ip 5 CONQUETES, ÉTABLISSEMENS &c. DES FRANÇOISS E C T I O N VII.
Grands efforts produits par la sageffe des mesures , qui par degrés servent à for-mer deux Etabïffemens, que l’on avoit jufques-là regardés comme impossiblesen France, à établir m Commerce réel aux Indes, à assurer le Crédit pu-hlic. Lorsque la guerre avec la Grande-Bretagne s'alluma en 1 744 , la Courn étant plus en état de fournir les sommes nécessaires pour soutenir la Compa-gnie, on expose l’état des affaires aux intéreffés, ce qui fait un mauvais effetimprévu pour le plan, qui jufques-là avoit été fi sagement conduit .
Section O m M e les Directeurs des affaires de la Compagnie aux Indes ne pou-VII. vo i en t être instruits du grand changement arrivé dans son Etat en
î’Bi/toire France, ils furent extrêmement étonnés quand ils en reçurent la nouvel-le ìa Com- le, & qu’ils virent arriver les Vaisseaux dont on a parlé. Les secourspagrJs&c. qu’il s recevoient, qui surpassaient leurs espérances, leurs vœux & même-—■— leurs conceptions, sembloient comme tomber des nues; & étant accom-r° u f/f v0 'pagnés d’assurances d’une correspondance réglée dans la fuite, il est plusprennent aisé d’imaginer que d’exprimer la joie qu’ils ressentirent. Cependant com-lesafaìres me en honnêtes gens ils employerent les sommes qu’ils reçurent à payerauxlnàes, j eurs jettes en divers endroits des Indes , la meilleure partie fut absor-ftpr'es qtm ìà nar-là, & ils ne purent renvoyer en Europe que de fort médiocreshem plus retours (a). Leurs belles espérances s évanouirent bientôt : la chute duque ja- Systême, ainsi qu’on l’appelloit en France, peu après le départ desmis, tr ois Vaisseaux , mit les Directeurs hors d’état pendant deux ans de te-nir leurs promesses & de faire partir un seul Vaisseau : ce qui exposaleurs Officiers des Indes à la raillerie des autres Européens, ruina de nou-veau leur crédit, & les réduisit dans une situation si fâcheuse, que l’on peutdire avec vérité , que jamais depuis leur arrivée aux Indes les Françoisne s’étoient vus en aussi mauvais état qu’en 1723. Des changemens siextraordinaires & si furprenans, étant ce qu’il y a de plus contraire à lanature du Commerce, dévoient produire de sinistres effets ; d’autant plusque le Directeur de Pondichery, & ceux qui avoient la direction des au-tres Comptoirs,ne pouvoient, dans un fi grand éloignement,avoir aucuneidée des causes de cette conduite des Directeurs, & que peu ou point deconfiance pour leurs nouveaux Maîtres, après ce qui arrivoic (/-). Maiscomme il n’y avoit point deremede,ils furent obligés de supporter leur mal-heur, tout grand qu’il étoit, du mieux qu’il leur fut possible, & de se con-soler, si l’on peut parler ainsi, parla pensée que quelque tour que les af-faires prissent en France, ils ne pouvoient être de pire condition qu’iís n’é-toient. Mais l’arrivée de deux Vaisseaux l’année suivante, & de sept au-tres dans l’efpace de deux autres années, commença à leur faire reprendrecourage & à rétablir leur crédit ; ils se trouvèrent aussi en état d’envoyer enEurope quelques cargaisons; quoique médiocres, elles ne laissèrent pas ce-
„ „ pen-
(a) Hiít. des Indes Orient. 1 . c. p. 368. (s) Ibld. p. 369-