DE M A L T H E. Liv. XXI Chap. VII. m
ges procédés du Grand-Maître. Celui-ci l’envoya chercher, & lui dit qu’il Sect maavoir toujours fait un cas infini de fa valeur & de íà capacité dans le métier iv.de la guerre;qu’il s’agiíToit de s’aller jetter dans la ville aífiégée; qu’à-la-vé- &rite le grand nombre de Citoyens & de Paysans qui y étoient enfermés,le ro ’ s dr f à .rassuroit; mais que ce peuple, dont il étòit aisé de faire de bons soldats, a 'mort devolt besoin d’un Chef qui remplaçât le Gouverneur dans les endroits où il Jean de Jane se pourroit pas trouver. Valette
Villegagnon lui répondit modestement, qu’il étoit prêt á partir quand ^ c -il i’ordonneroit, conformément aux obligations que fa profession lui impo- ' ^
soit. II ajouta qu’il lui permit de lui représenter, qu’on ne devoir pas faireun grand fond fur cette foule de Paysans qui étoient renfermés dans la Place,tous gens prêts à fuir à la vue du péril ; que le Gouverneur avoir besoin degens intrépides & conduits dans le combat par des motifs de Religion &par des principes d’Honneur ; & que s’il vouloir sauver cette Place, il falloity faire entrer au moins cent Chevaliers. Le Grand-Maître lui répondit froi-dement , que par un Décret du Conseil il avoir été arrêté qu’on réserveroictous les Chevaliers pour la défense seule du bourg & du Château de Saint*
Ange, cependant que pour ne pas le laiíîèr partir seul, il obtiendroit duConseil qu’il pût en mener avec lui six autres Chevaliers. Villegagnon lepria de considérer quel secours on pourroit se promettre dans un assaut desix Chevaliers seuls. Sur quoi d’Omedes lui repartit brusquement, qu’il de-mandoit dans un Chevalier plus de courage & d’obéissance que de raisons,
& que s’il avoir peur il en trouveroit assez d’autres qui se trouveroient ho-norés d’une pareille commission. Seigneur , reprit le Commandeur, je vousferai voir que la peur ne ma jamais f ait fuir le péril. Aussitôt il part avec sixautres Chevaliers, & après avoir fait les signaux dont on étoit convenu, onleur jetta des cordes, avec lesquelles ils entrerent dans la ville, fans avoirété apperçus par S’ennemi. Leur arrivée causa une joie universelle, & leshabitans la folemniserent par des décharges de mousquetterie ; les Turcs enconclurent qu’il étoit entré quelque secours dans la Place. Villegagnon ditaux habitans, qu’il étoit suivi par un corps considérable de Chevaliers ; maisen particulier il ne cacha rien au Gouverneur des dispositions du Grand-Maître, & lui déclara qu’il ne devoir point compter fur d’autre secours quefur celui qu’il tireroit de fa propre valeur ; que par une courageuse résistan-ce il falloit au moins rendre leur perte célébré dans l’Ordre & funeste à l’en *nemi. Comme les murailles de la Place étoient trop foibles pour tenir contrel’artilleria des Turcs, ils firent faire des retranchemens larges & profonds,pour disputer le terrein pied à pied ; tout le peuple, hommes & femmes ytravaiherent avec la même ardeur, fous la direction du Commandeur, quiconduisoit l'ouvrage.
Tandis que les Assiégés prenoient ainsi dans l’encemte des murs des me- Heureuse,sures pour se bien défendre , le Receveur de l’Ordre à Messine s’avisa d’une s aitruse qui eut tout le succès qu’on pouvoir desirer. 11 écrivit une Lettre au kGra sd-Maître , par laquelle il lui donnoit avis que Doria , Amiral de l’Em- i> '*pereur & la terreur des Infidèles, étoit de retour d'Espagne, & actuelle-ment dans le Port de Messine avec un puissant armement , & qu’il de-voir