AGRICULTURE.
AGRICULTURE.
Fig. 162.
II. PRAIRIES TEMPORAIRES.
Les prairies temporaires, ou prairies artificielles,n’ont pris que depuis peu d’années en France le dé-veloppement considérable qu'elles ont aujourd’hui.Leurs avantages sont très réels dans beaucoup delocalités; elles permettent d'augmenter le nombre desbestiaux et de suppléer, jusqu’à un certain point, auxprairies naturelles. Dans les pays où les printemps et;les étés secs sont très rares leur succès est à peu prèsassuré, et leur culture est dès lors fort avantageusedans les terrains de bonne qualité. Dans le Midi, nucontraire, la sécheresse ordinaire du printemps s’op-pose souvent au succès des semis, et, alors il convientde n’y consacrer que des terres de peu de valeur, dene compter sur la récolte que comme supplément, etd’assurer par les prairies arrosées les besoins ordinairesde la forme.
Les plantes qui composent les prairies temporairesse partagent en deux classes : les unes empruntent àl’atmosphère une forte proportion de principes nutri-tifs et laissent à la terre plus de matières fertilisantesqu’elle n’en contenait avant leur culture; les autres,au contraire, enlèvent* au sol une plus ou moins forteproportion de sa fertilité.
Les plantes de la première categorie constituent ungroupe améliorant, dans lequel se placent la luzerne,les trèfles, les sainfoins, la spergule, les genêts etajoncs, etc. Les plantes de la deuxième catégorie, aucontraire, forment un groupe épuisant dans lequel onremarque l'ivraie vivace, l'herbe de Guinée, le sei-gle, etc.
On va étudier les plus importantes de ces plantes.
Luzerne. Cette plante est très anciennement con-nue. Elle parait originaire des pays chauds, et craint,quand elle est jeune, les hivers très rigoureux et lesgelées tardives. Elle a besoin d’un sol profond, ou aumoins reposant sur un sous-sol perméable. Ses racines,qui peuvent atteindre plusieurs mètres de longueur,puisent dans le sous-sol une partie de leur nourriture.Les terres froides et constamment humides, ou les ar-giles fortes ne lui conviennent pas du tout; mais ellevient très bien sur ces terrains, quand leurs mauvaisesqualités ont été détruites par un drainage énergique.
On sème la luzerne à la volée, à raison de 40 kil.par hectare environ, après un labour aussi profondque possible et une forte fumure. Les semailles sefont à 1 automne ou au printemps, quelquefois après
celles des céréales. On recouvre légèrement la graineen faisant passer une herse renversée et garnie d'é-pines. Quand la luzerne sort de terre oa donne quel-ques sarclages, puis des hersages après chaque coupe.On donne aussi à la luzerne, après la dernière coupeet avant qu’elle n’entre eu végétation, un léger labourft.ee le scarificateur.
La durée de la luzerne est extrêmement variable,et peut se prolonger pour ainsi dire indéfiniment danscertaines circonstances exceptionnelles ; mais en pra-tique, dans le plus grand nombre des cas, oa ne con-serve pas les luzernières plus de cinq à six ans. Quandon sème au printemps, on peut faire deux coupes seulement la première année; si l’on sème à l’automne,la luzerne est en plein rapport dès l’année suivante.La seconde année le produit augmente encore ; maisil cesse de croître, et diminue meme quelquefois, dèsla troisième année, dans les sols peu profonds, où laluzerne ne peut point enfoncer ses racines.
Les amendements calcaires sont indispensables à laluzerne dans les terruins qui ne sont pas riches ensubstances de cette espèce. Le plâtre surtout exercesur elle une influence des plus favorables. Les cendresde luzerne, qui s’élèvent jusqu’à 6,8 p. 100 du poidsdu foin, contiennent une forte proportion de potasse.La lenteur avec laquelle se décomposent les silicatesnaturels de cette base explique peut-être la nécessitéd’interrompre pendant plusieurs années la culture dela Uxzerne sur un même terrain. Les sels de potasseseraient certainement, dans les terrains pauvres enalcalis, un excellent amendement pour cette plante.
La luzerne est une des plantes fourragères les plusproductives. Elle commence à végéter, selon M. deGusparin, quand la température moyenne de l’air at-teint H- 8°. On la coupe quand elle est cil fleur, c'est-à-dire quand elle a reçu 8o2" de chaleur totale au-dessus de -}- 8°. De sorte qu'en divisant par ce nom-bre la somme totale de chaleur annuelle dans chaquecontrée, entre le moment où la chaleur moyenne atteint8° et celui ou elle retombe au-dessous de ce chiffre,on obtient pour quotieut le nombre de coupes de lu-zerne que l’on peut recueillir. A Alger , dans les ter-rains frais, on fait huit coupes par an; dans le Midi,on eu fait cinq ou six; à Paris , on fait quatre coupesles années chaudes et trois dans les autres, en faisantpâturer la quatrième.
Dans une bonne luzernière du Midi, en cinq cou-pes M. de Gasparin a recueilli 15,300 kil. de foinsec. Aux environs de Paris , dans des conditions ana-logues, ou a obtenu en trois coupes 9,600 kil. de .foinsec. Dans les terres sèches, on irrigue la luzerne avecavantage. On donne un arrosage après chaque coupe.
Pour défricher la luzerne on donne un labour pro-fond, quand le sol est un peu humide, puis on cultiveen céréales. Quelquefois on donne seulement un labourdo 0"',I0 ou 0 U ‘,12 de profondeur; puis on sème del’avoine ou du blé d'hiver. L’annéa suivante, après larécolte des céréales, les pieds de luzerne qui ontéchappé montent en graine que l'on peut récolter. Lamême manière de procéder peut se renouveler deux an-nées de suite.
La luzerne est soumise à plusieurs causes de des-truction qu’il est utile d’indiquer. Le rhizoctone de laluzerne est un cryptogame qui enveloppe de ses filetsrougeâtres la racine de la plante et la fait périr. Quandla maladie se manifeste dans un champ, il faut cernerla place par une tranchée circulaire très profonde. Sile mal continue ses progrès, il ne reste qu’à défricherla luzerne et à attendre plusieurs années avant d’enresemer à la même place.
La cuscute est une plante grimpante annuelle quienlace les tiges de luzerne et les fait périr. Le moyenlo plus simple de s’en débarrasser est de faire pâturer