BOYAUDERIE.
BOYAUDERIE.
au rouet, on les tord de nouveau. Douze ou quinzeheures après, on les prend l’une après l’autre, on enfilele lacet à une cheville qu’on tourne dans la main, lerouet n’étant pas ordinairement assez solide. Ce tor-dage opéré, on les frotte avec une corde en crin qu’onhumecte avec de l’eau et dont on fait un paquet, quiles entoure et qu’on tient entre les mains : cette opéra-tion est nommée élricher . Un autre tordage est fait troisheures après, et on étriche fortement encore après avoirremis les cordes à la cheville et celle-ci au poteau.
Si la corde, suffisamment séchée et tordue, n’est pasbien unie, on “la polit avec de la peau de chien; maissi l’on a passé la corde de crin assez de fois, cela de-vient inutile. La corde est séchée tendue; on ne lapasse pas au soufre habituellement. Bien sèche, oncoupe les deux bouts près du lacet, et on la ploie enrond pour la livrer au commerce.
Au moment où l’ouvrier qui fait les cordes dont nousvenons de parler reçoit de Vécarrisseur les intestins ducheval, de l’âne ou du mulet, ils sont déjà en pleineputréfaction : en les recevant, l’ouvrier devra les laverpour les débarrasser des matières, les retourner, et lesmettre macérer pendant la nuit dans un tonneau con-tenant deux seaux d’eau mélangée avec 1 /2 kil. dechlorure de soude alcalin. Cette quantité pourra servirpour quinze à vingt intestins, et n’augmentera la dé-pense du fabricant que de 1 0 centimes pour cette quan-tité.
Le lendemain, il décollera la muqueuse par le moyenusité, lavera les boyaux dans un grand baquet d’eau,ensuite les coupera en lanières, et en filera la cordependant la journée et donnera le premier tors ; le len-demain, il la finira.
Si cette corde n’est pas assez sèche le lendemain, ilsera toujours obligé de donner un second tordage : peuimporte pour la salubrité publique, qu’il agisse ensuiteplus ou moins rapidement, la fétidité étant peu consi-dérable après le second tordage dont nous tenons deparler.
Des opérations préliminaires que les intestins démon-tons subissent avant la confection des cordes ordinaires.Les boyaux de mouton retirés du ventre de l’animalencore chaud, on en fait sortir les matières fécales, etdu produit de chaque ventre on forme un paquet. Danscet état, ils sont livrés au boyaudier; quelquefois il lesreçoit sans être vidés : dans ce cas, ils 11 e peuvent êtreutilisés que pour la corde à raquette, attendu que lesmatières séjournant dans les intestins les font fermen-ter, et prendre une couleur qui persiste lorsque la cordeest fabriquée.
Les paquets sont apportés à la boyauderie, et là dé-posés dans un baquet, dénoués et passés à la main poul-ies mettre dans un autre baquet avec de l’eau : cettemanœuvre se nomme assir le boyau. Les morceaux desuif qui ont pu rester sont enlevés en même temps ; ilssont peu considérables ; les petits bouts de chaque in-testin sont mis sur le rebord du baquet, et ensuitenoués ensemble : ceci est essentiel pour l’opération sui-vante. On laisse tremper le boyau pendant un ou deuxjours pour pouvoir détacher les membranes péritonéaleet muqueuse. L’eau est changée plusieurs fois pendantcet espace de temps.
