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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

laque violette, si. après l'avoir dissoute par l'ammo-niaque, on la sature par l'acide nitrique, et qu’on l’ad-ditionne de magnésie.

Elle so combine directement à lu laine et à la soie,qu’elle peut teindre sans intermédiaire en brun, rouvreou jaune; elle a beaucoup moins d'allinité pour les fi-bres végétales.

37. crucr.MA (cummu'ne).

Le eurcuma, connu dans le commerce, est une ra-cine tuberculeuse, allongée, ridée; d’un jaune pille ex-térieurement, d’une chair plus brune à l’intéiieur. Ellepossède une odeur particulière, une saveur amère, etun arrière-goût épicé. Elle c&t employée dans la tein-ture des soies et provient du curcuma rotnnda.

Lorsqu'on traite, par l’eau chaude, la racine réduiteen poudre, on n’enlève pas toute la matière colorante;il faut laver d’abord avec l’alcool froid qui sépare lamajeure partie des matières résineuses, puis on traitepar l’alcool bouillant. On évapore le liquide et le ré-sidu repris par l’éther abandonne tout le principe co-lorant, c’est-à-dire la curcuminc.

Curcumine. —Après dessiccation, la curcumine res-semble beaucoup aux résines; fusible à 10 degrés, elle sedissout dans les huiles et dans les graisses, peu dansl’eau froide, davantage dans l’eau bouillante. Pour l'ob-tenir à l’état de pureté complète il faut reprendre parl’alcool le résidu laissé par l’évaporation de l'éther ettraiter la dissolution par une dissolution alcooliqued’acétate de plomb. Il se forme immédiatement unprécipité rouge qu’on lave, qu'on dessèche et qu’ondélaye dans de l’eau pour le décomposer par de l’hy-drogène sulfuré tant qu’il reste de l’oxyde de plomb nonprécipité sous forme de sulfure. On lave la poudre, onla dessèche et on la traite à l’état sec par l'éther, quidissout la curcumine en laissant le sulfure de plomb.

La curcunnno est très-peu soluble dans le sulfure decarbone. M. Lepage en a profité pour débarrassér lecurcuma de son huile volatile et d'une partie do sesprincipes résineux en le traitant à deux reprises parce dissolvant; il le sèche ensuite et l’épuise par l’eaualcaline; l'addition d’un acide en précipite la curcu-mine, mais il est indispensable pour la purifier de ladissoudre encore dans de l’éther rectifié.

En évaporant lentement l’éther, ou mieux en l’expo-sant à l’évaporation spontanée, la curcumine se dé-pose en petites lames minces inodores, d’un brun can-nelle ; quand on la réduit en poudre, elle donne unebelle couleur jaune ; elle fond sous l’influence de lachaleur, s'agglutine et brûle avec beaucoup de fumée.Sous l'influence de la chaleur, elle se décolore.

Los acides étendus ne la dissolvent pas ; mais lesacides concentrés la dissolvent sans l’altérer; lorsqu'onverse de l’acide sulfurique sur la curcumine en poudre,il se forme un liquide rouge cramoisi que l’eau décom-pose, il se forme des flocons d’un jaune verdâtre quisont de la curcumine sans altération. Les acides chlo-rhydrique et phosphorique se comportent de même. L’a-cide acétique la dissout sans modifier la couleur primi-tive. L’acide azotique étendu de son volume d’eaun’altère pas à froid la curcuminc qui se détruit avecdégagement de gaz si Ton fait intervenir la chaleur; ily a formation d’une résine et d’une substance solublejaune qui reste dissoute. La résine est une belle cou-leur jaune, la substance soluble est cristallisable.

La solution de curcuma sert à préparer le papier decurcuma ; ce réactif devient brun par les alcalis commepar les acides. Lorsqu’on fait une réaction acide on dis-sout la curcumine qui forme une dissolution brune.Lorsqu’on produit une réaction alcaline, il y a combi-naison de la curcumine avec l'alcali pour former uneliqueur brune ; il y a toutefois cette différence entre lesdeux épreuves que l’eau détruit immédiatement la

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i couleur produite par les acides, tandis que cet effet n’apas lieu lorsqu’on a mis le papier en contact avec imalcali. Lorsqu’un acide faible rend au papier de cur-cuma sa nuance jaune primitive; c’est que l’acide socombine avec l’alcali, détruisant ainsi la cause do lacoloration.

