BOUCHES A FEU.
BOUCHES A FEU.
canons en fonte ; les Suédois, se confiant dans l’excellencede leurs fontes de fer, et contraints par l’économie, lesont adoptés; mais cependant cette idée doit être rejetée àcause de l’augmentation de poids qui en résulte, lu mo-bilité faisant la force, de l’artillerie.
Il nous reste a parler de l’emploi du fer, métal quiseul remplit toutes les conditions. On n’est arreté quepar une difficulté de fabrication, que les progrès de l’in-dustrie feront certainement disparaître. La solution dece problème a déjà été tentée.
On trouve dans Gassendi le nom d’anciennes pièces,pour la plupart construites en barres de fer réuniespar des cercles, le tout soudé le mieux possible en-semble et dont la culasse est réunie au cylindre par une\is. Mais ne nous occupons que des essais dus à une in-dustrie plus avancée, et voyons surtout si les progrèsinouïs de l’industrie du fer, dans ces dernières années,et les découvertes de la science n’ont pas rendu possibleun genre de fabrication qui n’était pas possible autre-fois. Ce ne serait là qu’un progrès analogue à ceuxqu’on rencontre chaque jour dans l’industrie, et cher-chons à nous rendre compte en quoi il consiste, ou, aumoins, dans quel sens il doit s’accomplir un jour.
III. — Canons en fer. Dans son grand ouvrage sur lafabrication des canons, Monge dit : « Que par sa grandeténacité le fer est sans contredit le métal qui convientle mieux à la fabrication des bouches à feu. » Il cited’anciens essais qui ont réussi, et rapporte qu’une pièce,laissée fort longtemps sur les remparts, n’était pas oxy-dée profondément et seulement aux soudures des barresrapportées dont elle était formée.
Monge est tellement partisan des pièces en fer qu’ilregrette que le temps ne lui permette pas de tenter unesemblable fabrication.
La dernière tentative d’une fabrication de canons enfer date de 1813; une compagnie, dite compagnieEtienne, proposa d’en fabriquer. Voici comment Gas-sendi en décrit la fabrication.
Sur un tube formé comme un canon de fusil ( c’est-à-dire de tôle assez mince, dont les bords sont rapprochésau marteau ) on a soudé au marteau successivement desbandes en fer (embrassant le tube) qui donnent au ca-non la grosseur convenable. Puis on l’a alésé au cali-bre, et on a placé à ce manchon une culasse en fer àvis, qu’on a soudé à sa place avec de la soudure d’ar-gent considérée comme la meilleure des soudures.
On lit une pièce de 8 qui avait 1 pouce 10 lignesd’épaisseur à la lumière, et 9 lignes à la naissance dela tulipe. Elle ne pesait que 529 kilogr. L’épaisseurétait bien supérieure à celle strictement nécessaire.
Elle résista très bien aux épreuves.
Gassendi trouve à ces pièces les inconvénients :
1 U De détruire promptement les affûts par la lon-gueur du recul, de gêner les troupes par cette longueur.Le remède est bien simple, il suffit d’augmenter le poidsde la pièce; mais dans le procédé décrit ci-dessus leprix, qui doit être déjà considérable, deviendrait tropgrand;
'2° D’altérer les portées par l’oxydation continuellede rame. Cet effet est probablement beaucoup exagéré,car les canons de fusil servent bien longtemps avantd’être détruits par cette cause. En tous cas ce ne peutêtre un obstacle bien sérieux dans l’état actuel de lascience, car il serait bien aisé d’employer quelque pro-cédé de préservation.
3" D'affaiblir le moral du canonnier parce qu’il craintque ces pièces n’éclatent.
