Band 
A-F.
JPEG-Download
 

BOYAl'PETIIE.

BOYArPKRTE.

l’eau ruisselle pour ainsi dire de tous les côtés; uneterrine contenant de la Heur de soufre en quantité suf-fisante y est placée dans l’intérieur, on rallume et oncalfeutre les ouvertures; après deux ou trois heures, onouvre le soufroir. Les métiers se trouvent dans une es-pèce de buée aqueuse et acide : les cordes ont conservéleur grosseur et leur humidité; on enlève les métiersles uns après les autres ; ils sont placés sur le rafraîchi :là on entrelace une corde de crin entre chaque corde deboyau. L’ouvrier en prend ordinairement 8 ou -10 decette manière, les frotte avec force, en promenant lacorde de crin. Quand un côté du métier est ainsi frotté,ou étrirhé, on donne un second tors aux cordes et on re-tourne le métier pour faire subir pareille manœuvre auxcordes qu’il contient : on remet les métiers au soufroir,et, cela opéré, on les tord de nouveau pour les soufrerencore, ensuite on les laisse sécher ; ce qui demandeplus ou moins longtemps selon la température de l’air.

On connaît que les cordes sont assez sèches lorsqu’a-près avoir enlevé les petites chevilles, elles ne reviennentpas sur elles-mêmes, et qu’en les tenant droites quelquespouces au-dessous, elles restent ferme sans se pencher.Si elles possèdent ces qualités, on les huile avec de bonnehuile d’olives, et enfin on les coupe près des chevillespour les mettre en rond et en paquets. Dans cet état,elles sont propres à être livrées au commerce. Elles sontmeilleures quelque temps après leur fabrication, aussine vend-on que les plus anciennement faites.

Pour faire la quatrième de violon, ou toute autregrosseur de corde à boyau entourée de lil métallique,on prend une longueur d’environ I met., qu’on adaptepar un bout au crochet du rouet; l’autre bout est at-taché à la boucle d’un émérillon tournant, lequel faittendre la corde par le moyen d’un poids suspendu à uneficelle, qui passe sur une poulie pour venir se lier àl’émerilion. L’ouvrier prend le bout de son fil et lepasse au bout de la corde près de l’émérillon. Un ou-vrier tourne le rouet d’une manière égale, la corde faittourner l’émérillon; l’ouvrier la soutient de la maingauche, et de la main droite dirige le fil métallique surla corde, de façon à ce qu’il soit légèrement pressé etqu’il s’appli pie d’une manière égale. Ce travail se faitavec promptitude et a\ec la plus grande facilité; ce-pendant on pourrait le rendre encore plus simple aumoyen d’une mécanique qu’il nous semble facile d’éta-blir. Pour couvrir une corde à boyau de fil métallique,il faut prendre la corde non soufrée et avant d’êtrehuilée.

Le secret des plus habiles ouvriers consiste dans leurhabitude du travail, dans l’observation journalière del’état du boyau pour lui donner la lessive plus ou moinsforte, un tordage et retordage plus ou moins considéra-bles, et d’arrêter le soufrage à point ; enfin de diriger lacorde dans toutes scs préparations d’une manière con-venable. Ce sont autant de moyens que l’expériencedonne, mais qui ne comportent pas une description.

Si l’on consulte ces ouvriers sur la fabrication deschanterelles, ils répondent : C’est une chose impossible ;nous avons essayé souvent et toujours en vain ; l’espècede moutons qui se consomment à Paris ne permettra ja-mais de faire des chanterelles aussi fines que celles qu’onfabrique à Naples, où les boyaudiers ont les intestinsdos moutons du pays, qui sont très petits.

