ÉCLAIRAGE.
ÉCLAIRAGE.
tion et partant la combustion. Le tube DD, doit êtrenécessairement en platine, car tout autre métal s’oxy-derait ou se torturerait de manière qu’il n’y aurait plusfrottement juste et imperméable, tandis qu’avec le pla-tine il n’y a pas la moindre fuite. Le prix élevé duplatine augmente de 10 fr. la valeur du bec régulateur,aussi cette disposition est-elle moins répandue que laprécédente.
Passons maintenant à l’appréciation de ce systèmed’éclairage.
La lampe, par sa disposition, par les ornementsdont ont su la parer l'habileté et le bon goût des cons-tructeurs, et auxquels elle se prête très bien, constitueun petit appareil de luxe qui ne manque pas de gentil-lesse et flatte beaucoup la vue, en excitant d’ailleursla curiosité, tant par la diaphanéité du réservoir (pres-que tous sont en cristal), que par la gazéification du li-quide. Elle a eu pendant l’hiver de 1843-1844 un suc-cès de vogue dans les salons de la capitale ; on s’en estamusé et on s’en amuse encore, comme on l’a fait il y aquelques années des cafetières en cristal. Mais cesagréments de société ne suflisent pas pour constituer unsystème d’éclairage convenable, bon et utile en toutecirconstance, et offrant une économie sur les systèmesgénéralement employés. Ces conditions, le liquide ga-zofacteur les présente-t-il? c’est ce que nous allonsexaminer..
La flamme est convenablement blanche, ne donnepas de fuliginosité, et peu ou point d’odeur. La mèche,cachée dans le bec, peut servir pendant plusieurs jourssans être rafraîchie ni manipulée quotidiennement,comme dans les becs à huile (M. Robert conseille de laremplacer tous les huit jours) ; enfin, en faisant le ser-vice de ces lampes on ne risque pas de se tacher commeen manipulant le liquide oléagineux. De plus, l’huilecontenant toujours des mucilages non volatils qui en-crassent les mèches, il résulte que dans les becs à huileil y a toujours, après plusieurs heures d’éclairage, unediminution d’intensité de lumière sans diminution dedépense, ce qui 11 ’arrive pas pour le gazogène. Il fautmettre aussi à l’avantage de ce dernier le prix plus élevédes appareils à huile, leurs réparations, leur entretien,et l’impossibilité d’obtenir un service régulier d’unelampe qui ne sert que rarement, à cause de l’altérationpar l’action oxydante de l’air, de l’huile qui brûle alorsen produisant un charbon difficile à incendier qui bou-che les pores de la mèche.
Malheureusement, à côté de ces avantages, il y a desinconvénients que notre impartialité ne peut dissimu1er : d’abord l’odeur inévitable du mélange liquide,odeur persistante due à l’huile essentielle, et telle quesi on a le malheur de renverser une lampe, ou une cer-taine quantité de gazoyène dans un appartement, ilfaut le déserter pour un jour au moins ; ensuite l’obliga-tion d’avoir, le plus généralement, en réserve dans sonhabitation une certaine quantité du liquide qu’on netrouve pas, et qu'on ne trouvera pas de sitôt chez tousles épiciers comme de l’huile à quinquet. Enfin, commele liquide est très volatil, très inflammable, pouvantmême s’enflammer à distance par une température éle-vée à cause de sa facile vaporisation, il présente desdangers d’incendie, surtout avec le peu de prudence etde précautions qu’on est forcé de reconnaître à la grandemajorité des domestiques. Nous savons que l’hiver der-nier, une lampe de ce système, à la lumière de laquelletravaillait une dame, fut reuversée par mégarde et sebrisa. Le liquide s’échappant du réservoir s’enflamma,et vint brûler d’une manière horrible la pauvre femme,qui, seule et effrayée, perdit l’esprit et succomba aprèsd’atroces douleurs. Le danger d’incendie est l’objectionla plus sérieuse que nous ayons à faire contre l'em-ploi des liquides gazéiflables pour l’éclairage.