Nous ne comprenons pas comment ces pièces pour-raient éclater d’une manière dangereuse comme lespièces en fonte, étant faites avec un métal aussi ductileque l’est le fer de bonne qualité. On voit en effet cha-que jour les canons de fusil crever, mais non éclater;'I nous semble qu’ici Gassendi a confondu le fer fondu
et le fer forgé. Il ajoute que les soudures (et surtoutcelle de la culasse) peuvent, pour un léger défaut, fairenaître des fissures qui, en s’agrandissant, peuvent re-tenir le feu et causer des accidents. Aussi ce mode, defabriquer la culasse est-il vicieux; quant au forgeagedu tube, il ne nous paraît pas pouvoir entraîner de pa-reils inconvénients.
IV. — Moyens do fabrication. Si aujourd’hui, avecles puissants moyens de fabrication dont dispose l’in-dustrie, on voulait reprendre cette question, il nousparaîtrait possible de faire mieux que l’essai dont nousvenons de parler. La soudure de tubes faits en tôles trèsfortes de O m ,OI5 d’épaisseur, s’il était nécessaire, n’of-frirait pas de difficultés. Quant à la culasse, au lieu dela souder, il serait certainement possible de l’obteniren forgeant directement l’extrémité du tube, placé au-tour d’un mandrin plus court que lui, et terminé parune partie conique. Au moyen d’un puissant marteauayant un vide aussi conique, on rapprocherait les bordset on les souderait parfaitement.
On arriverait ainsi à former d’une manière très ré-sistante l’âme de la pièce; il suffirait d’aléser cettepièce de fer, et toutes les conditions de résistance inté-rieure seraient remplies.
En effet, le logement du boulet ne peut pas avoird’effet destructif bien notable, à cause de la résistancedu fer; le mode de destruction de ces pièces ne peutavoir aucun effet dangereux, puisque le fer, étant ex-trêmement nerveux, peut bien crever, mais ne pourraitéclater. Quant à ce qui estdu prix,il ne saurait être trèsélevé, la fabrication se faisant entièrement à l’aide depuissantes machines.
Mais si l’intérieur se trouve ainsi bien établi, il n’enest pas de même de l’extérieur ; car comment réunir lapièce à son affût? Pour obtenir les tourillons, il fau-drait essayer quelque manchon à tourillons, dans le-quel la pièce viendrait s’encastrer ; système qui ne peutavoir aucune chance de succès , mode d’asscmblagotoujours rapidement désorganisé par le tir de la pièce.Do plus, la bouche à feu serait toujours beaucoup troplégère ; elle aurait un recul très gênant et aurait bien-tôt détruit son affût.
Nous croyons qu’on peut remédier à ces inconvénients, en faisant des pièces à la fois en fonte eten fer.
V. — Canons en fonte et en fer. On a cherché plu-sieurs fois à profiter des propriétés du fer, qui le rendent éminemment propre à former l’âme des bouches àfeu. Il y a quelques années, on a fait à l’arsenal deStrasbourg des canons qui étaient de véritables canonsen fer (nous ne connaissons pas les procédés de fabri-cation employés), analogues à ceux que nous noussommes proposé de fabriquer. Ils étaient renfermés dansdes canons en bronze portant les tourillons, et ayantles formes extérieures ordinaires.
On voit qu’ainsi la liaison à l’affût est bien établie,et ce n’est réellement que dans des pièces obtenues parfusion qu’on peut espérer d’avoir solidement et simple-ment des parties en relief, comme les tourillons.
On n’a cependant pas pu employer ces canons, parceque, comme on aurait pu le prévoir, étant formés dedeux métaux différents et de dilatations différentes, ils’est bientôt formé une séparation complète entreceux-ci, de telle sorte que le bronze ne contribuaiten rien à la résistance de la pièce, et que bientôt lesbattements du boulet eurent occasionné des batte-ments de la pièce en fer, qui ôtèrent toute exactitudeau tir. Ce moyen s’était cependant concilié, à priori,grand nombre de suffrages ; car si , comme nousvenons de le dire, la partie extérieure paraît devoirêtre de métal fondu , l’âme doit réellement être dométal forgé; ce n’est qu’à cet état qu’un métal peutêtre dur et avoir du nerf, ce qui empêche qu’il nV-