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TEIGNEUSE.
pendant de longues années, fait le désespoir des indus-triels qui se livraient à la filature du coton, à celle dela laine peignée, et elles étaient d’autant plus sensi-bles que l’on cherchait à produire un fil d’un numéroplus élevé. On avait beau faire éplucher à la main àgrands frais, passer aux cardes une nappe extrêmementfine, on ne se débarrassait que d'une partie des boutons,on ne se débarrassait d’aucune partie des filamentscourts; les boutons se retrouvaient dans le fil et en-suite dans le tissu; les filaments courts, échappant àl’action des cylindres étireurs, nuisaient h la régula-rité du fil, et, pour nous servir d’expressions familiè-res aux filateurs, produisaient des grosseurs et des cou-pures.
Si, il y a dix ans, on avait dit à l’industrie, toutavancée qu’elle était alors, qu’une machine allait êtredécouverte qui, dans la laine, dans le coton, dans l’é-toupe de lin, dans la bourre de soie, séparerait lesfilaments courts des filaments longs, choisissant lesderniers avec plus de discernement qu’il ne serait pos-sible de le faire à l’aide des meilleurs instrumentsd’optique, et mettant à part les premiers, jetant enmême temps dans ces filaments courts toutes les impu-retés, tous les boutons, de manière que les filamentslongs resteraient seuls parfaitement purs, propres àproduire un fil uni et par suite un tissu brillant etd’une régularité irréprochable; si, disons-nous, onavait annoncé qu’une pareille machine allait être in-ventée, il n’est personne qui n’eût répondu qu’une sem-blable invention, serait un prodige, mais que ce prodigen’était point réalisable, et cependant un an après ilétait réalisé.
En 1846, Josué Heilmann découvre la peigneusequi porte son nom, machine admirable, dont le prin-cipe, aussi nouveau qu’ingénieux, a pu s’appliqueravec le même succès à toutes les substances filamen-teuses, en modifiant seulement les dimensions de lamachine. La peigneuse Ileilmann pour la laine, cellepour le coton, sont aujourd’hui répandues en France ,on Angleterre, sur tout le continent. La peigneuse pourétoupes de lin conquit son rang à côté de ses sœursaînées; celle pour la bourre de soie ne paraît pas des-tinée à un moins brillant avenir. Cette machine sicompliquée, mais dont tous les organes fonctionnentjtvec un accord si parfait, est aujourd’hui en usagedans les établissements de filature, comme la carde,le banc à broches et le métier à filer; elle a permisd’employer pour les numéros fins des matières qui, àcause de l’inégalité de leurs filaments ou de l’énormequantité de boutons qu’elles renfermaient, y parais-saient tout à fait impropres; elle a permis de pro-duire, soit en laine, soit en coton, des fils d’une pro-preté, d’une régularité extrordinaires ; elle constitue,en un mot, le plus grand progrès fait en Europe dans lafilature des substances filamenteuses, depuis la décou-verte faite, en 1810, par Philippe de Girard , de la fila-ture du lin.
La peigneuse Heilmann est une combinaison d’unappareil alimentaire avec un appareil peigneur et avecun appareil à la fois arracheur et réunisseur.
L’appareil alimentaire est fait de manière à délivrersuccessivement et à intervalles égaux de petites quan-tités des filaments à peigner préalablement réunis enruban à chaque alimentation ; le bout du ruban est saisipar une pince à double mâchoire qui s’ouvre et seferme, et il est présenté à l’action de l’appareil pei-gneur, composé d’une série de peignes travailleursmontés sur un cylindre tournant autour de son axe.Ces peignes travailleurs séparent les filaments courtset les boutons, les entraînent; une brosse et un cylin-dre garni de cardes les retirent ensuite de ces peignessous forme de nappes. Le bout du ruban alimentaireainsi peigné est alors saisi par l’appareil arracheur
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composé de deux cylindres; ces deux cylindres déta-chent du ruban alimentaire les filaments saisis par unbout, en arrachant l’entrebout à travers un peigneappelé peigne fixe. Ce peigne fixe pénètre dans l’extré-mité peignée des filaments au moment où l’arrachagedoit se faire et où la pince s’ouvre et lâche l’autre ex-trémité. l’ar cet arrachage à travers le peigne fixe,cette autre extrémité des filaments, déjà peignés àl’autre bout, se trouve être peignée aussi, de manièreque les filaments détachés du ruban alimentaire sontpeignés par les deux bouts et prêts à être rattachés àceux précédemment détachés, et ainsi de suite. Cettesoudure des mèches successivement peignées s’obtientau moyen d’un mouvement en sens inverse des cylin-dres arracheurs : les extrémités des mèches sont super-posées de manière qu’il en résulte un ruban continuque la machine délivre régulièrement.
Pans cette courte description nous avons tâché derésumer les principes fondamentaux de la peigneuseHeilmann; ces principes se retrouvent dans la pei-gneuse pour coton, dans celle pour laine, dans cellepour étoupes de lin et pour la bourre de soie ; il n’existeentre ces diverses machines d’autres différences quecelles résultant de la longueur des filaments qu’il s’a-git de travailler. Ces modifications sont infinies, demanière qu’étant donnée une certaine longueur de fila-ments, on peut immédiatement, en suivant les règlesposées par Heilmann, créer une machine convenablepour les peigner. On change à volonté la finesse despeignes suivant la nature des filaments et aussi sui-vant le degré plus ou moins avancé de peignage qu’ondésire obtenir.
L’ensemble mécanique, inventé par Heilmann pourtraduire son invention en une machine que l’industriepût employer comme les autres machines de filature,est un chef-d’œuvre presque aussi admirable que l’idéeéminemment originale de l’inventeur.
Josué Heilmann , l’auteur de cette magnifique in-vention, est mort avant d’avoir pu jouir du succès mer-veilleux de sa machine, de son triomphe en Angleterre,sur la terre classique de la filature ; mais aujourd’huil’expérience a proclamé son succès de la manière laplus éclatante : il n’y a plus qu’une voix dans toutel’Europe industrielle pour dire que c’est la plus belleinvention faite depuis quarante ans dans l’industrie dela filature.
11 s’agit ici d’une ces découvertes exceptionnellesqui ne se présentent dans l’industrie qu’à de longs in-tervalles.
On trouvera dans le Bulletin de la Société d'encoura-gement , qui a donné à la belle invention de M. Heil-mann son prix de 12,000 fraucs, les dessins bien com-plets des diverses pcigneuses propres au travail desdivers filaments. Je donnerai seulement ici, pour bienfaire comprendre les principes essentiellement nouveauxrésumés plus haut, sur lesquels repose le fonctionne-ment de cette machine, la coupe de la peigneusepropre au travail du coton, à l’aide de laquelle onparvient, comme il vient d’être dit, non-seulementà débarrasser le coton de toute impureté, mais encoreà faire disparaître les fibres trop courtes pour permettrela fabrication d’un fil irréprochable, et en disposant lesfibres parallèlement avec une exactitude parfaite sansqu’aucune puisse demeurer repliée; en un mot, on réalisetoutes les conditions qui peuvent conduire à la perfec-tion de la filature.
A est un rouleau garni d’une nappe de coton sortantdes cardes ; il est porté par deux tambours en bois B, Cqui guident le déroulement de la nappe en se mouvantcomme les rouleaux alimentaires a et b.
D est un guide qui conduit la nappe entre les rou-leaux alimentaires a et 6, le premier cannelé, en acier,le second couvert do cuir. Us reçoivent un mouvement