qui, comme les couleurs fournies par l’oxyde do feret l’oxyde de chrome, ont de suite à l’emploi le tonqu’elles doivent avoir, ou qui, comme les couleurstirées de l’or, ne supporteraient pas cette fusion préa-lable sans s’altérer; les oxydes se mêlent seulementaux fondants.
B. Les couleurs qui se fondent sont celles dans lacomposition desquelles entrent des oxydes qui seulsn’ont pas de couleur et qui ne sont colorés qu’à l’étatde sels, c’est-à-dire en combinaison, soit avec la si-lice, comme le cobalt et le cuivre, soit avec le plomb,comme l’antimoine. Les verts de cuivre, les bleus decobalt et les jaunes d’antimoine sont dans ce cas; onmôle les oxydes avec les fondants, et on fond à unetempérature variable pour chaque couleur, afin de dé-terminer la combinaison colorée.
C. Les couleurs qui se frittent seulement sont cellesqui n’ont pas le ton à l’emploi ; l’oxyde, comme dansle cas qui précédé , n’a pas le ton qu’il doit con-server, mais la température de la fusion serait tropélevée ; l’oxyde et le fondant sont mêlés, et la tempé-rature, graduellement élevée, sert seulement à ra-mollir la surface. Ces couleurs sont les plus délicates.
Toute couleur doit, à l’usage, être considérée sousdeux points de vue très-importants :
1° Le ton, la nuance même qu’elle doit présenteraprès la cuisson, et dont il faut la rapprocher, autantque possible, avant d’être cuite;
2° La propriété de pouvoir former, avec d’autrescouleurs appropriées, des mélanges qui conservent ouprennent au feu les tons qu’on veut avoir. Cette der-nière qualité, sans laquelle il serait impossible de fairede la peinture d’art, dépend uniquement de la puretédes corps qui entrent dans la composition. Une foisque des couleurs, par leur association en proportionssensiblement les mêmes, auront donné au feu, danscertaines limites de température, un ton ou une nuancevoulue, elles donneront constamment la même; c’estdonc à remplir ces conditions de pureté, de propor-tions bien déterminées, que doivent tendre les recher-ches et la science du chimiste chargé de les pré-parer.
Outre ces deux premières conditions, il faut queles couleurs possèdent une troisième qualité non moinsimportante, celle d’être glacées et de ne point écaillerlorsque, mises à une épaisseur convenable, ellesseront cuites à la température qui leur convient.
Les couleurs qui se frittent peuvent souvent offrirdes teintes assez éloignées les unes des autres dansdeux préparations différentes ; c’est la températureseule qui leur donne leur ton, et nous savons qu’ilest très-difficile de la régler. Quand une couleur decette nature n’a pas la nuance voulue, il est possiblede la corriger, soit par des additions de couleurs qui,par leur mélange, la ramènent au ton désiré, soit pardes additions de couleurs faites avec la même recette,mais péchant par le défaut contraire ; le premiermoyen doit être rejeté toutes les fois qu’il s’agirad’une couleur à mêler : il est bon tout au plus pourdes couleurs de fond. La couleur ainsi corrigée perd sacomposition, et c’est d’elle que dépendent ses bonnesqualités dans les peintures. Elle ne peut plus servirqu’employée sans mélange, comme couleur pour fond.Quant à la seconde méthode, elle ne saurait modifierles propriétés des couleurs; la composition reste con-stante, identique, et la couleur conserve ses propriétésfondamentales.
Nous allons donner maintenant, à titre d’exemple,les procédés à l’aide desquels on fabrique chaque cou-leur pour la porcelaine dure. Us sont journellementemployés à la manufacture de Sèvres . Mais comme ilne nous est pas possible de donner ici toute la série descouleurs préparées pour cet établissement, nos recettes
DÉCORATION CERAMIQUE. U1
seront en quelque sorte réduites à leur plus simpleexpression. Il sera facile d’en déduire la compositiondes couleurs de porcelaine tendre et de faïence fine ; eueffet, les bleus et les jaunes vont également bien surla plupart des poteries, et pour les autres couleurs ilsuffit de mettre un peu moins de fondant lorsque lesglacures sont plus fusibles et ramollissablcs.
Couleurs pour porcelaine dure. — Nous commenceronspar les blancs.
Blancs. — Les blancs ont pour base l’oxyde d’étain,l’acide arsénieux ou le phosphate des os ; on modifie leblanc d’émail ou de faïence commune par une additionde nitre ou de minium.
Gris. — Les gris sont généralement des mélanges docouleurs variées ; on distingue des gris clairs et des grisfoncés :
Gris n° *1. — On mélange au mortier de porcelaine :
Noir n° 2. 4 00
Gris n° 2. 100
Bleu n° 4.200
Si le ton n’est pas tout à fait assez bleu, on ajoute unpeu de bleu n° 4 après essais.
Gris n° 2. — On fait fondre :
Fondant n° 6. 88
Carbonate de cobalt. 8
Oxyde de fer jaune. 4
On fond à une faible chaleur; on retire avec lespinces.
Gris n° 3. — On mélange sur la glace :
Jaune n° 4..
. 600
Rouge n° 6..
. 400
Rouge n° 7.
, . . . . 100
Fondant n° 2.
...... 660
Jaune n° 2.
.... 10
Bleu n° 2.
. 150
Gris n° 4. — On mélange les proportions indiquées
ci-dessus pour le gris n° 1, avec
la précaution de rem-
placer le rouge n° 6 par le rouge
n° 1.
Gris n° 5. — On mélange les quatre substances qui
suivent :
Jaune n° 4.
.... 100
Fondant n° 6 . . . . . .
.700
Gris n° 2.
.700
Bleu n° 2.
, . . . . 300
Il faut ajouter aux recettes indiquées, comme pou-vant fournir du gris, le platine métallique. J’ai appelédepuis quelques années l’attention des chimistes surl’emploi de ce corps, que son infusibilité, son inaltéra-bilité sous l’influence de la plupart des agents chimi-ques, même à une température élevée, aurait à\i déjàrecommander. Lorsque l’on mélange au platine enpoudre 4 fois son poids de fondant n° 2, on obtient ungris d’un ton fin, des meilleures qualités pour la peinturesur porcelaine, et dont il est facile de comprendre la su-périorité sur les autres gris employés jusqu’à ce jour.
Toutes les fois que des oxydes de fer et de cobalt,ou de cobalt, de fer, de manganèse ou de cuivre, sotrouvent en présence, en quantité notable, en contactavec une matière siliceuse capable de se fondre à latempérature à laquelle on l’expose, la couleur du com-posé multiple qui résulte de la fusion est noire , quel'oxyde de cobalt soit à l’état bleu ou non, que le fersoit rouge ou brun dans le mélange primitif. Cettoproposition est vraie, même pour les températures éle-vées (les fours à cristaux, comme pour celles plusélevées encore des fours de verrerie.
C’est sur ces réactions, connues de tous les chimistes,