Buch 
Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
Entstehung
Seite
407
JPEG-Download
 

PAPIER

n C^uant aux nœuds que présente le chaume des gra-minées, leur résistance plus grande exige qu’ils soientécrasés sous des cylindres spéciaux. Dans quelquesfabriques on sépare les nœuds de la paille, «l'abordhachée en fragments très-petits, au moyen du van-nage, ce qui permet de les traiter à part. Le défiléobtenu par les procédés ordinaires est ensuite blanchiau chlore ou aux chlorures de chaux ou de soude,dont on peut augmenter la force en y ajoutant, sur lulin de l’opération, un peu d'acide sulfurique, ou mieux ,d’acide chlorhydrique*

« Tel est, à quelques légères modifications près, lemode opératoire auquel peuvent être ramenés la plu-part des procédés qui ont été brevetés pour la conver-sion directe en papier des fibres végétales de diversesnatures.

« La paille ainsi traitée fornit une pâte d’un éclat re-marquable et qui, jusqu’à un certain point, c’est-à-direpour quelques qualités de papier, peut se passer d’unmélange de chiffons; elle ne réclame même qu’un col-lage léger. La paille de froment est celle de toutes quidonne le papier le plus beau.

« Nous avons dit que le foin pouvait être convertien papier. La plupart des graminées qui le con-stituent, telles que les phalaris. les dactyles, les carex,Varrhênathère , etc., fournissent, en effet, 30 pour 100environ d’une fibre qui n’offre pas, il est vrai, unegrande résistance, mais qui se blanchit aisément. Lerai-fjrass en donne 35 pour 100.

« Les parties fibreuses qui demeurent comme résidudans la fabrication du sucre do betteraves pourraientégalement être utilisées avec avantage à la fabricationdu papier, après avoir été convenablement effilochéesen charpie ténue.

« Mais de toutes les matières indigènes propres à in-tervenir comme succédanées aux chiffons, les.joncs(jtnicus effusus, serratus et autres}, ainsi que les orties(urtica urens, dioïca, etc.), sont les plus convenablespour la fabrication d’un papier de bonne qualité.L’ortie donne -5 pour 100 d’une fibre magnifique quise blanchit aisément, et, d’après M. de (’lausscn, lesroseaux, qui contiennent 40 pour 100 de cellulose,fourniraient deux fois plus de matière propre à êtresubstituée aux chiffons que la paille de lin, par exem-ple. — Enfin, il y a quelques années, lord Bcrriedaletenta en Angleterre, mais sans succès, la préparation«l’un papier de chardon , et un brevet fut accordé enFrance à M. Berctta pour la fabrication d’un papieravec le résidu de la pomme de terre , après l’extractionde la fécule.

« La fabrication du papier repose, comme on sait, surla désagrégation régulière et sur la division des fibresvégétales qui, ayant épuisé leur emploi comme ma-tière textile, ont déjà subi une usure par laquelle leursfibrilles s’assouplissent et se prêtent ainsi au feutrageen feuilles minces et blanches d’une texture égale,présentant tout à la fois de la ténacité et de la flexi-bilité.

<« La désagrégation de ces fibres, que l’on obtenaitautrefois en soumettant les vieux chiffons de toile àune sorte de fermentation ou de pourrissaye, s’effectueaujourd’hui d’une manière beaucoup plus rapide par1 effilochage, au moyen de machines spéciales, à cylin-dres broyeurs, que les Hollandais ont, les premiers,introduites dans la fabrication du papier, il y a unecentaine d’années.

« On avait coutume, avant cette époque, pour pro-duire l'effilochage, de soumettre les chiffons pourris àun battage prolongé dans des baquets appelés piles,et de les passer sous des pilons ou des marteaux muspar un moulin spécial. Les fibres du chiffon conser-vaient par ce moyen une plus grande résistance, maisce dernier avantage était bien compensé par la perte

PAPIER . 407

de temps et par l'augmentation de main-d’œuvre quien résultait.

« Cependant, le procédé du pourrissage, par lequel onabandonnait pendant trois ou quatre semaines leschiffons coupés et rassemblés en tas dans un lieu hu-mide, à une température capable d’y développer untravail de fermentation qui attaquait les substancesaccompagnant la cellulose, sans altérer celle-ci, pour-rait être conservé, comme opération avantageuse, dansla fabrication directe du papier à l'aide de certainesmatières végétales présentant une très-grande duretéou une très-forte cohésion. — Les vapeurs acétiquesou lactiques et parfois ammoniacales qui se dégagentpendant cette putréfaction contribuent à la dissolutiondes matières étrangères à la fibre proprement dite,telles que l'albumine végétale, les résines, les matiè-res grasses, extractives, etc., qui concourent avec lacellulose à former le tissu végétal ; et c’est vraisembla-blement pour avoir abandonné d’une manière tropabsolue cette opération préliminaire, laquelle n’empê-che point d'ailleurs de soumettre ensuite les matières-à l’action des raffineuses, que beaucoup do tentatives,dans le but de transformer certains produits fibreux enpâte, ont avorté. — Cette pratique, si elle exige untemps plus long, apporte au moins une notable écono -mie dans les frais d’œuvre. Aussi la transformation enpâte des nœuds de paille, par exemple, exige, lorsque•ceux-ci sont travaillés à part, jusqu’à huit traitementssuccessifs, pendant vingt-quatre heures, par des les-sives formées d’une partie de potasse efde 50 pour 4 00de chaux caustique. 11 en résulte des frais qui, jusqu’àprésent, rendent l’exploitation de ce produit très-peulucrative ; mais on diminue notablement ces dépensesen abandonnant la matière pendant environ un mois aupourrissage.

« 11 me souvient avoir vu, pendant le voyage médicalque je Iis en 185G avec M. le docteur baron Seutin, enAlgérie , dans une fabrique de papier récemment élevéesur les bords de l’Arrach, au milieu de la pittoresquevallée de la Mitidja , où, par parenthèse, ses mursfroids et maussades, surmontés de la prosaïque chemi-née , formaient un étrange contraste avec la naturechaude et poétique du paysage environnant ; il mesouvient, dis-je, avoir vu la méthode du pourrissageappliquée avec succès par l’intelligent auteur de l’en-treprise, M. Rifaud , à la fabrication du papier depalmier nain (chamxrops humilis ), végétal très-communsur tout le littoral méditerranéen. J’ai rencontré de-puis, en Belgique , le même produit végétal à l’état defibres désagrégées, destinées également àla fabricationdu papier, mais je dois ajouter que le négociant déten-teur de cette matière en ignorait complètement lanature.

« Le procédé du pourrissage dont nous venons de parleroffre toutefois certains inconvénients. Indépendammentde sa lenteur et des pertes d’intérêt qui en résultent,il est d’observation, au moins eu ce qui concerne leschiffons, que les pâtes qui proviennent du pourrioffrent moinS de nerf que les pâtes vertes effilochéesdirectement à la pile. La cause parait en être que, parla putréfaction, le ligneux perd toutes les matièresglutineuses ou pectineuses que retiennent en partie lespâtes en vert, matières qui contribuent à donner au pa-pier que l’on en obtient ce liant et ce nerf qui pendantlongtemps assurèrentla supériorité au papier hollandaisfabriqué par la méthode de l’effilochage. Par la mêmeraison aussi, le papier pourri exige un collage beau-coup plus fort que le papier en vert.

« Dans la fabrication directe du papier au moyen desmatières végétales dures, difficiles à désagréger, il est,la plupart du temps, indispensable de soumettre lesfibres, rendues plus lâches et en quelque sorte plusmalléables par un pourrissage préalable, à l’action de