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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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Quand on traite une partie d'indigo desséché dansune étuve à 100 degrés par 15 à «0 parties d’acide sul-furique et qu’on élève la température à 50 ou 00 de-grés, l’indigo se dissout sans dégagement d’acide sul-fureux, passe au jaune, puis au vert, pour revenir à sanuance primitive, lebleu foncé. Il reste endissolut ion desmatières particulières : un acide sulfo-indigotique d’aprèsM.Chevreul, sulfindylique suivant M. Dumas, et l’excèsd’acide sulfurique que souille encore un acide complexesulfuré que Berzélius a nommé hyposulfo-indigotique.Pour débarrasser l’acide sulfo-indigotique de toutes cesmatières et de celles qui proviennent de l’indigo ducommerce, on l’étend d’eau, puis on filtre pour éloignertout ce qui n’est pas soluble. En ajoutant de la potasseon forme des sels potassiques, et comme le sulfo-indigo-tatc de potasse ne se dissout pas en présence du sulfatede meme base, il se précipite dans la liqueur qui nerenferme plus que du sulfate et de l’hyposulfo-indigo-tate ; on le lave avec un peu d’eau lorsqu’on l’a jeté surun filtre-; on le lave ensuite avec de l'acétate qui enlèvele sulfate de potasse et qu’on éloigne à son tour par unlavage à l’alcool. Ce qui reste sur le filtre e6t le carmind’indigo qu’on vend dans le commerce à l’usage desteinturiers sous le nom d’indigo soluble. Pour dimi-nuer les frais de fabrication, on remplace la potasse parla soude ; on évite d’ailleurs les lavages, parce que lesulfate de soude qui cristallise à la surface du sulfin-digotate peut être facilement enlevé mécaniquementquand l’efflorescence s’est produite.

Lorsqu'on n’emploie, pour traiter l’indigo, que cinqparties d’acide sulfurique pour une d’indigo, la disso-lution s’opère encore sans dégagement d’acide sulfu-reux pourvu qu’on n’élève pas trop la température;mais la liqueur, au lieu d’être bleue, reste pourpre etprécipite quand on vient à la traiter parl’ean; le volumedu précipité varie avec les circonstances de l’expé-rience, savoir : la température de la réaction, la con-centration de l’acide, etc.

Lorsqu’on fait usage de l’acide des chambres et quel’on ajoute l’eau dans la dissolution acide, aussitôtque le dépôt a disparu ou qu’on fait bouillir cette dis-solution étendue, on obtient un précipité très-abondantque M. Walter Crum a nommé phénicine, et queM. Ber-zélius a nommé pourpre d'indigo. Nous le nommerons,avec M. Chcvreul, acide sulfopurpurique.

Le sulfate d’indigo qu’on emploie dans la teintureest-il plus avantageux sous forme d’acide sulfo-indigo-tique, ou sous forme d’acide sulfopurpurique ; un mélangede ces deux composés présente-t-il les plus grands avan-tages? Si cette question était tranchée dans un sens oudans l’autre, rien ne serait plus facile que de diriger lafabrication dans la voie la plus capable de conduire àl’un ou l’autre de ces composés. Quoi qu’il en soit, au-jourd’hui le sulfate d’indigo sc prépare en fabrique enfaisant dissoudre unkilog. d’indigo brut du commerce,finement broyé et pulvérisé par un mélange d’un kilog.d’acide sulfurique de Saxe et un kilog. d’acide sulfuriqueconcentré ordinaire. On abandonne à lui-même le mé-lange d’acide et d’indigo pendant 48 heures; puis, pourfavoriser la dissolution, on chauffe le mélange au bain-marie jusqu’à ce qu’une goutte de la liqueur, ajoutéedans un vase rempli d’eau, s’y dissolve en colorantfortement la liqueur sans produire de précipité. Cettedissolution refroidie contient du pourpre d’indigo mêléd’acide sulfo-indigotique, si le contact de l’acide sulfu-rique en a développé. On l’étend d’eau tant que-le mé-lange ne marque pas 18 degrés Baumé. Le tour demainde cette préparation consiste à s’opposer à l’élévation detempérature qui détruirait une partie de la matièrecolorante. Quand on veut préparer du pourpre d’indigo,le mieux est de séparer par un alcali tout ce quipeut s’y dissoudre; pour préparer le carmin d’indigo,cette précaution devient inutile, car par la filtration

le sulfo-imligotate de poiasse est débarrassé des matières insolubles, et par l’acétate do soude on éloignéles substances étrangères solubles.

