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TEINTURE.
TEINTURE.
virement dont nous venons de parler; l’autre exclusi-vement chimique et qui résulte de la mise en libertéd’un acide végétal coloré dont la couleur était masquéepar suite d’une combinaison avec une base alcaline.Dans cet ordre de faits nous rappellerons l'action d’unacide quelconque sur la teinture bleue de tournesol. Lacoloration bleue résulte de la combinaison de l’aciderouge avec une base ; l’acide met l’acide végétal en li-berté ; il est solublo, il colore donc en rouge le liquideprimitivement bleu ; ici rien d’obscur , et tous les chi-mistes sont d’accord. Il n’en est plus de même de lacause qui fait virer les couleurs, et c’est surtout à l’al-tération des principes simples colorés, qu’on 11e peutconsidérer comme des sels, qu’il faut appliquer l’hypo-thèse que nous allons présenter. Or, si Ton admet avecM. Chevreul que les couleurs ne sont pas dans la ma-tière, qu’elles résultent des impressions que nous enéprouvons sous l'influence de la lumière blanche quin’est pas réfléchie dans son ensemble, mais dans quel-ques-unes de scs parties seulement, il est vraisem-blable d’admettre que toutes les circonstances qui mo-difieront la molécule d’une substance modifieront dememe sa couleur. Ne peut-on pas concevoir certainescontractions des molécules colorées sous l’influencedes acides ou des bases, contractions qui ne seraientpas capable de se trahir par d’autres caractères queceux qui prendraient naissance dans une modificationlégère de la nuance primitive? Au reste, nous 11’enten-dons présenter cette explication qu’avec la plus granderéserve et ne la produire que dans le cas où la trans-formation d’une nuance donnée en une nouvelle nuance,si voisine qu’elle soit de la première, n’est accompagnéed’aucune métamorphose chimique, d’aucune évolutionmoléculaire.
Sels. — I/action des sels sur les matières colorantespeut être étudiée sous divers points de vue. Sous lerapport d’une intervention purement physique, les unsretardent momentanément la solubilité d’une matièrecolorante soluble par elle-même, d’autres la favorisent aucontraire, quelques-uns, à ce chef, sont sans influenceaucune.
Sous le rapport d’une intervention chimique, tandisque plusieurs sels agissent à la façon des bases, d’au-tres se comportent comme des acides. Dans ces deuxcirconstances, l’action est multiple ; car l’influence re-lative au virement s’ajoute généralement à celle quirésulte des décompositions que la chimie peut prévoiret expliquer. Les sels dont l’action est équivalente àcelle des bases sont surtout les sels à acides minérauxou végétaux doués d’une faible énergie chimique; lescarbonates et les acétates saturent les couleurs avecleurs bases comme si dans le mélange ces dernièresétaient en liberté.
Nous avons vu comment les matières colorantes so-lubles se comportaient avec les sels en étudiant lesmoyens à l’aide desquels on rend insolubles ces prin-cipes pour les déposer avec adhérence sur les fibrestextiles. Nous n’avons donc pas à revenir sur ce sujet.Nous rappellerons seulement que toutes les fois que lamatière colorante est soluble sous forme de sel, ellepeut former une laque insoluble par voie de doubledécomposition, quand on sait choisir parmi tous lessels celui dont la base forme un composé non soluble.Comme exemple nous citerons la décomposition del’indigoture de chaux par le protochlorure d’étain.Souvent même, la dissolution simple de la matière dansl’eau, lorsque la matière colorante est soluble, se dé-pouille complètement au contact d’un sel. Témoin lasolution d’hématine avec le sel d’étain : dans cetteréaction il sc forme de l’oxyde d’étain et de l’acidechlorhydrique; le protoxyde d’étain s’empare do lamatière colorante et l’acide chlorhydrique n’exerce pasplus d’action sur la laque colorée que si l’on avait
opéré sur un mélange alcalin. On peut rapprocher deces faits l’influence de certains sels calcaires qui n’a-gissent qu’en vertu de la chaux qu’ils contiennent; onutilise cette propriété dans les opérations du garançageen additionnant lo bain de quercitron et de fustet!
Dissolvants organiques. — L’alcool et l’éther sontemployés, et si leur prix élevé permettait de les intro-duire avantageusement dans les pratiques de l’atelier,ils pourraient rendre de grands services à l’industriequi nous occupe; nous verrons que l’on a déjà faitusage du premier, au moins pour isoler les principesutiles contenus dans les matières tinctoriales. On faitusage aujourd’hui d’esprit de bois, d’acétone, de sul-fure de carbone, etc., comme dissolvants des matièrescolorantes.
Si nous exceptons l’indigotéine, toutes les matièrescolorantes sont solubles dans l’alcool et l’éther, surtoutsi l’on fait usage de la chaleur pour faciliter la disso-lution; la matière colorante se sépare par le refroidis-sement sous forme de cristaux plus on moins nets etbrillants. La dissolution n’est que rarement accompa-gnée d’altération; cependant il se manifeste quelque-fois des modifications qui se décèlent par des change-ments de nuances et de propriétés.
L’acide chlorhydrique et l’acide sulfurique en mé-lange avec l’alcool dissolvent toutes les matières colo-rantes, surtout à chaud, et c’cst dans ces circonstancesque les phénomènes de réduction que nous venons derappeler sont les plus fréquents. L’indisine est déco-lorée par ces mélanges.
L’acétone et l’esprit de bois sont de bons dissolvantspour certaines matières colorantes. On est peut être àla veille d’en faire usage d’une manière pratique pourremplacer les extraits aqueux de plusieurs matièrestinctoriales. Ces dissolvants, au reste, mélangés à l’acidesulfurique jouissent des mêmes propriétés réductricesque le mélange d’acide sulfurique et d’alcool. L’in-digo, la garance, la gaude subissent des altérationsprofondes.
L’essence de térébenthine est encore un bon dissol-vant de certaines substances colorantes; elle agit surle rouge d’Andrinople.
Le sulfure de carbone dissout l’ancliusine, principecolorant de l’orcanette. Lorsque les dissolvants orga-niques n’agissent pas sur le principe colorant pur, ilspeuvent servir à les dépouiller des matières étrangèresqui les souillent; c’cst ainsi que, dans le pncédé dePerkin, le naphte est employé pour séparer l’indisinede la résine qui l’accompagne ; c’est ainsi que le sulfurede carbone débarrasse la curcumine des impuretés quis’y trouvent associées. .
État naturel des matières colorantes. — Nous avonsvu que les matières organiques colorantes étaient four-nies par le règne végétal et le règne animal. Commentse forment-elles? C’est là certainement un mystère en-core inconnu, mais dont il ne faut pas désespérer detrouver l’explication. Personne assurément 11e peutdire à quelles substances il faut recourir pour engen-drer de l’indigotéine avec les feuilles des indîgofères,de la carthamine avec les fleurs du carthamus tincto-rius, de l’alizarine avec les principes accumulés dansles racines des rubiacées. Mais bien qu’on n’ait encorepu suivre jusqu’à présent ces métamorphoses intéres-santes, on ne peut admettre qu’elles soient des secretsimpénétrables. N’est-on pas parvenu dans ces dernierstemps à préparer, au moyen d’intermédiaires éloignés,des composés qu’on considérait autrefois comme exclu-sivement du domaine des actions vitales? L’acide oxa-lique, l’acide raeémique, l’acide tartrique, l’acide acé-tique, l’urée, les matières grasses sont aujourd’hui desproduits de laboratoire. Assurément ce serait mécon-naître la puissance de la synthèse chimique et les ser-