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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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• EAUX.

constaté un grand nombre de faits nouveaux et inté-ressants. Cependant, il ne faut pas le dissimuler,plusieurs questions sont loin encore d’être résolues,et il convient d’appeler sur elles l’attention des ob-servateurs, pour hâter autant que possible les pro-grès de la science hydrologique, si utile au bien-êtredes populations.

La remarquable faculté de la race humaine de s’ac-coutumer aux conditions les plus diverses de nourri-ture et de climat, s’observe également pour l’emploi del’eau comme boisson. Par un long usage, on s’habitueà des eaux de mauvaise qualité, comme on supportesans se plaindre l’atmosphère infecte des grandes villesou les inconvénients des climats froids et brumeux.Mais on doit reconnaître que le jugement des popula-tions et des individus sur la qualité de l’eau est pres-que toujours juste et rapide. L'usage le plus prolongéne pervertit point le goût à cet égard; l’habitude laplus invétérée n’empêche jamais une population depréférer une eau de source ou de rivière de bonne qua-lité à une eau de puits chargée de matières salines ouorganiques. Aucune amélioration urbaine n’est mieuxappréciée et plus universellement applaudie que le per-fectionnement de la distribution des eaux, sous le rap-port de leur qualité et de leur quantité.

Les eaux renferment naturellement les éléments so-lubles des terrains qu'elles traversent. C’est dire qu’ellespeuvent contenir en proportions variables des compo-sés extrêmement nombreux. Dans les eaux destinéesaux usages ordinaires de la vie, dont nous devons icinous occuper à l’exclusion des eaux minérales, on nerencontre habituellement, en quantités un peu notables,que les corps suivants : alumine, fer, chaux, magné-sie, soude, potasse, ammoniaque, acides silicique, sul-furique, chlorhydrique, phosphorique, azotique, carbo-nique. Dans beaucoup d’eaux, on rencontre encore destraces de brome, d’iode et de plusieurs autres substan-ces qui paraissent exercer une action puissante sur lesqualités hygiéniques de l’eau, et dont l’étude, par celamême, doit être poursuivie avec une grande attention.Aux matières minérales que l'on vient de citer, s’ajou-tent presque constamment, eu proportions plus ou moinsconsidérables, des matières organiques de compositionset de propriétés très-variables, mais dont l’influencesur la qualité de l’eau est toujours extrêmement fâ-cheuse.

Enfin, les eaux naturelles renferment, à l’état de dis-solution, des quantités plus ou moins grandes de gazoxygène, azote et acide carbonique, dont les quantitésrelatives doivent être prises en sérieuse considérationdans l’étude des eaux.

On ne connaît pas encore, il est vrai, d’une manièreprécise le mode d’action sur l’économie animale dechacune des substances isolées ou mélangées, qui screncontrent dans les eaux potables. Mais l’expériencea déjà fourni* de très-nombreuses indications à cetégard, et les inconvénients de certains sels, au pointde vue des usages domestiques et industriels de l’eau,sont maintenant parfaitement constatés. On connaîtd’ailleurs, dès à présent, la composition chimique d’ungrand nombre d’eaux, dont un long usage a permis debien juger les qualités, bonnes ou mauvaises. L’analysechimique d’une eau, que l’on se propose de distribuer,permet, par conséquent, ou de reconnaître la présencedo substances nuisibles à tel ou tel usage particulier,ou bien de la rapprocher d’une eau analogue par sacomposition, dont les propriétés sont connues, et parconséquent de prévoir par analogie, avec une certitudepresque complète, les caractères qu’tdle •présentera.L’étude chimique détaillée d’une eau doit donc précé-der tout projet relatif à sa distribution. On s’expose,en procédant autrement, aux mécomptes les plussérieux ; c’est une précaution trop souvent négligée,

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que l’on ne saurait assez recommander aux ingénieurset aux administrations publiques.

Avnnt.de donner aucune indication générale, il estutile de montrer, par quelques exemples, la nature etla proportion des matières dissoutes dans les eaux na-turelles. A cet effet, on a réuni dans un tableau, à lapage suivante, l’analyse d’un certain nombre d’eaux po-tables. Ce tableau fournira d’ailleurs des termes de com-paraison fort utiles pour l’étude de nouvelles analyses.

Les propriétés chimiques d’une eau potable sont évi-demment la résultante de l’ensemble des matières qu’ellerenferme à l’état de dissolution. Il serait impossibled’aborder l’étude de cette synthèse compliquée, sansétudier préalablement, comme on va le faire, l'influencespéciale de chacune des matières salines et autres quisc trouvent habituellement dans les eaux.

Il est bien entendu qu'il ne s’agit ici que des matièresdissoutes ; les substances tenues eu suspension dans leseaux troubles seront mentionnées plus bas à proposdes moyens de filtrage.

Avant d’aller plus loin, faisons remarquer qu’il estpresque toujours extrêmement difficile de dire à quelétat de combinaison se trouvent dans l’eau les élémentsque l’analyse en sépare. Dans les dissolutions très-éten-dues, comme le sont toujours les eaux naturelles mêmeles plus chargées, le jeu des affinités diffère beaucoupde ce qu’il est dans les dissolutions concentrées sur les-quelles on opère habituellement dans les laboratoires.C’est donc seulement, en général, à l’aide d’hypothèsesplus ou moins probables, que l’on groupe entre eux dela manière la plus rationnelle les bases et les acidestrouvés isolément, pour indiquer la proportion des diffé-rents sels, chlorures, sulfates, etc., que l’on supposeexister dans une eau soumise à l’analyse. Les sels ob-tenus par l’évaporation d’une eau ne renferment évi-demment que les bases et les acides contenus dans cetteeau; mais, dans le résidu solide obtenu, ces élé-ments peuvent être différemment groupés que dansl’eau elle-même. Ainsi, pour ne citer qu’un exem-ple vulgaire, si l’on mélange des dissolutions dechlorure de calcium et de sulfate do soude assez éten-dues pour ne pas former de précipité, on obtiendra, parl’évaporation du liquide, du sulfate de chaux et duchlorure de sodium, et il serait assurément très-liasardéd’en conclure que la liqueur donnée renfermait ces deuxsels. Il convient donc de donner simplement les résul-tats élémentaires d’ùne analyse d’eau, c’est-à-dire lesquantités trouvées de chaque base et de chaque acide,et de laisser ensuite à chacun le soin d'en tirer les con-séquences relatives au mode de groupement des molé-cules dans le liquide. De cette façon, les analyses faitesà différentes époques et par différents chimistes devien-dront beaucoup plus comparables et beaucoup plusutiles. Aussi, dans le tableau précédent, n’avons-nousfait figurer que les éléments acides ou basiques trouvésdans chaque eau examinée.

Les dissolutions très-étendues présentent un fait re-marquable, c’est l’action dissolvante de certains sels lesuns sur les autres qui s’explique quelquefois par l’ob-servation précédente. Ainsi, une eau qui renferme quel-ques centigrammes par litre de certains sels, devient,par cola même, un dissolvant plus énergique pour d’au-tres matières que si elle était absolument pure. La plu-part des matières organiques contenues dans les eauxexercent à un haut degré cette action dissolvante sur lesmatières minérales. Le phénomène qui permet à la sèved’entraîner dans le végétal les matières fixes nécessairesà la*formation de son squelette, n’est pas un fait isolé.Il se reproduit dans la nature, et c’est ainsi que les eauxriches en matières organiques entraînent souvent dofortes proportions de matières minérales, qui se déposentlorsque la matière organique se trouve détruite dans leliquide par une cause ou par une autre.