SELIM I. NEUVIEME SULTAN. 575
cus, ils revinrent à la charge, & malgré la supériorité des Turcs ils les s/cnos'presserent si vivement que la victoire sembloit pencher de leur côté. n.
Alors Selim voyant que l’avantage des Circaffiens. venoit de leur agili .Conquêteté (*) & qu’ils évito'ient les coups de cimeterre aussi bien que les dards & les t ^ /£ syp*lances, fit faire halte à la Cavalerie & avancer les Janissaires pour les placer _
en front, avec ordre de faire feu fur les ennemis.
Cette manœuvre lui réussit, & Feffet de la moufquettcrie fut si grand, 11que les Circassiens étonnés du nombre de leurs morts, reculèrent pour mrU 'reprendre leurs rangs ( f ). Les Turcs , fans leum donner le teins defe reconnoître , fondirent fur eux comme un torrent, & les mirenten déroute. Sultan Garni, outré de fe voir vaincu, prit la résolution de nepas survivre à la perte de son Empire. 11 fe jetta au milieu des plus épaisbataillons, renversant tout ce qui lë présentoir à lui, & courant parmi lesrangs comme parmi des troupeaux de moutons. 11 écartoit & tuoit toutfans distinction , appellant à haute voix Selim & le défiant au combat, maisSelim ne parut point, & Gaurì , croyant le trouver dans chaque soldat qu’ilfrappoit, fit une horrible boucherie ; enfin tout hors d’haleine & fumant derage, il tomba mort sur les corps de ceux quai avoit terrassés, & ce qui estle plus surprenant, sans avoir reçu une feule blessure au milieu de tant d’é-pées qui l’environnoíent (a).
Les autres Historiens donnent une relation fort succinte de cette bataille;ils disent seulement que Selim après avoir rangé son armée en ordre debataille en habile Capitaine, eut recours à la ruse ; qu’il envoya Ali Bcg femettre en embuscade, & que lorsque les deux armées furent aux mains ilattaqua les Egyptiens en queue, qui se trouvant entre deux feux, furentbientôt mis en déroute (/-). Les Historiens Chrétiens rapportent quelquesparticularités, dont aucun des Auteurs Turcs ne parle , à fexception duCadilefquer, avec lequel ils font en général d’accord.
Ils attribuent la perte de la bataille en grande partie à l’orgueil & à la U ne fuitprésomption de Cansct Catirì, à qui l’on ne put faire comprendre que Selim P“ s l ‘ avi *avoit dessein de {'attaquer, jusqu’à ce qu’il apprît par ses espions que Lgg azelSultan avoit traversé le Mont Aman , & qu’il étoit campé avec son arméeà deux journées de lui. Cette nouvelle l’ayant fort surpris, il fut en doutes’il donneroit bataille, ou s’il fe retireroit. Jamlmrà G^zclBeg, Gouver-neur d’Apamée, lui conseilla de ne point 'entreprendre de combattre des
Trou-
(a) Cantimir , ubi sup. p. kji 195. (S) Leunclavius , in Selyin,
(') Baunigart'-.n , qui voyagea en Egypte en 1507 environ dix ans avant cette révolu,tion, rapporte des traits furprenans de leur agilité à courir à cheval & à tirer de l’arc. L.I. Ch. îo. in Char h s Colleâ. vol. I. p. 398.
' p e Cadilefquer dit que de côté & d’autre on fut repoussé tour à tour cinq ou sixfois , que le Seigneur d’Alep prit enfin la fuite avec ses Troupes devant Sinan /‘acki,q\xifondit aior- fur îe Seigneur de Damas ; que celui ci ne pouvant soutenir ses efforts , tournaaussi le dos, & eut la tête coupée en fuyant, & que la mort de Su’tan Gaurì suivit bien-tôt. C’eít là tout ce qu’il rapporte. [Peut-être cet Auteur n’a-t-il pas parlé d'e la trahisondes deux Généraux de t.auri pour faire plus d’honneur s fa nation , & pour attribuer.lavictoire à la feule valeur des Turcs, au-lieu que kur désertion diminue un peu la gloiredes vainqueurs. Rìm. du Trad. ]