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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

La dernière colonne définit la substance utile qui afait le sujet des études spéculatives de la science. Nouscommencerons par les matières rouges, nous finironspar les matières jaunes. Nous intercalerons quelquescouleurs composées, violettes ou vertes, et quelques-uns des principes qui, quoique encore sans emploidans la teinture, peuvent être introduits dans l’indus-trie, ou dont l'exemple peut être pris comme modèledans l'examen des matières colorantes d’origine orga-nique.

Composition chimique. — Considérées sous le pointde vue de la constitution chimique, c'est-à-dire de lanature et du nombre des éléments simples qui les com-posent, et des rapports qui existent entre eux, toutesles matières colorantes isolées des matières tinctorialescontiennent du carbone, de l’hydrogène et de l’oxy-gène; quelques-unes contiennent de l’azote; de cenombre sont l’indigo, la fuchsine, l’indisine, etc. Gé-néralement assez riches en carbone, elles se rappro-chent des résines par plusieurs de leurs propriétés ;cependant beaucoup d’entre elles, chargées d’oxygène,se rapprochent davantage desmatières neutres ; elles necontiennent pas plus de carbone que le bois. Insistonscependant sur la grande variété de types qu’on ren-contre, et qu’on doit rencontrer dans des matièresd’origine et de coloration si diverses. Nous verrons,en effet, quelques matières colorantes se comportercommode véritables acides ( acide carthamique, fus-chine), tandis que d’autres, au contraire, auront destendances basiques et des réactions alcalines (hématinc);plusieurs matières colorées n’ont de coloration qu’àl’état de sels parfaitement définis (bleu de Prusse , or-céinate d’ammoniaque). Quelques-unes, enfin, sontcomplètement inertes (indigotéine) et ne se combinentque lorsqu’on les a profondément modifiées dans leurnature intime.

Propriétés des matures colorantes.

Depuis longtemps on savait que la plupart des prin-cipesd’originc animale ou végétale sont très-altérables;ils le sont beaucoup moins qu’on ne le pensait, si l’ontient compte des circonstances complexes dans les-quelles on les place. On a vu que parmi les matièrescolorées, les unes, exposées à la chaleur, soutiennentune température plus élevée, lorsqu’elles n’ont pas lecontact de la lumière, que lorsqu’elles y sontexposées.D’autres se conservent des années entières dans le videlumineux ou dans l’air obscur, tandis qu’elles s’altèrentau bout de quinze jours au contact de l’air et de lalumière. Leur décomposition est le résultat de l’actionsimultanée de la lumière et de l’oxygène atmosphéri-que. D’autres, enfin, s’unissent aux alcalis solublessans le contact de l’oxygène, et se conservent sans al-tération des mois entiers, lorsqu’elles s’altèrent très-promptement au contact de l'air.

Les expériences auxquelles M. Chevreui a soumis lecurcuma, l’indigo, le rocou, le carthame, l'orseille,l’acide sulfindigotique et le bleu de Prusse , ont donnédes résultats conformes aux observations qui précèdent.Toutes ces matières colorantes, considérées après leurapplication sur coton, sur laine et sur soie, ont étéscrupuleusement étudiées et examinées sous le rapportdes altérations qu’elles subissent de la part de la lu-mière, dans le vide sec, dans l’air sec, dans l’air saturéd’eau, dans l’atmosphère, dans la vapeur d’eau, dansle gaz hydrogène sec, dans le gaz hydrogène saturéde vapeur d’eau. La durée de l’exposition a été de deuxans. Les notions qu’on a déduites de ces expériencesont fixé les conditions dans lesquelles se font remar-quer les différences de solidité d’une couleur donnée ;nous y reviendrons, en définissant les couleurs degrand, de moyen ou de petit teint.

Chaleur. — Nous aurons à distinguer l’action de laC.

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chaleur sur la matière colorante clic-même ou dansses rapports avec l'affinité ‘le la fibre pour la substancetinctoriale, c’est-à-dire dans ses rapports avec l’art dela teinture. Nous commencerons en nous plaçant à cedernier point de vue.

