142 HISTOIRE DE L’O R D R E
SscrroN Un tumulte dangereux , & dont les Turcs auroient pu se prévaloir,IV, commença à s’élever; pour l’appaiser le Bailli de Négrepont & La Miran*
Histoire jg firent sonner l’allanne, ce qui fit courir tous les Chevaliers chacun à leur
blon de 1 Les Commissaires de retour au bourg, déclarèrent franchement au Grand-jean de la Maître qu’iìs ne croyoient pas que la Garnison pût soutenir un assaut. Cas-Valette. xriot perlistant dans son avis offrit au Grand-Maître, s’il vouloir lui permet-™ c ‘ tre de lever quelques troupes dans l’Iíle, de s’enfermer dans le Fort, & de
Le Grand. y maintenir jusqu’à l’arrivée du secours. Le Grand-Maître accepta sesMaître offres, & l’Evêque de Malthe avança les sommes nécessaires pour faire lesmortifie^ nouvelles levées. A-la-vérité ils ne comptoient pas tant fur la valeur & la6? leur*’ opacité supérieure de Castriot, qu’ils n’eussent plutôt en vue de se servir‘pardonne» cet unique ressource pour prolonger le siégé. Quoi qu’il en soit, ungrand nombre d’habitans de la campagne & même des principaux citadinsprirent parti, chacun à l’envi vouloir se faire enrôler. Le Grand-Maîtreécrivit aux Chevaliers qui étoient dans le Fort, d’un ílile dur & sec, en leurmarquant de remettre leurs postes aux Officiers qui conduiroient la nouvelleGarnison , & queux n’auroient qu’à revenir au Couvent , ou ils seroientplus en sûreté, tandis que lui fer or t plus tranquille fur la conservation de laPlace. Les Chevaliers mécontens sentirent vivement l’indifférence, & mêmele mépris que ce peu de mots renferraoit , & la honte qu’il y avoit poureux de remettre la Place à des recrues & à de nouveaux soldats. Pleins deremords ils résolurent de se faire tous tirer plutôt que de céder leur poste àcette milice , & ils prierent le Gouverneur de faire connoître au Grand-Maître leur repentir , & la disposition où ils étoient de répandre jusqu’à laderniere goutte de leur sang pour la défense de la Place. Le Gouverneurdépêcha un habile nageur, parcequ’il faisoit encore jour, & qu’on ne pou-voit faire alors passer de Barque. Le Grand-Maître rejetta d’abord en appa-rence la priere du Gouverneur , mais ensuite il se laissa fléchir, & les nou-velles levées furent congédiées.
Pendant ces mouvemens , le Commandeur Salvago e'toit passé en Sicile,& au défaut du secours dont le Viceroi fous divers prétextes différoit ledépart , il ordonna au neveu du Grand-Maître & au Commandeur de St.Aubin, tous deux Capitaines des Galères de la Religion qui étoient en Sici-le , de s’embarquer incessamment, Ôc de conduire à Malthe tous les Cheva-liers , & toutes les troupes qu’ils pourroient. Mais ils trouvèrent les côtesde Pifle si bien gardées par les Galères de Dragut, qu’après avoir gagnéPiste de Goze, ils ne purent entrer dans aucune cale de celle de Malthe, &furent obligés de retourner en Sicile. A peine e'toient-iís arrivés à Sarra-goffe , qu’ils reçurent des Lettres du Grand-Maître , qui faisoit de très-sé»veres réprimandés à son neveu , & lui marquait qu’un Chevalier devoitplus oser que tout autre guerrier. Par le même Courier il écrivit au Com-mandeur de Salvago de presser le secours, vu l’extrémité où le Fort de St.Elme se trouvoit réduit ; jusques-là il n’avoit obtenu du Viceroi que de ma-gnifiques promesses ; il crut au moins lavoir engagé à joindre deux Galèresavec un Régiment aux deux de la Religion , mais il eut le chagrin de voir
que