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neige.
NEIGE.
La malle-poste ne passait qu’uprès <les efforts incroya-bles et attelée do dix paires de bœufs ou de dix àquinze chevaux ; les habitants du pays et leurs atte-lages étaient souvent mis en réquisition, et quelquefoisinutilement.
L’idée d’abriter la route par des plantations se pré-senta naturellement. Un projet fut étudié dans ce buten 1847, et mis à exécution quelques années plus tard.Les parties de route où la circulation était toujours in-terrompue pendant la mauvaise saison ont été défen-dues par quatre massifs d’arbres verts, d’autant plusépais que le. terrain avait une déclivité plus grande.L’épaisscur des massifs varie de 24 à 46 mètres; deuxde ccs massifs ont été plantés sur le plateau de la Lé-publique : le premier a 283 m ,C0 de longueur et 24 m ,70de largeur, le second a 1,l I->‘,80 de longueur et*27 m ,68 de largeur. Les deux autres ont été plantés lelong du Grand-Tournant, sur un terrain fortement in-cliné : l’un a 328 mètres de longueur et -ü m ,S8 de lar-geur, l’autre 2I3 mètres de longueur et 4C ,n ,35 delargeur.
Les plantations, commencées en mars 18i9, se sontcontinuées jusqu’à la fin d’avril lS'il ; les arbres quiont été plantés sont des arbres verts de toutes les va-riétés, tels que épicéas, sapins blancs d’Europe et d’A mérique , pins laricio. mélèzes, etc.; ils sont espacésde 1 mètre les uns des autres; leur hauteur à l’époqueoù ils ont été plantés variait de 0 m ,50 à t m ,o() ; lesplus petits forment la première file du côté de la route,et les plus grands en sont les plus éloignés. Tous ontété plantés avec leur motte et livrés à l’administrationle lendemain du jour où ils étaient retirés des pepi-nières.
La surface plantée est égale à 6 hectares 4 0 arcs ;la dépense faite s’est élevée à 37,174 fr. 46, soit6,064 fr. par hectare. Cette dépense sc décompose dela manière suivante :
Acquisition de terrain.I4,38l r ,83
1.171 in ,50 de déblaipour plantation, à. . 1 144 1,239 12 '
42,380 arbres.0 455 49,282 90 i
1,767 arbres cassés -22,792 f ,63
par la neige .... 0 455 303 93;d
32,227 tuteurs, à. . . 0,0455 1,466 328;
Total. 37,174 16
Ces plantations étaient à peines terminées que le ré-sultat dépassait les espérances : dès la première année,la neige, retenue par les jeunes sapins, n’encombraitplus les parties de route qui avaient été protégées.Depuis lors, la circulation n’a plus été interceptée, etavec des dépenses peu élevées il est facile d’ouvrir par-tout un passage aux voitures, et de le maintenir pen-dant toute la mauvaise saison. Aujourd'hui, les arbresont des pousses très-vigoureuses, dont quelques-unesont dépassé 1 mètre en 1858 : l’avenir de tons lesmassifs est complètement assuré; chacun d'eux est en-touré d’un fossé profond dont les terres ont été rejetéesdu côté des arbres pour empêcher les bestiaux d’vpénétrer.
Il eût été possible de procéder à la plantation dechaque massif au moyen d’arbres plus jeunes: la dé-pense eût été beaucoup moindre; mais l'effet produit’n'aurait pas été immédiat, et l’expérience faite n'auraitpas été aussi concluante. On peut affirmer aujourd’huiqu’il n’v a pas de localité où il ne soit possible de pré-venir les amoncellements des neiges sur les routes aumoyen de plantations convenablement disposées, dontla dépense dépassera rarement 2Ü fr. par mètre cou-rant.