On sait que certaines matières, comme la zircone,l’oxyde de titane, préparées par voie humide, plusieurssels comme les antimoniales chauffés dans les environsd’une température rouge, deviennent incandescents etperdent leur solubilité dans les acides. Quelques ma-tières organiques, sans exiger, pour présenter des phé-nomènes analogues, une température aussi considé-rable, jouissent de propriétés semblables. L’exemple del’albumine cuite paraît très-propre à faire comprendrel’action de la chaleur en teinture. Si l'on applique del’albumine fraîche sur une étoffe quelconque, qu’on lafasse sécher et qu’on la traite par l’eau, elle se dissout ;si l’on fait cuire, au contraire, l’albumine sèche, on lacoagule par la chaleur; en vain on la traitera parl’eau, elle ne se dissoudra plus; cette simple modifica-tion, en quelque sorte physique, explique comment lachaleur peut fixer une matière soluble sur un tissu,soit que la matière cuite ait de l’affinité pour l’étoffe,soit qu’elle n’en ait pas. On comprend qu’un grandnombre de matières colorantes se rapprochent de l'al-bumine , lorsqu’on connaît les températures aux-quelles ont lieu les phénomènes que M. Chevreui dé-signe sous le nom de phénomènes de coction ou de.cuisson; ce premier ordre de faits acquiert encore del’importance, si l’on songe que plusieurs substances,appliquées froides ou tièdes sur des tissus donnés,n’ont pas ou n’ont que peu d'affinité pour lc3 tissus ;lorsqu’on les présente chaudes, en élevant la tempéra-ture, l’affinité naît ou augmente d’intensité : la matièrecolorante est fixée; on conçoit, comme possible, le casoù la matière colorante complexe ne serait insolublequ’après une certaine élévation de températuro; cettematière insoluble resterait alors fixée solidement à l’é-toffe, soit que celle-ci eût réellement de l’affinité pourla matière colorée, soit qu’elle n’en eût pas.

Nous rappellerons ccs principes lorsque nous parle-rons de la fixation de couleurs dites couleurs vapeurs.Pour généraliser l’action de la chaleur, en tant qu’elleest capable de modifier l’affinité de l’étoffe pour la cou-leur, citons un fait qui prouve que ce qui so passe dansle fixage à la vapeur se reproduit dans la chaudièredu teinturier. Nous avons déjà mentionné cette obser-vation de M. Chevreui, qu’un sel cuivreux, fixé sur lalaine, tache l’étoffe lorsqu’on lapasse à la vapeur, parceque la base passe à l’état de sulfure par la réaction dusoufre naturel de la laine. Si l’on plonge à froid de lalaine dans la solution d’un sel de cuivre, on enlève, aumoyen de l’eau froide, la majeure partie duscl qui s’estséché sur l’étoffe, après qu’on l’a retirée du bain desel; mais en la plongeant dans l’eau bouillante, debleuâtre quelle est, elle devient couleur de rouille, et•dès lors on ne peut séparer la moindre quantité de selde cuivre adhérent, par la raison qu’il s’est formé dusulfure de cuivre insoluble, absolument comme dansle cas où la laine, passée dans le sel de cuivre, a subil’action delà vapeur.

Il n’est donc pas possible de nier l’influence de lachaleur pour fixer les couleurs sur les étoffes. Quelleest, en dehors de l’action de la chaleur sur la matièrecolorante en contact avec la fibre textile, l’action de lachaleur sur la matière colorante isolée? Essentielle-ment variable même sous l’influence d’une chaleiu*ménagée, tantôt la modification est permanente, tantôtau contraire elle n’est que passagère. La ourcumine,matière colorante jaune du curcuma, et l'hématine,matière colorante du bois de Campêche, exposées l’uneet l’autre à l’action de la chaleur, changent de nuance ;mais ces modifications disparaissent par le refroidisse-

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