i§2 CONQUETES, ETABLISSEMENS &c. DES FRANÇOISSfiCTiON Avant ce tragique accident, la nouvelle Compagnie avoit commence' sse dégoûter de son Etablissement de Madagascar , principalement, ainsimúìífous qu’elle l’avouoit, _à cause de la mauvaise administration de ceux qui étoientk c. de à la tête des affaires ; & réellement, parceque le Pays étant fertile, agréa-Richelieu ble, & excellent pour la chasse & pour d’autres divertissemens, les Colons& M. s ’y jivroient entierement, fans s’embarrasser des conditions fous lesquellesC° lbert ‘ ils y avoient été transportés. On trouvoit aisément tout ce qui étoit né-La Com - ceíîàire pour les besoins & f agrément de la vie, & les habitans comptoientpagaie qu’en se le procurant ils agisloient pour leur intérêt, & ne vouloient pas«bandmme p e p r i ver à ce qui se présentoir, ni se donner de la peine pour le ser-ihi’l," vice de la Compagnie: c’est ce qui la détermina de prier le Roi de Vouloirh Rétablit reprendre cette Ille, comme il fit par son arrêt du 12 Novembre 1670 (a),à Surate. On quitta donc l’Iste Dauphine, & l’on transféra la principale résiden-ce de la Compagnie à Surate, où le Roi accorda aux Officiers de nouveauxpouvoirs & de nouveaux privilèges, dont la Compagnie eut l’obligationà M. Coìbert , aussi-bien que de l’exemption de tous droits, & de tout enun mot ce qu elle pouvoit raisonnablement demander, pour encourager &faire fleurir, s’il étoit possible, un Commerce qu’il avoit si fort à cœur (Ç);& cela. fans autre motif, sinon qu’il le croyoit avantageux & honorable auRoyaume, dont le bien étoit le grand objet de son Ministère (*).
Mais
(0) Hist. de la Compagnie des Indes, p. (/;), Vie de J. B. Coìbert. Hist. des Indes74, 75. Orient. T. III. p. 150.
pagnieHollandoise perdit un dangereux & implacable ennemi, les Employés de la Com.pagnie de France se virent défaits d'un homme qu’ils haïssoient & craignoient, & M. Col •ber t perdit un homme qui lui avoit fourni de grandes lumières, & quiauroitpu peut-être lui être encore fort utile; car quelques fausses démarches qu’il y ait pu faire, on nepeut contester qu’il n’eût acquis par une expérience de vingt-deux années au service desHollandois, une connoissance plus étendue du Commerce des Indes, que n’en avoit au-cun de ceux qu’il laissa après lui dans le service de la Compagnie de France; c’est ce quiparus bien parla confusion où les affaires tomberent après fa mort (r).
(*) Le Roi avoit cédé rifle de Madagascar en propriété à la Compagnie, avec la re-devance à chaque mutation deRoid’une Couronne & d’un Sceptre d‘or, du poids de centmarcs; le dessein de l’abandonner ne fut nullement du goût de M. Coìbert son protecteur;quoique fur les instantes prières de la Compagnie il engageât le Roi à accepter fa renon-ciation , ne doutant point qu’elle ne s’apperçût bientôt de Timprudence de cette démar-che, A qu’elle ne redemandât ce qu’elle cédoit. Mais les Directeurs penfoient tout au-trement: ils fa voient par expérience, que leurs Colonies leur étoient feulement à charge,fans aucun profit; & que nonobstant tous les changemens qu’ils avoient pu faire, ceuxqui étoient à la tête préféroient leurs intérêts & leur plaisir à leur devoir; & que dans letems qu’ils s’attendoient que la Compagnie fît tout pour eux, ils ne vouloient rien fairepour la Compagnie : ce fut par ces raisons qu’elle persista , comme nous le verronsdans la fuite, à refuser la propriété de cette Isle, quand on la lu?offrit de nouveau.Mais bien-que ies Directeurs eussent raison, fondés fur des faits, & fur une grande ex-périence, M. Coìbert ne. fe trompoit pas néanmoins, comme le tems l’a pleinement ju-stifié, & comme on le verra dans la fuite de ce Chapitre. La feule erreur, si encoreelle étoit de lui & non de M. Charpentier , c’étoit la supposition que Madagascar pou-voit servir commodément comme de centre pour le Commerce dez Indes, de la mêm e
fa-
(j) Hist, de la Compagnie des Iadeí, p, 40,