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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE,

TEINTURE.

la teinture des laines en couleurs unies, de nuancesvertes composées, d’une extrême richesse et de la plusgrande variété. J’extrais d’une notice publiée pat*M. Guinon, dans les Annales de la société nationaled’agriculture , d'histoire naturelle et des arts utiles deLyon , 4 849, les détails qui suivent :

La teinture en jaune par l’acide picrique est tout à lafois remarquable par l’éclat et la solidité de la couleurqu’on en obtient, et par une application simple et facile.

L’acide azotique donne naissance, on le sait, par soncontact avec les matières organiques, à des composéstrès-variés; entre autres produits très-stables, il formeavec plusieurs composés de nature organisée l’acidepicrique, qui, découvert en 1788 par Ilausmann, re-trouvé plus tard parmi les produits de l’oxydation del’indigo, de la salicine, de l’aloès et des lmiles dehouille, n’avait encore reçu jusqu’à ce jour aucune ap-plication industrielle; on s'était contenté d’indiquerparmi ses propriétés saillantes celle de tacher la peau ]en une couleur jaune brillante et solide. Le travail deLaurent sur l’huile de houille a donné le moyen depréparer l’acide picriqne très-économiquement.

M. Guinon opère de la manière suivante :

Dans une capsule, ou terrine de grè3, dont la capa-cité doit être au moins triple du volume des matièresemployées, on met d’abord trois parties d’acide azo-tique du commerce à 36 degrés, dont on élève la tem-pérature à CO degrés centigrades. On retire la capsuledu feu, puis au moyen d’un tube de verre effilé à sonextrémité inférieure, que l’on fait plonger dans l’acide,on verse peu à peu une partie d’huile de houille, dontle point d’ébullition est compris entre 1 GO et 190 de-grés centigrades. Chaque addition d’essence qui tra-verse l’acide chaud produit immédiatement une viveréaction, de laquelle résultent échauffement de la masseet dégagement tumultueux d’acide carbonique et debioxyde d’azote. Si le liquide menace de s’extravaser,on cesse de verser de l’huile et ou tempère l’action parl’addition d’un peu d’acide froid. Lorsque toute l’huilequ’on a dessein de transformer est employée, la ma-jeure partie se trouve déjà convertie en acide picrique.Mais il en reste encore beaucoup dans un état inter-médiaire, sous forme d’une matière résineuso rougeâ-tre ; pour compléter, autant que possible, la transfor-mation , on ajoute trois nouvelles portions d’acideazotique, on porte le tout à l’ébullition et l’on évaporejusqu’à consistance sirupeuse, en ayant soin de ne paslaisser la matière se dessécher ; sans cette précaution,la masse s’enflammerait.

On peut encore préparer à froid l’acide picrique enmélangeant simplement deux parties d’acide azotiqueavec une partie d’huile de houille. 11 se produit de lachaleur, des gaz et de l’acide picrique ; mais l’effer-vescence est moins vive que dans le premier cas ; il seproduit peu de vapeurs nitreuses, et l’on obtient unematière résineuse gluante qu’on doit traiter à chaud parl’acidcazotique et faire évaporer comme précédemment.

Le liquide sirupeux se prend, dans les deux cas, parrefroidissement, eu une masse pâteuse, jaunâtre, dontle poids est d’environ le sixième des matières em-ployées. Il se compose d’acide picrique, d’un peu dematière résineuse et d’acide azotique; on sépare l’acidepicrique en faisant bouillir la masse dans l’eau, qui ledissout et l'abandonne ensuite par refroidissement sousforme de uristaux. Deux ou trois cristallisations ledonnent à peu près pur. Mais, pour arriver à la puretéchimique, il fautle combiner àTammoniaque et le pré-cipiter ensuite par un acide, puis le faire cristalliser denouveau. Il constitue, dans cet état, une masse de cris-taux transparents, d’un jaune citron clair.