Nous devons à ce propos mentionner un bidon très
ingénieux imaginé parM. Robert : Panse est creuse,ses deux extrémités ouvrent, la première, tout près legoulot du vase, l’autre vers le milieu de la capacité, desorte que l’air entre dans le bidon, qu’on vide, parl’atise, et non par le col lui-même comme dans les va-ses ordinaires ; on évite donc le glou-glou , et par con-séquent les projections du liquide toujours odorant.Pour diminuer les chances d’incendie, les orifices sont,garnis de toiles métalliques, de sorte que le feu nepeut arriver au liquide du bidon.
Nous supposons dans tout ceci un liquide bien com-posé, bien rectifié quant à l’huile essentielle , car i)faut avouer que jusqu’à présent les marchands dogazogène, en général, n’ont pas toujours fourni auxconsommateurs un liquide normal, tant en richesseéclairante qu’en pureté. Ainsi le méthylène (esprit debois) n’est pas toujours privé d’éther, qui s’acidifie faci-lement et peut attaquer le métal de la lampe. Plusieurspersonnes prétendent que certaines variétés de gazo-gène donnent à la combustion beaucoup d’oxyde decarbone, substance très délétère.
Reste la question économique. Le pouvoir éclairantdes lampes gazogènes dépend des proportions du bec etde la quantité de liquide consommée. Aujourd’hui,dans Tétât actuel des droits sur l’alcool, un litre degazogène coûte dans Paris I fr. 50 c., et à ce prix, unelampe de sept jets donnant une lumière égale à celled’une bonne Carcel. dépense environ, par heure, 8 c.de liquide (à peu près 60 grammes;, ce qui est bienplus cher que l'éclairage à l'huile.
Voyous si ce prix est susceptible de grandes modifi-cations. En moyenne, l’hectolitre d’alcool rectifié audegré voulu pour la dissolution de l’huile essentielle,vaut 70 fr. (ce prix est de 90 fr. au moment ou nousécrivons, à cause de deux mauvaises récoltes de vins) ;mais à ce prix il faut ajouter, en se plaçant au pointde vue de Paris , 80 fr. par hectolitre pour droits d’en-trée et de consommation, ce qui porte en définitive à4oU fr. le prix de l’hectolitre d’alcool dans la capitale.L’hectolitre d’huile essentielle, titrant 25 degrés envi-ron, quelle que soit son origine, peut valoir aujourd’hui75 fr. dans le commerce. Or, comme on doit compterqu’on emploie pour la composition du liquide gazofac-teur 2 volumes d’alcool et 4 d’huile essentielle, le mé-lange revient donc àl25fr. l'hectolitre; soit au prixactuel, 25 fr. de bénéfice pour le fabricant dudit li-quide, ce qui n’est que raisonnable*
Les fabricants d’alcoolats, ainsi que les producteursvînicoles, ont demandé l’exemption des droits de con-sommation et d’octroi pour l’alcool destiné à cet éclai-rage, sauf à le dénaturer et le rendre impropre à laboisson. Les Chambres ont fait droit en principe à cetteréclamation, en laissant au gouvernement le soin defixer, par un règlement d’administration publique, lesconditions et les bases de la dénaturation de l’alcooldestiné aux arts et à l’industrie. Il fallait donc trouverdes dénaturants : la Société d’encouragement a appelésur ce point l’attention des chimistes. Le plus simpledes moyens de dénaturation indiqués par le rapport lupar M. Payen à cette Société (séance du 7 décembre■I84I, Bulletin de janvier 4 844), est le mélange à l’al-cool de 5 p. 400 d’huile essentielle de goudron dehouille. La question a été soumise au comité consul-tatif des arts et manufactures, qui n’a pas considéré ceprocédé comme suffisant pour empêcher la révivificationde l’alcool propre à la boisson ; car le gouvernementpropose aujourd’hui à la Chambre de réduire de 25 fr.par hectolitre les droits sur l’alcool, les frais néces-saires à la révivification s’élevant, d’après lui, à 30 fr.D’un autre côté, M. Robert annonce qu’il a découvertun moyen très simple et peu coûteux de dénaturer com-plètement l’alcool, moyen qu’il mettra dans le domainepublic, en se réservant la fabrication du corps déna-