DU CAP DE BONNE-ESPERANCE. Liv. XVII. CiïáP. II. 575
comprend environ cent-quarante ans, la ville & le territoire qui en dé-pendoit fleurirent & s’aggrandirent à un tel point, que dans le tems queValêrìcn fut- fait prisonnier par Sapor Roi de Perse, Odcnat , qui gouvernokPalmyre, se trouva en état de mettre une puissante armée en campagne,pour reconquérir la Mésopotamie sur les Perses, & pénétra même jusqu aCtésiphon leur Capitale. Ce service fut si agréable à l’Ëmpereur Galìien,Prince indolent & paresseux, que du consentement, du Sénat il s’associaOdenat , & lui donna le Titre d’Auguste: ce fut-là ce qui, par une étran-ge tour que prisent les choses, causa l’entiere ruine de Palmyre («). Caraprès la mort d’Odenat, Zénobie fa femme prit en main le Gouvernementde l’Orient au nom de Vabalathus son fils, qui étoit mineur; elle gouver-na avec tant de prudence, que Galìicn étant mort elle se rendit maîtres-se de !'Egypte, quelle conserva durant le court régné de Claude. Elleauroit pu jouir plus Jongtems de fa haute fortune, fi elle eût été moinsambitieuse; mais ayant rejetté toutes les propositions d’accommodemencque l’Empereur Aurèlien lui fit faire, elle le contraignit, en quelque fa-çon contre son gré , d’employer pour ainsi dire toutes les forces del’Empire Romain contre elle , & de la perdre entierement , comme ilfit , ainsi que nous l'avons rapporté ailleurs : après avoir dissipé sestroupes, épuisé ses trésors & soumis son Pays, il l’emmena prisonniè-re à Rome, où elle servit d’ornement à son triomphe, mais elle passaensuite le reste de ses jours dans une honorable retraite (b) (*). -
A
(«) Pollio, in Vit. Gallieni. (£) Ibid. in Trigint, Tyranni.
(*) 11 y a quelques particularités singulières touchant ce petit Etat, qui font dignes d’ê-tre remarquées. II étoit dans l'intérieur des terres, & cependant il fe soutenoit par le.commerce, ce qui est fort extraordinaire &bien rare,. Les habitans fe distinguoient éga-lement par leur industrie, leur courage & leur magnificence, ce qui venoit de leur ma-niéré de vivre.- Le commerce par lequel ils fubsistoient, rendort les personnes dérou-te condition industrieuses de façon ou d’autre. Leur situation lesrendoit guerriers, & lesobligeoit a beaucoup de circonspection. Etant fort riches, & leur territoire étant fortpetit, il n’est pas surprenant que pendant le cours d’une longue (prospérité, ils rayent-rendu austì agréable & auffi fertile qu tl étoit possible; qu’ils ayent rempli leur Capitale,les lieux voisins, leurs autres villes & leurs fauxbourgs, de magnifiques bâtimens, & detout ce qui pouvoit rendre agréable l’endroit où ils étoient absolument confinés, si cen’étoit lorsque leur commerce les appelloit hors de chez eux. Enfin cette étonnanteprofusion de richesses, pour fe procurer en grande partie les nécessités & Jes commodités;de la vie, prouve qu'il n’y a rien de trop difficile pour le commerce; & qu’il n’est pres-que point de lieu dont la situation soit si désavantageuse, que l’on ne puisse le rendre fio.rissant, heureux & puissant, si l’on peut seulement y faire venir le commerce, & si ceux'qui l’babitent préfèrent le travail à l’indigence, & s’ils ont !e taleiss de faire servir les se-cours de fart à faire valoir les biens que la Nature leur a accordés, & à acquérir ceuxqu’el-le leur a refusés Car comme la paresse- amene la pauvreté dans ies meilLurs Pays, il n’enest aussi gueres aucun où Industrie ne fasse régner l’abondauce & même l’opç.ence. Ondoit encore observer que ia science & la politeíïè sont les- compagnes orumss.es d’uneindustrie habituelle. & à cet égard Palmyre ne se distinguos pas moins qu’aux autres; lavertu & le savoir de Zénobie la firent estimer , admirer L respecter à Rome , mai’gréîa perte de ses Etats.