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INJECTION.
INJECTION.
d’eau limpide et pure, le lac de l’Agoraia, situé sur lesescarpements des Apennins . Les eaux de ce lae sontfraîches et se maintiennent toujours, été comme hiver,,à la même température. Il existe dans ce lac un véri-table amas de sapins échafaudés les uns sur les autreset dans un état parfait de conservation.
Depuis quand ces arbres sont-ils enfouis dans ceseaux? Personne ne le sait ; mais la date de leur immer-sion dans le lac est certainement très-reculée, puisquetout à l’entour il n’existe plus, à dix lieues à la ronde,aucun arbre de la même essence. Tous les sommets quidominent et embrassent aujourd’hui la gorge de TAgo-raia sont exclusivement occupés par du hêtre.
Il faut bien en conclure que l’eau ayant lavé les ma-tières albumineuses du tissu ligneux, les sapins du lacde l’Agoraia toujours maintenus dans un même milieuet à une température constante se trouvent placés dansdes conditions de conservation indéfinie.
Nous devons ajouter que nous n’avons pu décou-vrir aucun être vivant dans cet estuaire ; mais à peinel’eau s’en est-elle échappée en formant un petit ruisseau,que la vie animale apparaît tout aussitôt par la présencede la salamandre et d’une multitude d'insectes aqua-tiques.
Nous ne doutons pas que si les sapins du lac de TAgo-Taia étaient enlevés aux conditions normales dans les -quelles ils se trouvent, pour être exposés à des alter-natives de sécheresse et d'humidité, ou soumis à desabsorptions de substances azotées, à l’abri desquelles ilsparaissent être aujourd’hui, ils n’éprouvassent en peude temps une altération rapide, comme la plupart desbois employés à l'état ordinaire par l’industrie et l’ar-chitecture.
Il faut reconnaître que le choix des substances pourinjecter le bois en vue de sa conservation constitue unproblème d’une solution difficile, qui doit peut-être diffé-rer selon les circonstances auxquelles la matière doit ser-vir. Ainsi le sulfate de cuivre, qui est accepté en France comme un des meilleurs préservatifs, ne résiste pas dansdes terrains imprégnés de déjections ammoniacales. Lebois préparé avec cette substance ne jouit pas dans cettecirconstance de plus de durée que le bois naturel. C’estce qui explique, aux approches des villages, la des-truction facile des poteaux de télégraphe et des traversesde chemin de fer, injectés au sulfate de cuivre. On saitque le cuivre est dissous par l’ammoniaque.
Il est probable que, par la même raison, le sulfate decuivre, à part même l’atteinte des chlorures, ne tien-drait pas davantage dans les eaux d’un port de merexposé à recevoir le3 égouts et les immondices de laville.
De même, les madriers qui ont une durée indéfiniedans les mines de sel gemme subiraient une destructioncertaine, s’ils étaient placés dans des circonstances au-tres que celles où ils se trouvent, comme, par exemple,à un lavage continu d’une eau mouvante.
Le sulfate de baryte, une des substances les plus in-solubles que Ton connaisse, qui résiste aux décomposi-tions ammoniacales comme à l’action des chlorures, etpossédant d’ailleurs des qualités antiseptiques suffisantes,nous paraît la matière la plus convenable qu’on puisseadopter pour l’injection des bois.
Ces qualités spéciales du sulfate de baryte n’avaientpas échappé à Payn, et l’Angleterre a longtemps ex-ploité le procédé de cet inventeur. C’est par la doubledécomposition, dans le corps du bois, du sultate de fer etdu sulfure de barium, deux sels solubles, que l’injec-tion avait lieu.
En France , un breveta été pris par Lemonnierpour une opération semblable, en faisant usage du sul-fure de strontium, au lieu d’un sel de baryte.
Le reproche que Ton adresse au sulfate de baryte,comme au sulfate de strontiaue, c’est leur trop grande
inertie. Mais ce défaut, si défaut il y a, est facile à cor-riger par l’addition simultanée d’un sel à réaction plusactive. Toutefois, nous devons faire observer ici que ladouble décomposition entre le sel de fer et le sel de ba-ryte ou de strontiane, présente dans le tissu ligneux desdifficultés qui en rendent le succès incertain et incom-plet. L’albumine d’abord empêche par sa présence l’opé-ration de s’effectuer. Ensuite l’injection du sulfate defer n’étant pas simultanée avec l’injection de l’autre sel,il arrive que l’un des liquides dans les tubes capillairesdu bois chasse l’autre, sans que le mélange, et, par con-séquent, la double décomposition aient lieu.
Nous dirons plus tard comment l’injection au sulfatede baryte doit être faite pour donner un résultat assuré.Quoi qu’il en soit, le sulfate de baryte, dans les con-ditions où on l’employait, et, avec lui, lé système d’in-jection du bois par double décomposition, durent êtreabandonnés pour d’autres substances et pour le procédé}de simple injection.
Il est certain que, sans parler des époques qui ne sontpas de notre ère, l'injection simple ou directe est deplusvieille date que la double décomposition. Dès 1813,M. Champy introduisit du suif dans des bois destinésà servir de revêtements aux murs intérieurs d’une pou-drerie, afin de la préserver contro Tlmmidité. L’opéra-tion fut faite par immersion dans un bain de suif fondu.
Kyan fit usage, pour une serre du duc de Devonshire,du bichlorure de mercure.
Mohl préconisa le premier la créosote et l’injectadans le bois en exposant celui-ci à la vapeur de cetagent.
M. Bréant (1831) essaya diverses substances; maiscelle à laquelle il semble, avec raison, avoir donné lapréférence est un mélange de résine et d’huile de- linlithargirée. On ne peut reprocher qu’un prix trop élevéà cette préparation.
M. Boucherie, dès 1837, appela l’attention dés savantssur le sulfate de cuivre surtout.
L’amirauté anglaise a, de son côté, longtemps pro-tégé l’emploi du chlorure de zinc.
L’acide arsénieux, le pyrolignite de fer, les chlcfruresde barium, divers sels de chaux et plusieurs autressubstances antiseptiques ont été tour à tour essayées etabandonnées.
M. Costin indiqua, contre les termites, l’arsénite depotasse en mélange avec le savon demi-liquide.
M. Gay-Lussac proposa l’usage des phosphates etdes borates d’ammoniaque, et M. Fuchs du silicate so-luble de potasse, mais dans le but spécial de préserverle bois contre l'inflammabilité. M. Carteron paraît au-jourd’hui avoir repris cette question en la développantet en l’appliquant à divers usages.
Nous ne parlerons pas de l’injection des bois commemoyen de coloration, cette question ayant déjà ététraitée dans ce dictionnaire au mot : Coloration desbois.
Aujourd’hui les deux substances le plus souvent em-ployées pour la conservation du bois sont : le sulfate decuivre et la créosote, ou mieux les goudrons lfquidesprovenant de la distillation de la houille dans la fabri-cation du gaz et qui sont riches en créosote. En France ,on fait principalement usage de la première de ces sub-stances, et en Angleterre,, de la seconde.
Nous avons dit les défauts du sulfate de cuivre, nousexposerons à leur tour les inconvénients de la créosote.On lui reproche d’être d’un prix trop élevé en France ,d'exhaler une odeur forte et désagréable, qui limitel’emploi des bois qui en sont injectés, et d’ajouter à leurinflammabilité. Nous laissons à nos lecteurs le soind’apprécier à quel degré et dans quels cas ces reprochesdoivent être acceptés. Mais un fait qui a quelque im-portance pour les chemins de fer, c’est que les chevillesqui rivent les coussinets aux traverses éprouvent ù