AGRICULTURE.
AGRICULTURE.
Le nord occidental se place au premier rang, sousle rapport de la valeur totale et du produit annuel deses animaux domestiques. Cette supériorité est due àl’immense influence de circonstances locales particu-lières. Le Nord, malgré son agriculture si avancée, setrouve surpassé, sous ce rapport, par laNormandie, quefavorise un ciel si convenable à l’entretien du bétailet au développement des pâturages.
Aux chiffres fournis par les tableaux précédents, ondoit ajouter certaines sommes assez importantes, pourobtenir la valeur totale du produit annuel des ani-maux. Le cuir, les cornes, les abats, le suif, les pro-duits des basses-cours, etc., ne figurent pas, en effet,dans la Statistique officielle; on est obligé de les éva-luer par des déductions plus ou moins rigoureuses;voici le résumé des calculs présentés à cet égard parM. Moreau de Jonnès :
Produit des animaux vivants, comme
au tableau. 767,251,851
Viande consommée, comme au tabl. 543,180,518
Autres produits alimentaires. 62,775,000
Produits industriels. 92,529,000
Cire et miel. 15,000,000
Total général. 1,480,736,369
3° Récapitulation.
En réunissant la valeur de la production végétaleà celle de la production animale, on obtient un totalde 6 milliards environ; mais on doit retrancher decette somme la valeur du produit des pâturages quiest consommé par les animaux, ce qui réduit à5 milliards et 166 millions environ le produit totalannuel de l’agriculture française. On examinera plusloin (chapitre IX) comment se répartit cette masseénorme de richesses, et les moyens de favoriser sonaccroissement progressif; mais on voulait seulement,dans cette introduction, faire apprécier la prodigieuseimportance de l’agriculture dans notre pays et l’intérêtqui s’attache aux plus légères améliorations, quand elless’étendent à des masses de produits aussi considérables ;les chiffres précédents nous semblent suffire complète-ment pour atteindre ce but.
CHAPITRE IL
PRINCIPES GENERAUX DE LA SCIENCE AGRICOLE.
Première section. —Notions générales.
Le but de l’agriculture est de produire les matièresdu règne végétal et du règne animal nécessaires auxbesoins de l’homme. Une exploitation agricole est unevéritable fabrique de végétaux et d’animaux, et commeces derniers se nourrissent presque exclusivement dematières végétales, c’est à la production de ces sub-stances que se ramène en définitive le problème agri-cole, considéré d’une manière abstraite.
Comme toutes les industries qui combinent et trans-forment les substances élémentaires pour constituerdes produitsnouveaux, l’agriculture est essentiellementun art chimique. Mais, comme tous les arts de cetteespèce, elle appelle à son aide la mécanique pour pré-parer de mille manières les matériaux qu’elle met enœuvre, et, de plus, opérant sur les plantes et les ani-maux, elle doit s’appuyer constamment sur deux au-tres sciences non moins importantes pour elle, la phy-siologie végétale et la physiologie animale avec toutesleurs applications.
Les êtres organisés sont formés, comme on le sait,d’un petit nombre d’éléments principaux : l’oxygène,l’hydrogène, le carbone et l’azote, combinés sous mille !
formes diverses, et auxquels viennent s’ajouter enfaible proportion quelques substances minérales, dontle rôle, bien que secondaire, est cependant de la plushaute importance. Mais il ne suffit pas, pour produireles réactions mystérieuses qui donnent naissance à telleou telle plante, de mettre en présence les éléments quila constituent, il faut encore savoir réaliser les condi-tions physiques et chimiques nécessaires au dévelop-pement et à l’entretien de la vie, et fournir au végétal,sous une forme appropriée à sa nature, les alimentdont il a besoin. Posé dans ses termes les plus géné-raux, le problème dont l’agriculture doit chercher lasolution serait donc de modifier les propriétés physi-ques et chimiques d’un sol donné de telle sorte qu’ilpuisse produire une récolte déterminée.
La science ne prétend pas, il est inutile de le dire,résoudre un tel problème, et ne doit même pas se leposer sans d’importantes restrictions. Bien que l’homme,par ses travaux, puisse dans certaines limites modi-fier un climat, il y aurait folie pour lui à prétendrenaturaliser une culture loin de la contrée qui lui estpropre. Il doit chercher à utiliser les ressources desdifférentes régions du globe, et non pas vouloir impo-ser ses caprices à la création. Mais si la science se ren-ferme dans des bornes plus étroites, elle n’en est pasmoins utile et fournit chaque jour à la pratique desenseignements et des moyens nouveaux. La chimie,sans pénétrer dans le domaine des fonctions vitales,donne déjà sur la nutrition des végétaux les renseigne-ments les plus précis et l’explication des principauxphénomènes que présente leur développement.
L’introduction du Dictionnaire contient des notionsde physiologie végétale qu’il est inutile de reproduireici. On ne saurait d’ailleurs présenter dans cet article,sans sortir du cadre qui lui est imposé, des notionsétendues de chimie appliquée à l’agriculture; on sebornera donc à rappeler quelques faits généraux, quisuffiront pour faire comprendre les explications de dé-tail dispersées dans cet article et le but général des di-verses opérations que l’on décrira successivement.
Les végétaux, comme tout le monde le sait, pénètrentdans le sol par leurs racines et étendent dans l’airleurs tiges, leurs rameaux et leurs feuilles. Ils viventainsi dans deux milieux bien différents, la terre etl’atmosphère. Chacun de ces milieux leur fournit poursa part, en proportion plus ou moins considérable, del’oxygène, de l’hydrogène, du carbone et de l’azote;mais c’est dans la terre seulement qu’ils peuvent trou-ver les matières minérales fixes qui entrent dans leurconstitution. Ne nous occupons pas pour le momentde cette partie de leur alimentation, sur laquelle onreviendra, et cherchons à expliquer comment ils s’as-similent les éléments principaux qui les constituent,c’est-à-dire l’hydrogène, l’oxygène, le carbone et l’a-zote , en exposant d’abord les phénomènes de lagermination, pour nous occuper ensuite du végétalcomplètement développé et de son accroissement pro-gressif.
Les graines présentent toutes une assez grande ana-logie de composition. On y trouve de l’amidon, de lagomme, une matière azotée et une matière grasse,ainsi qu’une certaine quantité de substances minérales.Ces éléments se rencontrent en proportions très va-riables dans les différentes plantes, et présentent danschacune d’elles des caractères physiques ou chimiquesun peu différents, mais ils conservent toujours leurspropriétés générales et distinctives. Çette analogie deconstitution chimique mérite une sérieuse attention,car elle montre combien sont uniformes et simples lesprocédés que la nature emploie pour produire cetteimmense quantité de plantes dont la variété fait lacontinuelle admiration des esprits observateurs.
La germination d’une graine ne peut se produire