38. Rocou ( bixine , bixéine).

Le rocou n’est autre chose que la chair rougeâtre desfruits du bixa orellann. Cette matière vient eu majeurepartie de l'Amérique espagnole, des Indes orientales etdu Brésil . C’est une pâte molle, d’un rouge vif, quirépand l’odeur de la violette; on peut la considérercomme formée par la réunion de plusieurs matières.J’y ai soupçonné pendant longtemps l'existence d’aumoins deux principes colorés, l’un jaune et l’autrerouge, causes delà nuance orangeque le rocou possède,surtout sur les points qui ont eu le contact de l’air. J’aivu, dans le laboratoire de M. Jacquelain, trois subs-tances différentes, extraites d’un rocou qui venait d’Es-pagne .

L’eau bouillante dissout complètement le rocou,mais la décoction e>t trouble, rougeâtre, d’une odeuret d’une saveur désagréables ; en dissolution, elle ne fer-mente qu’au bout d’un temps assez long ; les alcalis yforment un précipité blanc, et lui donnent une couleurorangée claire; les acides la font virer au rouge. L’alcooldissout aussi les matières colorantes du rocou; la li-queur est rouge. Les dissolutions alcalines dissolventla matière jaune, les acides la précipitent sous formede flocons orange, le sulfate de fer et l’alun agissentde même ; le sulfate de cuivre donne un précipité jaunebrun, le protochlorure d’étain un dépôt jaune citron.

Le rocou, d’après M. Preïser, contient une matièrejaune, capable de s’altérer et de se transformer en unesubstance rougeâtre; il nomme la première bixine et laseconde bixéine.

Bixine. — Pour préparer cette matière, on traite lasolution aqueuse du rocou par l’hydrate de plomb, quiforme une laque , l’hydrogène sulfuré décompose cettelaque, et les liqueurs filtrées rapidement et concentréesdonnent de petits cristaux blancs, aiguillés, qui sont labixine. Elle possède une saveur amère, désagréable.Elle se colore petit à petit au contact de l’air, mais avecassez de lenteur. Elle n’a qu’une couleur très-faible ;sous l’eau, sa blancheur persiste; elle est volatile, so-luble dans l’eau, dans l’alcool, dans l’éther ; elle se dis-sout encore dans l’acide sulfurique, qui forme un li-quide jaune ; le rocou brut prend avec l’acide sulfuriquoune couleur bleue particulière, qui n’appartient doncpas à la bixine pure. L’acide azotique la jaunit, l’acidechromique, qui n’agit qu’avec lenteur, lui communiqueune coloration jaune orangé.

Bixéine. — C’est sous l’iufluencc simultanée de l’airet de l’ammoniaque que le rocou se colore en rouge ; leproduit de cette transformation a reçu le nom debixéine ; ce corps ne cristallise pas, il affecte la formed’une poudre rouge, qui se colore en bleu sous l’in-fluence de l’acide sulfurique, et qui se combine encoreavec l’oxyde de plomb et les alcalis.

La couleur du rocou se fixe sans préparation sur lalaine, la soie, le lin, le coton ; elle manque de résistanceà l’air, mais elle résiste assez à l’action des savons etdes acides. Elle résiste mieux à l’action du chlore quele rouge de garance. On l’emploie surtout pour la tein-ture de la soie. Nous reviendrons plus loin sur les con-ditions pratiques dans lesquelles l’opération réussit.

39. Acide ticrique (acide carbazotique).

M. Guinon, teinturier à Lyon , a fait connaître, en1817, l’emploi de l’acide picrique pour teindre enjamicsolide et brillant la soie qu’il n’altère pas. Depuis, on afait une grande consommation de cette matière pour