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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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218 fiüOUTS.

liquide renfermait par litre 03,0582 d’azote combiné.

On voit que l’eau de l'égout de Rivoli est beaucoupmoins riche que celle du grand égout. Mais la diffé-rence est due surtout aux produits solides. L’ammo-niaque dégagée pendant la distillation des trois liquidesrépond en effet à des proportions d’azote assez peu dif-férentes les unes des autres, savoir :

03,031! ; 0,0430; 0s,03S9.

La composition des liquides de l’égOut de Rivoli serapproche beaucoup plus de ce qui aura lieu plus tarddans tous les égouts de Paris que l’échantillon ci-dessusde l’eau du grand égout. Dans les recherches qui nousoccupent, il convient d’ailleurs de s’attacher plutôt auxininima qu’aux rnaxima. Dans les calculs qui vont sui-vre, nous n’adopterons donc pas. pour la compositiondes eaux d’égout, la moyenne, les résultats fournis parles trois échantillons dont on vient de parler, qui don-nerait 0*,09 d’azote combiné par litre de liquide trouble.Nous écarterons également le premier échantillon del’égout de Rivoli , évidemment trop peu chargé parsuite du petit nombre de maisons qui y versaient à l’é-poque de la prise. A défaut de renseignements pluscomplets, nous adopterons, pour la richesse en azotedes eaux d’égout de Paris , le chiffre de 03,0382 parlitre. Cette donnée est très-probablement au-dessous dela vérité, et nous ne risquons pas d’exagérer en l’a-doptant.

Quant au poids des matières dissoutes ou en sus-pension, on peut l’évaluer en moyenne à 2 grammespar litre à peu près.

Pour évaluer la quantité de matières fertilisantes en-traînées et perdues par les eaux d’égout, il faudraitconnaître leur volume et leur composition moyenne. Ilexiste sur ces deux points une très-grande incertitude.Je n’ai adopté que sous toute réserve les chiffres ci-dessus. Quant au volume débité, ou plutôt au volumed’un liquide au meme degré de concentration que celuiqui a servi à l’ossai, on peut, je crois, l’évaluer par anà 21,900,000 mètres cubes environ.

D’après ces hypothèses, les eaux des égouts de Paris contiendraient :

Kilog.

Azote de l’ammoniaque.851,910 | . «jqa

Azote des matières solides. . . . 420,480 !

Matières organiques non compris l’azote. 12,899,100Matières minérales.30,879,000

Total.45^050,480

Ces derniers nombres doivent etre plutôt au-dessousqu au-dessus de la vérité. Dans des recherches de cettenature, si on commet des erreurs, il convient qu’ellessoient dans ce sens, puisqu’il faut toujours être biencertain de ne pas attribuer aux produits que l’on exa-mine une valeur supérieure à celle qui répond à leurrichesse réelle. Cependant ils me laissaient, jele*ré-pète, beaucoup d’incertitude, et j’ai dû chercher à lescontrôler.

L’ouvrage déjà cité de M. ïïusson sur les consom-mations de Paris m’a encore donné une vérificationremarquable de ce travail analytique déjà ancien.

Les matières perdues par les égouts so composentprincipalement des déjections des animaux, des eauxménagères et des urines répandues sur la voie publique.On ne parle pas des produits des fosses coulées auxégouts ; ces matières sont comptées parmi les produitsde la voirie, et n’ont pas influé sur les analyses d’eauxpuisées pendant le jour.

Il est impossible de baser sur des données tant soitpeu précises l’estimation de la valeur comme engraisdes eaux ménagères. Quant aux chevaux qui circulentdans les rues, le compte peut en être fait avec exacti-tude. D’après M. Husson (page 71), il circule tous lesjours à Paris 46,000 chevaux, dont 22,100 sont logés

T'/iOUTS.

dans l’intérieur de la ville; les antres passent la nuit dansla banlieuo. Or, un cheval fournit par jour environ100 grammes d’azote combiné à l’état de matières fer-tilisantes. L’azote des engrais versés aux égouts par02 tte voie seulement peut donc se calculer de la ma-nière suivante :

22,400 chev. logés Kilo c*

à Paris . 0M00x365jX22,400=817,600

23,600 chev. logésdans la banlieue etne passant à Paris que la moitié du

temps, environ. . 0 k .050x36oix23,600=430,700Azote total. 1,248,300

Kn ajoutant à ce chiffre celui des chevaux qui ap-portent à Paris une partie des denrées, les matériauxde construction, etc., qui ne sont pas compris dans leschiffres précédents, les produits des autres animauxdomestiques, et enfin les produits des eaux ménagèreset celui des urinoirs publics, on reconnaîtra que lechiffre de la richesse en azote des eaux d’égout déduitde l’évaluation de leur volume et des analyses, estinférieur à celui résultant des données synthétiquesqui précèdent , et d’ailleurs parfaitement en rapportavec elles. On peut donc l’adopter comme suffisammentexact pour les recherches qui nous occupent.

En résumé, les eaux d’égout entraînent chaque annéeà la Seine au moins 1,200,000 kilogrammes d’azote.Mais leur énorme volume et leur état de dilution nepermettraient pas de les utiliser en totalité, avec éco-nomie et d’une manière directe en agriculture. Lemeilleur moyen de les employer serait d’en consacrerune partie à des arrosages de prairies, comme on lefait à Edimbourg, à Milan , etc., et d’extraire do lapartie non utilisée de cette façon les éléments fertili-sants, par une application convenable des méthodes deprécipitation par la chaux, appliquées pour la premièrefois par M. Wicksteed, à Leicester. Voici en quoi con-siste cette opération.

Le volume des eaux des égouts de toute la ville deLeicester, qui compte 65,000 âmes, s’élève environ,par an, à 5 millions de mètres cubes, d’où l’on extraità peu près 4,500,000 kilogrammes de matières fertili-santes à l’état solide.

L’établissement où s’opère la manipulation de cettemasse énorme de produits est situé sur le bord de larivière Soar, à une petite distance nu-dessous de laville. Tl est impossible, quelque prévenu que l’on puisseetre, d’y constater l’odeur la plus légère. La plus exactepropreté règne dans toutes les parties de l’usine ; lesmachines à vapeur, et quelques ouvriers pour les diri-ger, effectuent tous les travaux avec une précision dontil est impossible de donner l’idée.

L’eau des égouts est amenée, par une conduite sou-terraine, dans un vaste puits creusé sous l’établisse-ment, à une profondeur assez grande, déterminée parla nécessité de donner aux égouts, et à la conduited’amenée, une pente suffisante dans l’intérieur de laville.

Une machine à vapeur, système de Cornouailles ,de 20 chevaux, fait manœuvrer une pompe, qui élèvecette eau pour l'amener au niveau du sol. Une autrepetite pompe, mise en mouvement par la même ma-chine, communique avec une citerne munie d’un agita-teur et que l’on entretient constamment remplie de laitde chaux. A chaque coup de piston de la machine,cette petite pompe introduit dans le tuyau de conduitedes eaux élevées par la grosse pompe une certainequantité de lait de chaux, dont la proportion est régléeà l’aide de robinets, suivant la nature des eaux et ledegré de concentration du lait de chaux.