HISTOIRE DU JAPON. Liv. XVI. Çiiap. IL 54r
re trempe & d’un travail exquis, avec des fourreaux d’or, deux-censbelles robes, trois » cens pieces de satin , douze-mille livres de foie écrue,dix beaux chevaux, dont les housses en broderie étoient d’un prix inesti-mable, & cinq grands pots d’argent pleins de musc, d’ambregris A d’au-tres parfums.
On voit par le détail de cette Cérémonie, qu’elîe se fíc d’une'façon sortdifférente de celle dont elle s’étoit faite auparavant , ce qui pourroitfaire croire qu’i! y avoit une meilleure intelligence entre les deux Cours.
Mais nous ne pouvons rien dire de certain là-dessus, toutes les avenuesde l’Empire ayant depuis été fermées de maniéré qu’il est impossible d’a-voir des nouvelles de ce qui s’y passe. Nous en ajouterons une nouvellepreuve, en rapportant le mauvais succès de l’entreprise d’un Missionnai-re des Hies Philippines qui tenta d’y pénétrer déguisé.
11 s’appelloit Sidoti, & le Pape lui avoit donné le Titre d’Abbé , quand L'Jbbi .il partit de Rome pour Manille, d’où il espércic passer p'us aisément dans Sidotil’Empire du Japon. Aidé de la protection du Gouverneur de Manille il fe' a!lfit construire un vaiff'eau des aumônes qu’il avoit ramassées, & par-là il setrouva en état d’exécuter son entreprise. II mit à la voile au mois d’Aoûcde Tannée 1709, fous la conduite de D. Miguel de Eloriaga, Capitainefort expérimenté, qui s’écoit offert de le conduire. II arriva à la vue duJapon le 9 d'Octobre. Ils approchèrent des terres le plus près qu'ils pu-rent. Ayant apperçu une barque de Pêcheurs, ils furent d’avis d’envoyerquelqu’un dans la chaloupe pour prendre langue. On se servit pour celad’un Jappnois Gentil, qui accompagnoit Sidoti, & qui avoit promis auGouverneur de Manille d’entrer avec le Missionnaire dans le Japon, &de letenir caché, s’il en étoit besoin. Le Japonois ayant abordé la barque desPêcheurs, leur parla quelque tems, mais il fut tellement intimidé de leurréponse, qu’il ne voulut jamais permettre aux Espagnols de s’approcherplus près des Pêcheurs, quoique ceux-ci témoignassent par divers signesqu’il n’y avoit rien à craindre. Le Japonois étant retourné au vaisseau,fit tout ce qu il put pour détourner l’Abbé de mettre pied à terre, rassu-rant qu ils ne pourroient entrer dans le Japon fans un danger manifeste‘ d’étre découverts; qu’on se saiíjroit d’abord d’eux pour les mener devantl’Empereur, & que ce Prince étant cruel & sanguinaire, les feroit expi-rer sur le champ dans les plus affreux supplices. Le trouble qui parutfur son visage, & quelques paroles qui lui échappèrent, firent juger qu’ilavoit communiqué aux Pêcheurs Japonois le dessein de Sidoti. Mais ni’ cela, ni tout ce qu’on put dire, ne fut capable de détourner le Mission-naire de débarquer d’abord dans cette terre fi longtems deíìrée. I! fit sesprières & ses dévotions ordinaires-, A vers minuit il descendit dans la cha-loupe avec le Capitaine Eloriaga & sept autres Espagnols: il gagna terreavec assez de peine, parceque la rive où il lui fallut aborder étoit fortescarpée, & aussitôt qu’il fut sorti de la chaloupe il baisa la terre. Ceuxqui Tavoient accompagnés, craignant d'être surpris, jugèrent à propos ' 'de fe rembarquer, après avoir fait bien des vœux pour l’Abbé & lui avoirdit un triste adieu. Les Espagnols rejoignirent leur vaisseau vers les huit (
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