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BOYAUDERIE.

BOYAUDERIE.

musiciens peuvent bien en être dupes relativement nuprix d'achat; mais ils ne le sont pas relativement à laqualité, puisqu’ils ont ce qu’on connaît jusqu’à présentde meilleur.

D’après ce que nous venons Je dire, nos recherchesdoivent principalement se porter sur les chanterelles; ilnous faut surmonter cette grande difficulté, contre la-quelle tant d’artistes ont échoué ; savoir, de faire àParis des chanterelles aussi fortes, sans être plus épais-ses, avec des boyaux trop gros, tandis que les Napoli-tains se servent des intestins de moutons beaucoup pluspetits. Avant d’exposer nos tentatives, nous croyonsde notre devoir d’exposer l’art du fabricant de cordes àinstruments de musique.

Aux abattoirs de Paris , les boyaux grêles de moutonssont remis aux boyaudiers après avoir été débarrassésdes matières fécales; on en fait des paquets dont cha-cun contient l’intestin d’un animal. Parvenus à l’atelier,on les met dans un baquet plein d’eau de Seine ; on lesdénoue, et on les fait passer dans un second baquet outerrine d’eau fraîche, en posant le bout le plus mincede l’intestin sur le rebord. On continue ainsi jusqu’à ceque tous les boyaux soient passés. Alors on en fait unpaquet, qu’on met tremper dans l’eau, et on change celiquide dans la journée. Si la température est élevée,on essaie de les curer le soir meme ou le lendemain :cette opération se fait comme nous l’avons indiquée enparlant des autres espèces de cordes de moutons ; ilfaut toujours qu’elle se fasse le plus tôt possible, attenduqu’une macération trop longue diminue leur force. Onse sert peu maintenant de morceaux de roseau arrondis :quelques fabricants ont conservé cette manière d’opérer ;mais on va plus vite avec le dos de la lame d’un cou-teau, et on déchire moins souvent l’intestin. Si l’on metà l’eau courante les boyaux, au lieu de les laisser trem-per dans des baquets ou terrines pleines d’eau, le curagepeut s'effectuer bien plus promptement, et la matièreest entraînée par le courant.

Ce premier ratissage opéré avec encore plus de soinque pour les autres espèces de cordes, et en se servanttoujours d’eau de Seine , les boyaux sont mis dans leseaux alcalines, qu’on prépare de la manière suivante :

Dans une fontaine de grès de six voies, qu’on remplitd’eau de Seine , on met l k ,50 de potasse, on remue bienet on laisse déposer. Semblable vase également pleind’eau est placé à côté : on y ajoute 2 k ,o0 de cendresgravelées, et on laisse ainsi déposer. Si l'on est presséde se servir de cette solution, on y verse dessus un peud’alun, qui la clarifie promptement par la précipitationde l’alumine, et c’est pour ce seul motif que l’alun estajouté.

On met les boyaux ratissés dans des terrines de grèsou vernissées, de manière que chacun de ces vases encontienne près de la moitié, on les remplit de suite d’eaude potasse coupée de partie égale d’eau ; on change lessolutions deux fois par jour, eu augmentant leur forceavec la solution de cendres gravelées, et en diminuantla dose de l’eau, et cela progressivement, de manièreque les dernières eaux soient les plus fortes. Les boyauxblanchissent de plus en plus et se gonflent. Après avoirlaissé macérer de 3 à 5 jours, ou davantage, selon latempérature, on passe aux opérations suivantes.

Chaque fois qu’on change l’eau alcaline, les terrinessont placées sur une caisse de 2 mèt. environ de long,sur Ü"',5U de large, ayant un rebord de Ü W ,10 à 0‘“, l 1 ;cette caisse se nomme rafraîchi, et est posée sur unetable ou sur des appuis, toujours ayant une pente doucepour faciliter l’écoulement des eaux. Elle est de gran-deur convenable pour tenir solidement les métiers surlesquels les cordes sont étendues. On passe les boyauxdans une nouvelle terrine, et on les ratisse avec uneespèce d’ongle de cuivre, qu’on met au pouce de la maingauche, il a la forme d’un dé à coudre ouvert; ancien-