Si néanmoins il fallait protéger une grande longueurde route, il serait avantageux de procéder plus écono-miquement en plantant des arbres plus jeunes; c’cst-
à-dirc les pins et le» mélèzes à deux ans, les sapin» etles épicéas à trois ans. L’effet se ferait attendre quel-ques années de plus, mais le succès n'en serait pasmoins assuré; dans ce cas, le prix de revient de laplantation ne dépasserait pas 150 fr. par hectare, ré-
parti ainsi qu’il suit :
10,000 arbres, à 0 F , 01.100 fr.
Plantation de 10,000 arbres, à 0 f ,005 l’un. 50
Total.. 150
Il faudrait ajouter à cette évaluation le prix du ter-rain, variable suivant les pays.
I.e succès des travaux de cette nature dépend sur-tout du choix des essences résineuses qu’il convient deplanter dans chaque localité, et des soins apportés à laplantation des jeunes arbres; il ne sera peut-être pasinutile d’entrer à cet égard dans quelques détails.
Les arbres résineux conviennent particulièrementaux montagnes élevées, froides et pentueuses ; les pinssilvestres aux terrains de toute nature, les pins lari-cio aux pentes exposées à l’ouest et au midi, les pinsmaritimes aux sables et aux terrains d’alluvion peuélevés, les pins de lord Weymouth aux terres franches,profondes et abritées du sud-ouest.
Les sapins croissent sur les plus hautes montagnes,dans les terrains frais, profonds, et sur les pentes ex-posées au nord et à l’ouest. L’épicéa est le plus facileà planter; ses racines multipliée» et chevelues facili-tent sa reprise depuis la hauteur de t m .4o jusqu’àcelles de 3 mètres. Le mélèze doit être planté dansdes terrains légèrement frais et assez profonds, loindes arbres d’essence différente et au midi. Quant auxcèdres, peu de terrains leur conviennent ; les pentesexposées à l’est et abritées du nord doivent être préfé-rées, ainsi que les terrains profonds et plutôt secs quefrais; ils sont difficiles à la reprise, eu égard à la naturede leurs racines, qui sont longues, cassantes et peuramifiées.
Les méthodes de plantation varient suivant la di-mension des arbres : pour ceux dont la hauteur dépasse0 m ,50, les trous doivent avoir 0 n ',30 carrés et Ü m , H)de profondeur ; la terre végétale extraite du trou doitêtre placée d’un seul côté, l'arbre plante avec sa motteet entouré jusqn’auVollct de terre ameublie, bien divi-sée, et le gazon provenant de chaque trou retourné etplacé au pied de l’arbre, afin de maintenir une cer-taine fraîcheur autour des racines; si le gazon man-que, on peut recourir à des pierres qui remplissent lemême objet.
Les arbres de trois à cinq ans sc plantent assez éco-nomiquement par deux bons ouvriers travaillant en-semble : l’un fait les trous avec une pioche carrée, etles approfondit avec un outil plus pointu ; l'autre planteimmédiatement, afin que la terre ne se dessèche pas;il porte les arbres dans un panier couvert, pour lesmettre à l’abri de l’action de l’air ou du soleil ; il em-ploie pour la plantation une bêche à manche court, aumoyen de laquelle il évidc le trou ; il v jette d’abord unpeu de terre, et y place le plant après avoir écarté lesracines dans toutes les directions, en ayant le plus grandsoin de n’en retrancher aucune ; il les recoinre ensuitede terre fraîche et meuble et termine l’opération ( .iappuyant avec précaution la terre contre 1 arbre, soitavec le pied, soit avec le manche de la pioche. Deuxouvriers bien exercés peuvent planter ensemble de 5U0à 1,000 arbres par jour.
Les arbres résineux, quelle que soit leur essence,doivent être plantés serrés, à 4 mètre au plus de dis-tance les uns des autres, afin de se protéger mutuelle-ment; il est facile, quand ils ont atteint les dimensionsconvenables, d’élaguer les moins vigoureux, afin de fa-ciliter la croissance de ceux qui restent.
En résumé, les plantations d’arbres ré-.neux faites