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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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teinture.

TEINTURE.

On sait depuis longtemps, qu'en ajoutant a unedécoction de bois de Campêche une petite quantité debichromate de potasse, soit pur, soit* additionné de sonpoids d’acide sulfurique, on obtient un liquide bleufoncé constituant une encre très-économique et pou-vant servir à la teinture. Les proportions suivantes ontéjé indiquées pour la teinture du coton.

« A 500 litres d’extrait liquide de campêche, mar-quant 2 degrés Uaumé, on ajoute 1,500gr. do bichro-mate de potasse , préalablement dissous dans de l’eauet additionnés de 3 kilog. t/2 d’acide chlorhydrique à22degrés l’aumé. On plonge les toilesou les éclieveauxde fil de coton dans la liqueur, et l’on élève la tempé-rature peu à peu jusqu’à l’ébullition. Le coton se teintainsi en bleu indigo foncé, \\ui prend une teinte viola-cée, si on le sèche sans le laver préalablement; si, aucontraire, on lave d’abord dans l’eau ordinaire, ce re-flet violet disparaît et la nuance devient bleu noirâtretrès-foncé. Cette teinture est très-économique, puis-que les proportions ci -dessus indiquées peuvent servirà teindre -t ,OUO à 1,200 kilogrammes de coton.

On peut aussi commencer par préparer un mordantde chrome en dissolvant \ kilogramme de bichromatede potasse dans l’eau, ajoutant 1 kilog. d’acide sulfu-rique, et ensuite, peu à peu, une quantité suffisantede mélasse ou do dextrine pour désoxyder l’acide chro-mique.

Dans ce liquide, suffisamment étendu d’eau, on mor-dnnee la toile à chaud et on la teint ensuite en cam-pêche, ou bien l’on ajoute le mordant au bain (le tein-ture, et l’on y plonge la toile, en élevant peu à peu latempérature jusqu’à 90 à 93 degrés centigrades.

Pour teindre 56 à CO kilog. de coton, on emploie ladécoction d’un poids égal de bois de Campêche, et lemordant de chrome résultant de la réduction île G7 gr.de bichromate de potasse.

La couleur est à peu près solide et résiste assez bienaux acides étendus connue aux alcalis faibles.

Indigo.

Toute la théorie de la teinture en bleu d’indigo peutse résumer en deux mots. On plonge TétolTe dans unedissolution d’indigo blanc, puis on l’expose au contactde l’air pour former sur la fibre textile de l’indigo bleu.L’indigo bleu se réduit dans la pratique par le contactavec un alcali.

Quelle que soit la nature de l’alcali dont on fasseusage, on opère toujours dans des bassins qui pren-nent le nom de cure, et qui se distinguent suivant latempérature à laquelle on opère, suivant la nature dela fibre qu’on veut teindre en cuves à froid ou cures àchaud. Ils ont ordinairement 3 mètres de profondeursur 2 mètres 50 de diamètre. Cette capacité, commodepour les manipulations, s’oppose au refroidissementtrop rapide de la masse totale. La cuve cylindrique esten bois ou en cuivre, l’une et l’autre matière ont leursavantages et leurs inconvénients. On les couvre danstous les cas ; un crible en corde forme un fond fixé surla champagne , dont la section est celle de la cuve ; il estmaintenu par des cordes et des crochets attachés sur lehord de la cuve. Pour faire la passe des éclieveaux, onles suspend sur les hâtons après les avoir distribués parmatteaux de poids égaux. On commence par les hu-mecter dans l’eau chaude. Pour les étoffes, on lesmouille dans l’eau tiède, on les bat et on les disposesur la champagne; pour les flocons, on les enfermedans des filets qu’on fait descendre dans la cuve, éga-lement bouillis. Ces précautions empêchent Pair em-prisonné dans la fibre sèche d’entrer dans la cuve. Lamanœuvre se fait pour les éclieveaux en lissant, et pourles tissus en menant de la tête à la queue, puis inver-sement en évitant le contact <lc l’air. Pour faire bleuir,

on tord avec un moulinet, on évente. On passe unefois, deux fois, trois fois, suivant le ton et la hauteurdu ton qu’on vcm. obtenir.

