54 a HISTOIRE DU JAPON. Liv. XVI. Ciiap. II.
heures da matin & mirent à la voile, laissant le zélé Missionnaire auxfoins de la Providence. Telle est la Relation de l’on voyage, dans la-quelle nous avons supprimé diverses circonstances de la condu.te de TAb-bé, qui. sentent plus le fanatisme qu’un zele éclairé. Ce ne fut que septans après que deux Sommes Chinoises porterent au mois de Mai de Tan-née 1716 à Canton la nouvelle de fa mort, voici en substance ce qu’on enraconte. „ Que Sidoti étant entré dans les terres, fut'.presque aussitôt„ reconnu, arrêté & conduit au Mandarin , qui en donna avis à l’iimpe-„ reur. Que cé Prince le fit venir, pour apprendre de lui-même quel„ étoit le sujet de son voyage; que comme le Missionnaire ne pouvoit pas„ s’expliquer de maniéré à se faire entendre, on le fit garder à vue par„ des Soldats, lui laissant la liberté d’étudier la Langue Japonoise, dont,, i! avoit apporté une Grammaire parmi ses autres Livres (a). On a a-,, jouté fans beaucoup de fondement, dit TEditeur de la Relation, que,, TEmpereur lui avoit donné quatre jeunes Seigneurs de fa Cour, pour leur„ apprendre la Langue Latine. C est un fait qui paroît assez incertain;„ mais il est faux qu’on Tait fait enfermer dans une cage de fer, & qu’il„ ait été renvoyé à la garde du Directeur de la Factorerie Hollandoife é-,, tablie à Nangasaki. Le Capitaine Chinois, dont on a appris ce détail,„ attribue la mort del’Abbé Sidoti aux jeûnes & aux austérités qu’il a,, poussées trop loin. Cependant,continue TEditeur, quelque fideìe que„ ce récit paroisse, on croit devoir s’en éclaircir davantage, & Ton n’o-„ fe encore assurer que la mort du Missionnaire soit aussi certaine qu’on„ le dit ( b)”.
Voilà le récit du mauvais succès de cette nouvelle tentative, & quelqueadroitement qu’il soit tourné par rapport à la mort du Missionnaire, on yvoit assez la vigilance du Gouvernement du Japon à fermer Tentrée deTEmpire à tous les Européens, à la réserve des Hollandois, & à empê-cher ceux-ci d avoir quelque connoissance de ce qui s y passe, ou d’endonner des nouvelles. ISJous avons déja VU dans une autre Section, com-blé n ils sent étroitement resserrés dans.les limites de leur Factorerie, &quelles précautions on prend pour qu’ils ne puissent être instruits lemoins du monde de ce qui fe passe à la Cour, ou dans le reste de TEmpire.Quelque grande que soit la tyrannie à laquelle ils sont obligés de se sou-mettre de la part d’un Gouvernement jaloux & despotique, qui ne les re-garde que comme des espions & des traîtres, ce n’est rien en comparaisonde ce qu’ils au roi en t à craindre s’ils lui donnoient Je moindre ombrage,ou même le plus léger soupçon ; fans parler de la perte irréparable d’uncommerce lucratif; c’est pour la prévenir, qu’ils souffrent d’être traités sidurement, & confinés comme des prisonniers & des malfaiteurs. Etpour qu’on ne nous soupçonne point d’exaggération à cet égard, nous fi-nirons cette Histoire du Japon par un pafiage tiré de leur compatrioteKœmpfer , qui n’avoit aucun intérêt ni certainement aucun dessein de dé-nigrer ses compagnons, ayant partagé leur condition. Voici ses paroles.
L’a-
(ri) Lettr, Eclts Vol. X. p. 56 & fulv. (A) lliil. Vol, XIII, Préface, p. 13.