Dès le lendemain, on prend le paquet de boyauxnoués, qu’on pose sur un banc incliné, dont la partieinférieure porte sur un baquet ; on gratte avec le dosde la lame du couteau un ou plusieurs intestins. Si leboyau est assez avancé, cet instrument déchire unemoitié environ de la membrane péritonéale dans la lon-gueur de 0",10 à 0 n ',12 : alors l’ouvrière prend leboyau, pince en le tirant l’autre moitié de cette mem-brane externe qui suit dans toute la longueur de l’in-testin, c’est ce qu’on nomme la filandre ; elle est éten-due sur une planche en la doublant sur elle-même, on
la nouo si elle casse. Cetto opération se nomme filer.Une chose digne de remarque, c’est que si on chercheà l’enlever, en commençant par la partie la plus grossede l’intestin, elle 11 e suit pas, et elle se déchire si sou-vent qu’à peine peut-on en retirer des morceaux de plusde 20 à 30 centimètres de longueur. Serait-ce rationnelde considérer le tube intestinal comme composé, danstoute sa longueur, du même nombre de fibres ; et si celaest vrai, comme nous le croyons, ne trouverions-nouspas l’explication du fait dans la dilatation plus grande deces fibres sur le bout le plus large de l’intestin, tandisqu’elles sont plus rapprochées dans le côté opposé? Enpinçant la membrane péritonéale par la partie où lesfibres sont plus rapprochées et tirant, ces fibres, étantplus fortes que celles qui suivent, les entraînent danstoute la longueur. Outre la force, la disposition desfibres y est pour quelque chose ; car en enlevant la pé-ritonéale par le bout d’intestin le plus large, la portionde membrane péritonéale va toujours en diminuant delargeur jusqu’au moment où elle se rompt.
La filandre s’emploie pour coudre les boyaux, elleremplace le fil ; de plus on l’utilise pour faire la cordeà raquette, comme nous le dirons plus loin.
Sitôt la filandre enlevée, les boyaux sont remis dansdes baquets qu’on remplit d’eau de puits. Le lendemain,on les ratisse sur le banc incliné; ils trempent d’unbout dans l’eau du baquet, l’autre bout est tenu de lamain gauche, et de la main droite on tient un couteaudont la lame est arrondie par le dos, et pèse sur leboyau en tirant plus fort à droite. L’ouvrière tient ordi-nairement trois ou quatre bouts de boyaux ; on nommecette opération curer le boyau. Au fur et à mesure duratissage, la partie nettoyée est amoncelée sur le liantdu banc, qui est long de 1 m ,33 et de 0 m ,30 environ delargeur. Les boyaux, tirés par la main gauche, glissentsur la planche de ce banc sans tomber sur les côtés,parce qu’on a pratiqué à son bout incliné un creux ar-rondi en forme de croissant.
Apres cette opération, les boyaux sont mis dansl’eau, et le lendemain celle-ci est remplacée par unesolution de potasse, que les ouvriers préparent commeil suit :
Un seau d’eau de fontaine de 14 ou 15 litres est misdans une tinette ou terrine de grès, on verse dessus■1 25 grammes de potasse et *125 grammes de perlasse.Les ouvriers ignorent que ces deux sous-sels sont lamême substance de qualité différente. La solution opé-rée, ils laissent déposer, et déterminent si cette eau esttrop forte, par l’action qu’elle exerce sur la peau deleur main ; ils ajoutent de l’eau s’il le faut. Quand elleest au point convenable, ils en versent une quantitésuffisante sur les boyaux ; on les change trois ou quatrefois de cette eau potassée, en laissant agir chaque foisquelques heures, et en passant au dé une ou deux fois,selon que l’intestin est destiné pour telle ou telle espècede corde. La plupart des ouvriers croient plus conve-nable de préparer deux sortes d’eaux, de potasse, laseconde avec la perlasse seule, qui, disent-ils, rend leboyau plus sec : ils ont observé que si l’on employaitcette dernière solution seule, la corde est trop sèche, etse casse, disent ils, plus facilement.
L’opération de passer au dé se fait en prenant un desbouts du boyau, le pressant contre l’ongle, et em-ployant ensuite un dé ouvert en cuivre, qui au fur et àmesure qu’on tire, ratisse sur le boyau et le débarrassede plus en plus des corps étrangers à la membranemusculeuse. Pour la corde à instruments, par exemple,on passe au dé bien plus de fois que pour les autrescordes, comme nous l’observerons en son lieu.
Les boyaux, passés suffisamment au dé et à la po-tasse, sont triés, les plus gros et les plus longs pour lucorde de chapelier, qui doit être sans nœuds ni cou-tures; la seconde qualité pour la cordoà fouet; la plus