sa nuance est azuréepar l’oxyde de zinc.
Bleu n° 1. — On fait une fonte que nous appelle-
rons A :
Minium.50
Carbonate de soude sec.4 2
Carbonate de potasse sec.45
Oxyde noir de cobalt. 6
Carbonate de manganèse. 4
Nitrate de potasse. 6
On fond tant qu’il y a bouillonnement, on coule eton mêle :
Fonte A. 4 00
Bleu n° 2.500
On mélange au mortier sans refondre.
Bleu n° 2. — On mélange et on fond :
Fleurs de zinc. 40
Carbonate de cobalt. 20
Fondant n°1. .. 100
Nous appellerons cette fonte B.
On fait le mélange suivant :
Fonte B.200
Fondant n° 1. 100
On triture sans fondre.
Bleu n° 3. — On mélange au mortier :
Fonte B. 200
Fondant n° 1. . ..200
On triture sans fondre.