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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE,

TEINTURE.

quart d'heure 1 kilog. de cochenille moulue; on ar-rête le bouillon; on entre les laines, qu’on lisse pendantune heure. Pour assurer la nuance, on donne un bouil-lon pendant un quart d’heure ; on lève, on évente,puis on lave à l’eau courante.

Lake-dye.

On allie souvent à la cochenille le lake-dye. Onopère au moyen de deux bains distincts. Pour obtenirla couleur ponceau, supposant qu’on veuille teindre10 kil. de laine, on garnit la chaudière avec 1,200 gr.de dissolution d’étain pour écarlate, l ,200 gr. de crèmede tartre, 100 gr. de cochenille en poudre, 100 gr. decurcuma pulvérisé; on lisse pendant environ uneheure, on lève et on rince. On remonte ensuite lemême bain avec 1,200 gr. de dissolution d’étain,400 gr. de crème de tartre, 1,250 gr. de lake-dyepulvérisé; on Jisse encore les laines pendant troisquarts d’heure; on soutire le bain; on lave de suitepour éloigner la matière rcsinoïde que cette substancetinctoriale contient en quantité notable.

On monte à neuf la chaudière avec 000 gr. de dis-solution d’étain, 200 gr. de crème de tartre et 250 gr.de cochenille moulue ; on lisse au bouillon pendantune heure environ, ou mieux tant que la nuance n’estpas obtenue ; on lève, puis on rince à l’eau bouillante.

Kermès.

Lorsqu'on fait usage du kermès pour teindre lalaine on distingue deux opérations, le bouillon et larougie ; on se sert pour le bouillon de la meme com-position que pour l’alunage de la laine. La rougiecomporte en kermès les 2/3 du poids de la laine etquelquefois même le poids exact lorsque la grainen'est pas nouvelle. On mène la mise jusqu’à ce qu’onsoit à la hauteur que l’on désire. La couleur que lekermès communique à la laine a moins d’éclat quecelle que la cochenille reçoit après qu’on la fait monteravec les sels d’étain. On a pendant longtemps nommél’écarlate au kermès écarlate de graine, parce qu’on con-fondait cet insecte avec une graine.

On nomme écarlate semi-graine la couleur obtenuepar l’emploi simultané du kermès et de la garance. Cemélange fournit une couleur très-solide, mais qui n’apas tout l’éclat qu’on peut désirer. Le kermès donnenéanmoins des teintes roses assez jolies; il est regret-table que son emploi ne soit pas plus répandu de nosjours.

Fuchsine.

La plus belle coloration rouge qu’on connaisse au-jourd’hui s’obtient sur soie par la matière coloranteextraite de l’aniline par MM. Renard frères, de Lyon ,d’après les observations deM. Vcrguin. Aucune ma-tière colorante à ma connaissance, dit M. Clievreul,n’est comparable à la fuchsine pour l’éclat, l’intensitéet la pureté de la couleur. Avant la fuchsine, c’était lacarthamine qui donnait le plus beau rose.

Aucune teinture, si ce n’est la carthamine, ne donneplus facilement tout ce qu’on en attend. II n’y a deprécaution à prendre qu'avec certaines variétés d’ori-gine déterminée, comme l'azaléine, qui sont accompa-gnées, pendant la transformation de l’aniline sous l'in-fluence des agents transformateurs, d’un excès de selsd’aniline ou de matières résineuses qu’il faut élimineravec soin.

Un bouillon dans une certaine quantité d’eau, puisune filtration dans une chausse do laine, telles sont lesprécautions qui suffisent pour donner un bain conve-. nable.

Quand on se sert de l’azaléine, on obtient générale-ment une nuance un peu plus violacée qu’avec la fuch-sine de M. Renard ; nous avons déjà dit que cette cir-constance tient non pas à ce que la matière colorante

est diflérentô, mais bien à ce qu’elle est accompagnéed’indisine ou d’un autre principe bleu différent del’indisine et de la fuchsine.

La coloration de la laine et de la soie se fait sanspréparation : cependant généralement on ajoute aubain un peu d’acide tartrique pour aviver la nuance.On n’opère pas au-dessus do 50 à 60 degrés* centi-grades; on mène vivement jusqu’à ce qu’on ait obtenula nuance désirée.

Nos appréciations, au sujet du brevet de M. Renard,ont été vivement critiquéos dans Y Industriel alsacien(2I octobre 1860).

Ces attaques, dont la forme semblerait dévoiler desintérêts froissés, me prouvent que les experts ont tou-ché juste. Le document dont je parle se termine d'ail-leurs par des conclusions qui ne tendent rien moinsqu’à consacrer les droits de M. Renard et frères, deLyon . Ni M. Perkin, au premier jour, ni M. Hoffmann,actuellement, ne revendiquent pour eux l’honneur dela découverte du fait capital industriel que M. Vcr-guin a le premier observé, et que MM. Renard ont ap-pliqué. Tant que ces chimistes n’auront pas parlé, jepersisterai dans mon opinion qui n’a rien de fâcheuxpour leur mérite, savoir : que M. Hoffmann n’avaitpas attaché la moindre importance aux colorationsqu’il avait observées, colorations en dehors des recher-ches qu’il poursuivait, et que M. Perkin n’avait paseu l’occasion de voir la coloration rouge dont on luia tout d’abord attribué la découverte.

2. Teinture en violet.

Orseille.

On sait qu’il est très-facile d’obtenir avec l’orseille lamagnifique teinture violette amarante qu’elle est sus-ceptible de donner. Il suffit, en effet, pour opérer uneteinture, de délayer dans un bain d’eau tiède la quan-tité d’orseille qu’on juge nécessaire pour la quantité delaine ou do soie sur laquelle on veut opérer. On chauffeensuite le bain dans lequel on peut ajouter un peu dedissolution d’étain en portant la température dqjis lesenvirons de 90 à 95 degrés, on mène la mise autant detemps qu’il en faut pour arriver au ton demandé. Onn’obtient toutefois de nuances agréables sur laine quecelles qui sont assez foncées.

En rappelant une ancienne observation d’IIellot,savoir, que l'orseille à laquelle on ajoute une petitequantité de sel d’étain devient plus solide que l’orseillepure, on se demande comment il se fait qu’on aitattendu jusqu’à ces dernières années pour fixer unecouleur tellement utile en teinture, que Berthollei dé-plorait l’abus que les teinturiers étaient portés à fairede cet élément.

Teinture de la soie. — L’orseille seule colore la soiedans les nuances lilas ; elle servait surtout autrefoispour modifier le ton de certaines teintures obtenues aumoyen d’autres principes.

Pour teindre en orseille, on fait bouillir dans unechaudière ce qu’il en faut pour une quantité donnée desoie blanchie ; on fait écouler toute chaude l’orseilledébarrassée des impuretés qui restent au fond delà cuvede dépôt, si l’on se sert d’orseille ordinaire, et on lisseavec beaucoup de rapidité les soies dégorgées avec dusavon, jusqu’à ce qu’on ait obtenu la nuance conformeà l’échantillon. On lève et on rince à la rivière.

Les diverses améliorations introduites dans la fabri-cation de l’orseille ont singulièrement amélioré cetteteinture qui rend aujourd’hui les plus grands servicespour les soieries. Nous avons déjà dit les nuances dif-férentes que produisent MM. Guinon, Marnas et Bon-uet de Lyon .

On avait déjà remarqué que la couleur gagnait ensolidité, lorsqu’avant ou pendant le passage en orseillela soie avait le contact avec une dissolution d’étain.