Le carmin d'indigo se dissout très-facilement dansl’eau pure ; quand à cette dissolution on ajoute unedissolution saline à base de potasse, de soude, de ba-ryte, de strontiane, de chaux,de plomb, d’argent ou demercure, elle se trouble et le sel se dépose quelquefoisaprès avoir éprouvé la double décomposition. Les selsà base d’ammoniaque, de mauganèse, de ziuc, de cui -vre, d’alumine, de protoxyde et de peroxyde de 1er neprécipitent pas.

Les snlfo-indigotates se décolorent par la potasse etreprennent la couleur bleue qui leur est propre quandon les sature par un acide, pourvu, toutefois, qu’ilsn’aient pas été portés à la température de l’ébullition;l’acide bleu se trouve détruit dans ces circonstances.

Le bleu, précipité de la sorte, prend le nom de dis-tillée. Il se trouve plus pur et se vend plus cher.

Les bleus qu’on obtient en teinture par la dissolutionde l’indigo dans l’acide sulfurique sont plus vifs, maismoins solides que ceux qu’on obtient par le bleu decuve. Il est probable que, dans le traitement par l'acidesulfurique, l’indigo se trouve modifié sinon dans sanature, au moins dans celle des combinaisons qu’ilforme avec les fibres textiles. Ce bleu, connu long-temps sous le nom de bleu de Saxe ou de composition,ne date que de 1740. Découvert par le conseiller Bartlià Grosscn-llayn, il fut longtemps tenu secret, mais ce-pendant il se répandit peu à peu. Dans l’origine sa com-position était très-compliquée. Il se formait en faisantréagir d’abord l’acide sulfurique sur l’alumine, l’anti-moine et d’autres substances minérales; on n’introdui-sait d’ailleurs l’indigo qu’après la dissolution de ceséléments étrangers.

*25. Bois de Campêche (hématine, hématéinc).

M. Chevreul a déjà depuis longtemps étudié lespropriétés de la dissolution des bois de Campêche dontl’emploi date en Europe de la découverte de l’Amé-rique . Le principe utile de la décoction de cette ma-tière tinctoriale est connu sous le nom d'hématine.Xous avons fait connaître comme bois de teinture,dans ce Dictionnaire, les caractères et les usages decette substance; nous n’y reviendrons pas, mais nousnous étendrons plus longuement sur les propriétés chi-miques de l’hématine pure, qui dans ces derniers tempsa figuré parmi les sujets traités par les chimistes lesplus distingués.

Hématine. — Le procédé d’extraction de M. Chevreulconsiste à traiter le campêche en poudre par l’eau pure;l’extrait concentré repris par l’alcool est soumis à l’é-vaporation qui dépose des cristaux, si l’on a pris lesoin d’éteridre d’un peu d’eau le liquide sirupeux pro-venant de la concentration de l’alcool.

Le procédé de M. Chevreul a reçu de M. Erdmannune légère modification qui a permis d’obtenir l’hé-matine avec plus de pureté. M. Erdmann prend l’ex-trait qu’on trouve dans le commerce, il le pulvériseavec cinq à six fois son poids de sable pour s’opposerà l’agglutination; il le traite ensuite par six fois sonvolume d’éther. La dissolution dans l’éther contientl’hématine et quelques matières étrangères ; le liquidedécanté, évaporé jusqu’à consistance sirupeuse, estrepris par Beau, qui au bout de quinze jours sépare descristaux qu’un lavage à l’eau froide suffit pour déco-lorer. I kilog. d’extrait et o kilog. d’éther ont fourni125 gr. d’hématine.

L’hématine pure n’est pas rouge, elle est à peinecolorée; elle se rapprocherait donc de la lécanorine et del’orcine par sa propriété de se transformer en une ma-tière colorée sous l’influence de l’oxygène et des bases.La couleur des cristaux d’hématine varie du jaune-