Je dois à l’obligeance de M. Guinon jeune, de Lyon ,le dessin de la disposition ci-contre (fig. 3727), à l’aidede laquelle on éloigne toute chance de danger. L’opé- ^

ration est régulière, tranquille; elle conduit à des pro-duits remarquables. Cette disposition peut être adoptéedans beaucoup de cas analogues où les réactions sonttumultueuses et violentes.

Sur un fourneau À on a réservé huit bains de sable B,formés par une cuvette métallique qu’on peut chaufferà volonté par un foyer commun. Chaque bain de sablereçoit un ballon de verre C dans lequel, au moyen d’unlarge tube 1), on fait affluer sur l’acide nitrique l’huilede houille ou l’acide phénique, qui s’écoule par un en-tonnoir E d’un récipient en bois F, qui contient la quan-tité nécessaire à l’opération ; l’instillation se fait goutteà goutte. Les produits de la réaction qui se fait à froids’échappent et se condensent dans un réservoir com-mun en grés G, maintenu par un support en métal II.Quand la réaction setrouve terminée à froid, on chauffepour transformer la résine. Le résidu de l’opération estvidé dans les cruches K qui servent de cristallisoirs :

! le collet L des mêmes tourilles sert d’entonnoir; pourégoutter les cristaux, on met dans le fond du colletrenversé quelques fragments de tuiles en terre très-cuite qui font l'office d’amiante et retiennent les cris-taux en séparant un liquide très-acide qu’on fait ren-trer dans les opérations subséquentes. On comprendqu’on peut avoir autant de fourneaux qu’on le désire.On réunit dans une cheminée commune tous les tubesde dégagement qui s’échappent des condenseurs G.

Il n’est pas nécessaiie, pour les besoins de la tein-ture, de purifier complètement l’acide picrique, on seborne à laver à l’eau froide la masse pâteuse, pour en-lever l’acide azotique en excès, puis on redissout dansl’eau bouillante, à laquelle on ajoute 100 grammesd’acide sulfurique pour 100 litres d’eau, pour séparerla matière résineuse qui reste avec l’acide picrique. Laprésence de cette matière donnerait à la soie une odeurdésagréable, et ternirait la couleur en lui laissant unenuance rougeâtre. On obtient de la sorte une liqueursuffisamment pure, qui, étendue d’une quantité d’eauen rappovt avec la nuance qu'on veut produire, peutêtre immédiatement employée comme bain de teinture.

En comparant la teinture en jaune par l’acide pi-crique avec les mêmes nuances obtenues par d’autresprincipes, M. Guinon prouve que l’acide picrique doitêtre préférable à la garnie, au bois jaune, au quercitron,à la graine de Perse , au curcuma, au fustet et au ro-cou. Ses convictions sont basées sur les motifs sui-vants*:

1° La gaude donne une couleur riche qui résiste àl’eau et au soleil; mais elle est altérée par les acides;on ne peut la combiner aux matières textiles sans lesecours de l’alun, et ce n’est que par des manipulationsassez longues qu’on parvient à lui donner sur soie toutl’éclat qu’elle peut offrir. Les boutons et la fleur dusaphora japonica , dont les Chinois se servent pour leursteintures jaunes, ont les mêmes défauts que la gaude,elles portent de plus une nuance un peu pins orangée.

2’ Le bois jaune et le quercitron présentent lesmêmes inconvénients; ils ne fournissent pas d’ailleursdes nuances assez pures. On a dû les abandonner pourles couleurs jaunes, et s'ils servent encore, c’est pourla préparation des verts et de plusieurs couleurs com-posées. On peut en dire autant de la graine de Perso,qui, d’ailleurs, est d’un prix élevé.

3 U La couleur que Ton obtient par le curcuma noprésente aucune solidité : la lumière directe du soleil ladétruit en quelques instants; on est donc forcé de sepriver de cette couleur pure et brillante.

4° Quant au fustet, quant au rocou, ces matières nesauraient produire de jaunes clairs ; ils ne peuvent en-core donner que des nuances tirant à l’orangé.

La teinture à l’acide picrique réunit les avantagessuivants, qui ont été reconnus par la plupart des tein-turiers.