L’appareil que M. Deshaycs m’a communiqué peutêtre d’un emploi fort avantageux même pour la teintureen bleu de cuve des filés de coton; je l'ai vu manœuvrerdans son établissement de la Carneille (Orne ). Le lis-sage mécanique est avantageux pour des nuanceségales.

Dans lu méthode ordinaire, pour éviter le refroidis-sement et le contact de l’air, on recouvre la cuve de soncouvercle composé de deux ou trois segments égaux.Pour maintenir un bain dans sa plus grande activité,conserver l’inligo blanc en plus grande quantité pos-sible, on pallie souvent; c’est l’opération la plus fati-gante; il faut cependant ne passer les mises que lorsquele dépôt a gagné le fond et qu’on a replacé la cham-pagne ; cette condition est nécessaire, à moins qu’on neveuille pas teindre en uni et qu’on cherche à faire desbleus faïences, qu’on prépare au moyen des curestroubles.

On donne à l’atelier qui renferme les cuves le nom deguede et les ouvriers qui dirigent la cuve s’appellenttjucderons; ces dénominations ne sont cependant pas enusage partout, car on ne les connaît pas en Normandie ,au moins pour la teinture des cotons filés.

Les cuves de bain sont difficiles à réchauffer ; lescuves de cuivre peuvent, au contraire, subir les ré-chauds avec promptitude et facilité quand on juge àpropos d’élever la température pour s’opposer au re-froidissement qu’occasionnent le passage del’étolfeetladurée de l’opération. Cependant les cuves de bois peu-vent suffire lorsqu’on possède des serpentins destinésà conduire la vapeur pour chauffer indirectement.

Nous avons indiqué l’article de ce Dictionnaire quimentionne les différents dosages employés pour teindre(voy. t. il, teintures). On y trouvera décrit toute lamanoeuvre et le montage d’une cuve à froid, nous n’yreviendrons clone pas ; cependant nous compléteronsces notions en présentant ici d’une manière sommaireles diverses cuves en usage pour les laines et les phé-nomènes particuliers qui servent de guide au teinturierpour connaître l’état de sa cuve. On distingue, parmiles cuves montées à l’indigo, les cuves au pastel, lescuves de vouède, les cuves de potasse, les cuves à lacendre gravelée, lescuvesallemandes, les cuves d’iude.Nous étudierons principalement sur la cuve au pastella marche de l’opération. Nous aurons peu de chose àdire pour faire comprendre en quoi les premiers diffèrentdes derniers.

Cuves de pastel. — Le pastel isatis tinctoria contientune matière colorante bleue semblable à l’indigo, unematière colorante jaune fauve, une substance azotéecoagulable par la chaleur, une autre non coagulabledans les mêmes circonstances, différents sels dont lesacides sont végétaux et les bases alcalines et terreuses ;il est à présumer que les matières azotées réagissentcomme réducteurs et facilitent la transformation de l’in-digo bleu, c’est-à-dire sa dissolution et sa décoloration.

Monter une cuve, c’est mettre l’indigo bleu main-tenu suspendu dans l’eau en contact avec des matièrescapables de lui fournir indirectement ou directementl’hydrogène dont la fixation est accompagnée de la sépa-ration d’un équivalent d’eau basique; il ne faut em-ployer quedes matières incapables de produire une colo-ration nuisible à celle de l’indigo; ces avantages sontréunis clans le pastel, le vouède, la garance. Cette der-nière substance fournit une teinture violette, quand elleest en contact avec un alcali ; en contact avec l’indigola nuance qu’elle fournit possède plus d’intensité. Elleagit en outre par l’affinité que possèdent pourToxygènecertains de scs principes constituants.