Malgré ces assurances désespérantes, nous avons crudevoir entreprendre les expériences suivantes :

Nous avons pris un morceau de véritable chanterellede Naples, et l’avons mis tremper dans de l’eau de po-tasse très faible, afin de pouvoir l’analyser, vu quecette corde était très huilée. Au bout de quelques heu-res, elle avait gonflé, et nous sommes parvenus à sépa-rer les trois intestins dont elle était formée ; après plu-sieurs tentatives nous avons pu, au moyen d’un tuyaüde plume, souffler un de ces morceaux de boyau, et nousavons observé qu’en effet la capacité est bien moindre

que celle de l’intestin de nos moutons, et qu'il est extrê-mement fin et propre. Au premier aspect, en seraitpresque porté à croire que c’est l’intestin de tout autreanimal que le mouton. Cette sorte d’analyse mécaniquea fait naître en nous une foule d’idées pour tenter diversprocédés pour la fabrication des cordes à instruments,nous en relaterons la partie que nous croirons devoirintéresser les savants. Nous avons pensé surtout qu’outrela petitesse des boyaux, les Napolitains pouvaient bienaussi avoir des manipulations particulières ou des agentschimiques, au moyen desquels ils font rentrer pourainsi dire le boyau en lui-même : nous avons cherché hles deviner ou à y suppléer.

Nous avons pris des boyaux de nos moutons et à l’é-poque de l’année où on tue les plus gros, c’est-à-dire enmars et avril. Après les avoirratissés au couteau coniniuil a été dit, nous les avons placés dans trois terrines parégale quantité.

La première terrine a été traitée par des eaux depotasse seule, à force progressive, comme nous l’avonsdéjà décrit. La seconde avec de l’eau de potasse et descendres gravelées, selon la méthode usitée. La troisièmeavec de la potasse unie avec d’autres sels, que nousne nommons pas. «

On a observé que les boyaux des deux premières ter-rines ont constamment été de plus en plus blancs, qu’ilsse sont gonflés, qu’ils étaient de peu de consistance enles touchant, et qu’en passant au dé ils faisaient peude bruit : tandis que ceux traités par la potasse com-binée faisaient un bruit beaucoup plus fort pendantcette opération. Du reste ils présentaient le même as-pect que ceux des autres terrines, seulement ils se te-naient plus au fond du liquide et gonflaient moins ; ilsétaient aussi blancs.

Les boyaux arrivés à point pour filer la corde, lemétier a été garni ; la corde convenablement tendue ettordue, avec une foule de minutieuses attentions peu in-téressantes à décrire, peut-être utiles néanmoins pourla réussite, et que nous devons à notre première idée desoufflerie boyau de la corde de Naples.

Dans cet état, le métier a été mis au soufroir, quenous avons fait construire comme suit : quatre montantsen bois de chêne de la hauteur l m ,50, avec des traversesde l m ,83 de long, et O*,65 de large. Le fond en plan-ches bien assemblées, le haut couvert par un châssistenu par des charnières : le tout a été enveloppé par dela toil^f qui a été recouverte par du fort papier y adhé-rant par de la colle d’amidon. Sur un des côtés a été mé-nagée une petite porte, pour introduire la terrinecontenant le soufre. Quand la terrine est placée, elle setrouve recouverte par une plaque en tôle de 0"‘,i0 à0"’,o0 en tous sens, et qui est placée de telle manièreque la flamme du soufre vient la frapper dans sonmilieu à environ 0"\20 d’élévation. Elle est destinée àempêcher que la chaleur ne se porte en majeure partiesur le milieu des cordes du métier, et à faire éparpillerla vapeur de soufre en même temps. Toute la vapeur d’a-cide sulfureux est concentrée dans cette espèce decaisse et ne peut s’échapper, le couvercle et la porteétant entourés de bandelettes de papier collé.

Au bout de quelque temps, nous avons entendu plu-sieurs cordes casser :*cet accident n’est pas dû à la va-peur du soufre, mais bien à la chaleur trop vive.

Après deux heures d’exposition à la vapeur du soufre,le* métier a été retiré; les cordes avaient peu blanchi,elles avaient séché trop vite. Dans les soufroirs ordi-naires, comme nous l’avons déjà observé, l'humidité estextrême, et ce non succès pour le soufrage nous prouveque dans les arts ce qui paraît le plus insignifiant, peutquelquefois n’êtrc pas à négliger. Notre soufroir étaitplacé au milieu d’un laboratoire sec et aéré. Dans lesopérations suivantes, nous l’avons chargé d’humidité,et nous avons réussi à faire des cordes très blanches.

51