544 HIST. DE L’EMPIRE OTHOMAN. Liv. XVIII, Chap. IX.
*432. p} us g ran d s efforts. Un jour que Bajazet s’entretenoit familièrement fur^ son sujet, son Berber Bachi (* * * (§) ) se trouva par hazard présent; c’-étoit unItalien renégat, nommé Mustapha, que son adresse à manier le rasoir avoitélevé au poste de Barbier du Sultan. Cet homme rusé au possible, entendantle discours du Sultan, se jetta à ses pieds & lui dit: „ Si Votre HauteíTb„ daigne me laisser le foin de cette affaire, je vous mettrai l’esprit en repos„ fur f article de votre frere, & fût-il caché dans le coin le plus secret de l’Italie,„ je saurai bien le déterrer & lui ôter la vie.” Le Sultan non seulement lechargea de la commission, mais lui jura par les saintes âmes de ses ancê-tres (f) de le faire Grand-Visir, pour récompense dune action si divine (f),& si avantageuse à l’Empire Othoman. '
Stratxgi- Mustapha , encouragé par cette promesse, alla se réfugier à Péra chez lesstapl a U " F rancs (§), & Us conjura de lui faciliter les moyens de retourner dans fa' ia ' patrie. Ils lui procurèrent le passage fur un Vaisseau fretté pour l’Italie, &en peu de jours il arriva à Naples, stem y étoit alors, & ayant appris qu ilétoit venu de Turquie un excellent Barbier, il lui prit envie de le voir ,ou plutôt d’apprendre ce qui se passoit à Constantinople, & f envoya cher-cher. D’abord le Prince le questionna sur les affaires publiques. Mustapha-lui répondit froidement, qu’ayant suivi plusieurs années les grandes bouti-ques de Constantinople, il n’avoit songé qu’à se perfectionner dans son art,& à trouver les moyens de se mettre en liberté. Qu’ayant longtems attendu,il avoir enfin rencontré de bonnes âmes qui l’avoient aidé à revenir dansfa patrie, & qu’il s’estimoit fort heureux de pouvoir respirer son air natal,& professer la Religion Chrétienne.
Il devient stem lui répondit qu’il s’embarrassoit peu de fa Religion, pareeque Dieu
Barbier avoit donné à chaque homme le franc-arbitre (**); mais que comme il é-
da Frmce. tQ - lt c j ans un Pays où les Barbiers n’étoicnt gueres adroits, il lui deman-
doit seulement s’il vouloit le servir en cette qualité. „ Car je suppose, a-„ jouta-t-il, que vous n’avez pas perdu votre tems dans notre Pays, où„ vous savez qu’on a la main si légere qu’il y a du plaisir à se faire raser ;
„ on s’endort presque sous f opération tant elle est douce.” Mustapha s’ex-
(*) Barbier en chef, le stxieme des'grands Officiers domestiques du Sultan. Cantimir.
(f) Les Sultans ne se servent jamais d’autre serment que de celui-ci : par ks saintes fí*hiet heureuses âmes (le mes parera, 011 par l’ame de mon grand-pere. 11 n’y 3 qu’avec les Prin-ces Chrétiens qu’ils usent de la formule sacrée, par le nm cle Dieu 1 rh-paut , par la véritéde l’Jtlcnrm , par le pur Esprit du Prophète. Cantimir.
(j) Les ordres du Sultan, de quelque nature qu’ils soient, sont reçus des Turcs commes’ils venoientde Dieu: c’est une énorme impiété que d’y désobéir, lors même qu’il cil-/ voye demander au Grand-Viíìr fa tête. Cantimir.
(§) C’est la coutume des Turcs de donner le nom d’Ifrtni, & vulgairement de Fircng, àpresque toutes les Nations Chrétiennes, & sur-tout aux Italiens, excepte les Hongrois,les Polonois & les autres qui portent une robe longue. Us donnent pourtant des nomspropres à chaque Nation, mais différons de ceux qu’ellc-s prennent estes-mêmes.Cantimir .
(**) Quoique !a doctrine du Franc-arbritre soit contraire à celle de la Prédestination ab-solue reçue parmi les Turcs, ils ne laissent pas de l’adinettre, pourqu’au jour du Jugementles Chrétiens ne puissent pas «'excuser de n’avoir point embrassé l’Alcoian, parcequ’H*n’avoient pas le libre-arbitre.