nement on sc servait d’un pareil outil en fer-blanc, maison s’est aperçu que le fer déchirait souvent le boyau.On applique l’index contre ce dé, tandis que de la maindroite on tire une portion d’intestin qui est presséeentre le bord supérieur du dé et l’index. On continue depasser ainsi chaque boyau, et quand la terrine estépuisée, on verse de la solution plus forte que celled’où les boyaux sortent, comme nous l’avons déjà dit.Cette opération est essentielle pour que le dégraissagede l’intestin soit parfait, et que les cordes soient de bellequalité.

Pendant cette opération l’on a devant la poitrine uneplanclic nommée plastron, bouclier, etc., de U"',40 àU"',50 de hauteur sur Ü“‘,25 de large; elle est arméed’une coulisse, qui permet de la faire glisser devantchaque terrine, et elle est destinée seulement à empocherqu’ou ne soit mouillé par l’eau alcaline, qui éclaboussequand on passe rapidement au dé les boyaux.

Quand on s’aperçoit que les boyaux gonflent davan-tage, et qu’il se présente quelques bulles à leur surface{car dans ce cas ils montent sur l’eau), il est urgent defiler la corde; autrement, on verrait tourner le boyau,ce qui arrive quelquefois, surtout en été : dans ce cas,les matières premières et le travail sont perdus. A unehaute température, le dégraissage se fait plus facile-ment; mais il faut que l’ouvrier redouble d’attention,et que les lessives soient augmentées de force pluspromptement ; en hiver il marche avec plus d’ordre, etla confection de ses produits est meilleure. En généralles fabricants de cordes à instruments travaillent dansdes locaux frais et un peu humides.

Les boyaux en état d’être filés, on decante toute lalessive dans laquelle ils nagent, on dit alors qu’ils sontau sec. D’autres fabricants les jettent dans l’eau, leslavent bien et décantent ensuite; dans ce cas, les boyauxprennent mieux le soufre, et les cordes sont plus blan-ches : n’est-ce pas aux dépens de leur force?

Pour filer et terminer la corde, on prend un métier,espèce de châssis de ü"',65 de large sur 1 l ",6o de long ;à un des côtés de la longueur, sur la traverse, sont pla-cées à demeure un grand nombre de chevilles. Le côtéopposé présente également sur la traverse un nombredouble de trous faits avec une grosse vrille, de ma-nière que quand la cheville y est placée, la corde qui latire ne la fasse pas sortir. Les boyaux sont choisis selonleur grosseur, et les bouts placés par ordre sur le re-bord de la terrine de façon à les distinguer, pour lesfaire servir à telle ou telle grosseur de corde. Alors onprend deux, trois bouts de boyaux, ou plus, qu’on at-tache à une petite cheville; elle est ensuite placée dansun des trous, et les boyaux sont portés sur la grossecheville opposée. On fait deux tours pour les empêcherde glisser, et on vient avec les boyaux trouver le côtéd’où on est parti : ils sont attachés à une autre cheville,qu’on fiche dans son trou, et l’excédant est coupé ; ilssont très peu tendus, parce que la corde diminue enlongueur par le tordage, et que pour la ramener au troupour placer la cheville, on risquerait de la casser; cequi arrive souvent. S’il y a un ou plusieurs intestins quine soient pas assez longs, alors on les remplace par desbouts qui le sont davantage, et on fait la ligature prèsde la grosse cheville, pour que la corde n’offre pas d’in-égalités; car dans ce cas elle serait fausse.

Tout le métier étant garni comme nous venons de ledire, une ou deux petites chevilles sont mises aux cro-chets, si le rouet en porte plusieurs, et on donne quel-ques tours de roue en promenant les doigts sur la cordcà partir du rouet jusqu’à la grosse cheville. On passesuccessivement toutes les cordes, et une fois ce premiertordage opéré, le métier est mis au soufroir avec plu-sieurs autres, attendu qu’on fait rarement cette opéra-tion pour un seul.

Le soufroir est établi dans un endroit humide où