CLASSIFICATION DE LA TECHNOLOGIE. m
Il suffit de jeter un coup d’œil sur celte énumération des professions pour reconnaître(pie l'on y rapproche des procédés complètement différents, et qu’on en sépare d'autresqui ont la plus grande analogie. De quelle valeur est le rapprochement fait entre le travaildu verrier qui produit le verre, le métier du vitrier qui garnit de vitres les croisées desappartements, et l’art de l’opticien qui taille les lentilles des lunettes astronomiques.La matière première employée dans ces professions est à peu près la même ; mais les pro-fessions sont tout à fait différentes. Cette classification peut donc servir à former un cata-logue des produits, mais ne saurait offrir aucunè autre utilité véritable.
CLASSIFICATION FAITE SCI! I,A HASE UES USAGES.
Celte méthode, qui est celle que M. Charles Dupin a développée dans ses cours duConservatoire, réunit les divers arts et métiers selon les besoins de l'homme, le but etl'origine du travail industriel. Les arts se trouvent ainsi groupés de la manière la plusconforme au rôle qu’ils sont destinés à jouer à l’égard de l’individu et de la société. Dansce système, on établit sept groupes qui embrassent :
1° La préparation des matières premières.
2° La nourriture de l’homme, en y comprenant ce qui a rapport aux médicamentsintérieurs, ou arts alimentaires.
3° Les vêtements ou arts vestiaires.
4" Les changements dans l’extérieur du globe pour le rendre conforme à nos desseins.
. r )° Le mobilier, les ustensiles, les outils et les machines.
G° Les modifications dans la nature et l'apparence des objets, pour les approprier àdifférent es destinations.
7° Les instruments et les procédés employés dans la pratique des sciences et des beaux-arts.
Cette classificat ion empirique est présentée comme la moins mauvaise qu’il soit possibled'établir, dans un remarquable article sur la technologie de M. Lalannc inséré dansY Encyclopédie nouvelle de MM. Leroux et Reynaud. Comme la précédente pourtant, ellene peut servir qu’à dresser un catalogue des professions, sans pouvoir être d’une grandeutilité. Elle se rapporte au premier point de vue de la technologie dont nous avons déjàparlé, c’cst ce qui lui donne une certaine valeur; mais elle est bien inférieure à celle quidécoule de la classification des procédés du travail. Ne se rapportant qu’aux besoins phy-siques de l'homme, elle laisse pour ainsi dire à l’écart l’action de son intelligence, et nesaurait contribuer au moindre progrès.
A quels besoins physiques de l'homme correspondent les plus belles découvertes destemps modernes, la machine à vapeur, la pile voltaïque, etc.? Le besoin peut bien causerun désir, mais il ne donne pas les moyens de le satisfaire ; il ne peut au plus qu’exciteraux recherches. L’invention est essentiellement un produit de l’intelligence qui trouvechaque jour des ressources nouvelles dans les progrès des sciences qui ne dépendent enrien des besoins physiques de l'homme. Aussi bien souvent c est 1 invention qui créé lebesoin lui-même en offrant moyen de le satisfaire. Celte classification est donc fautive et.présente le grand inconvénient de paraître nier la plus noble tendance du travail industrielde devenir de plus en plus une œuvre d'intelligence, en obtenant de la combinaison desforces physiques, des machines, etc., la majeure partie du travail nécessaire pour con-vertir les matières premières en produits utiles.
Ces classifications, les premières qui se présentent à l'esprit, et qui ne peuvent servirqu’à embrasser l'ensemble des produits et procédés de 1 industrie, sont comparables auxpremières classifications faites en botanique, dans lesquelles on rangeait les plantessuivant les ressemblances de quelques-unes de leurs parties. Ces classifications n étaientque d'une utilité secondaire pour l’étude de l’histoire naturelle, parce que des plantesréunies dans une même division pouvaient être cependant de nature fort différente, et-