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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

de laque par l’oxyde précipité. Une dissolution de ga-rance, mélangée d’alun, précipite par l'ammoniaqueune laque de garance. Généralement cette méthode neconduit pas à des composés parfaitement brillants

2° Lorsque la matière colorante est soluble par elle-même, elle peut être déplacée et précipitée par l'ébul-lition à l’état de sel lorsqu’on a mélangé la dissolutionde matière colorante avec un sel de potasse ou de soudecapable de former par la chaleur un sous-sel insoluble.C’est ainsi qu’en présence d’une dissolution de garance,une dissolution d’alun saturée à froid de carbonate depotasse ou de carbonate de sonde, ou d’acétate deplomb se trouble déjà vers 00°, suivant son état doconcentration, en entraînant la matière colorante de lagarance.

3° Lorsque la matière colorante est encore soluble,on met en présence un sel basique qui forme à la foisun sel neutre soluble, et la laque se précipite par voiede double décomposition. L’acétate tribasique de plomb,par exemple, forme de l’acétate neutre qu’il est faciled’isoler par filtration de la laque plombeuse qui sesépare.

4° Lorsque la matière colorante existe à l’état dedissolution à la faveur d’une base solubleavec laquelleelle forme une combinaison soluble, on ajoute un selsoluble qui contienne l’oxyde qu’on veut combiner.C’est ainsi que l’indigoture de chaux, traité par lechlorure d’étain, forme, par double décomposition, unindigoture d’étain, sel insoluble qui se précipite. L'in-disine, en combinaison avec la potasse après réduction,80 comporte de meme.

Il est facile de voir que dans tous ces cas la matièrecolorante se comporte à la façon d’un acide. Ail reste,on le prouve en cherchant à la déplacer; on n’y par-vient qu’en faisant usage d’un acide plus énergique. Siles matières colorantes, en général, sont considéréescomme des acides, elles doivent présenter pour unoxyde donné des alîinités différentes, et là encore l’ex-périence confirme cette manière de voir. Met-on, eneffet, dans un même bain une dissolution de garance,de cochenille et de garnie, l’alumine fixera successi-vemcntla garance, puisla cochenille, et enfin la gaude.Disons néanmoins que ces caractères ne sont pas ab-solus et que nous avons déjà cité l’exemple de l'héma-tine qui, vis-à-vis de l’acide sulfureux, se comportecomme le ferait une base. Il y aurait un intérêt réel àdresser une table des proportions chimiques concernantles matières colorantes organiques. La société de Mul-house a proposé pour ce travail une médaille d’argent;le programme indique l’utilité de cette table, qui de-vrait contenir les proportions chimiques des principescolorants purs et dans l’état ou le commerce les livre,et pour celles des matières colorantes qui sont solublesl’équivalent des décoctions à des degrés aréométriquesdonnés ; de ces proportions pourraient se déduire cellesde tel ou tel mordant propre à la composition des cou-leurs et la préparation des laques, comme on calcule lacomposition de tout sel dont on cherche l'acide, con-naissant la base.

Acides. — D’après ce qui précède, on voit que l’actiondes acides sur les matières colorantes tend, confor-mément à ce qui se passe dans les ateliers et les labo-ratoires, à mettre en liberté les matières colorantes,soit qu’elles se trouventengagéesdans les matières tinc-toriales, soit qu’elles existent en combinaison avec letissu, soit enfin qu’elles restent à l’état de liberté dansle liquide sans contracter d'adhérence avec l’étoffe. Cesréactions sont en effet utilisées dans la pratique ou pourrendre soluble la matière eolorable engagée dans unbain à l’état de composé non soluble, ou pour enleverla couleur déposée d’une manière uniforme sur uneétofïe qu’il faut décorer de dessins variés, {enlevage) ou

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pour empêcher la couleur de prendre sur certainspoints ( réserve chimique).

Les cas de contact des acides inorganiques avec lesmatières colorantes sont donc fréquents dans l’in’dus-trie. Voyons à déterminer les phénomènes qui peuventse présenter ; ils seront nécessairement variables avecla nature de la matière colorante, avec la températureà laquelle l’expérience aura lieu, avecla nature et l’étatde concentration du liquide employé.

Lorsque l’acide sulfurique est concentré et qu’on lefait agir à froid, il peut nôtre qu’un simple dissolvant,et les observations de tous les jours ont démontré queles matières colorantes qui ne s^altéraient pas au con-tact de l’acide sulfurique étaient douées d’une grandosolidité. Il suffit, en effet, d’érenfire d'eau pour fairereparaître la matière colorante avec toutes ses proprié-tés primitives. C'est ce qui arrive lorsqu’on traite lagarance par l’acide sulfurique concentré. L’alizarinese précipite avec ses caractères distinctifs quand onétend d’ean la dissolution. Dans certaines circons-tances l’acide sulfurique entre dans le molécule qu’ilmodifie; il se copule surtout avec les matières colo-rantes volatiles. C’est ainsi qu’il forme avec l’indigobleu, i’alizarine, la lutéolinc, des composts acides ana-logues à l’acide sulfovinique.

Si l’on fait intervenir la chaleur, les matières colo-rantes non volatiles se détruisent; en général, elles seeharbonnent, tantôt avec dégagement de produits con-tenant du soufre, tantôt sans formation d’acide sulfu-reux.

L’acide azotique oxyde quelques-uns de ces corpssans altérer leur constitution moléculaire ; mais leplus souvent, il les détruit pour donner naissance à desproduits très-variés.

L’acide chlorhydrique concentré détruitlc plus grandnombre des matières colorables ou colorées, particu-lièrement les matières colorantes non volatiles.

C’est surtout au contact des acides étendus que lesmatières colorantes sont exposées dans les opérationsde l’industrie; comme les acides concentrés attaquentles fibres, on doit éviter leur action dans la teintureproprement dite.

Lorsqu’une matière colorante est mise en contact àfroid avec un acide étendu, sa solubilité diminue, sicette matière est soluble; il n’y a pas d’action, si lamatière colorante est insoluble à chaud. S’il y a-disso-lution, la matière colorante se précipite par refroidis-sement sous forme cristalline.

Le simple contact des acides étendus avec les ma-tières colorantes doit assurément les modifier de lamême manière qu’il agit sur le sucre de raisin. Lesopérations journalières font admettre des altérations decet ordre qui est de nature à donner une explicationplausible de l’appauvrissement que subissent certainsbains de teinture abandonnés à leur propre décompo-sition.

La première influence d’une matière acide sur unecouleur végétale est d’en modifier la nuance : on ad-met généralement que les couleurs rouges tournent àl’orangé, que les couleurs bleues passent au rouge <rtque les jaunes sont éclaircies en passant au vert. Cesnuances sont ramenés, à leur couleur primitive parl’ad-dition des alcalis ; les rouges sont ramenés au rougevineux, les bleus passent au jaune foncé et les jaunessont à peine altérés. On peut donc toujours ramener,dans certaines limites au moins, une nuance altéréepar un acide au moyen d’une base et réciproquement,on donne dans les arts le nom de virement à l’actiondont nous parlons ; on en fait usage pour rassortir unenuance donnée.

A quoi tiennent ces modifications? Évidemmentnous ne pouvons confondre ici deux sortes de phéno-mènes, l’un essentiellement physique qui constitue le