.SectionIX.DerniersRois de IsMaison deValois.
Il passe lesAlpes avecune puis-sante Ar-mée.
24 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
à suivre le projet de son prédécesseur pour la conquête du Milanés;comme il appartenoit à la Maison d’Orléans, du chef de la DuchesseValentine, les Princes de cette Maison eurent toujours plus à cœur ceDuché que tous leurs autres Etats. Mais trançois gardai! bien son se-cret qu’on ne le connut, que lorsqu’il fut fur le point d executer son en-treprise. Elle demandoit de grands fonds , & ses coffres étant vuides, ileut recours au Chancelier Du Prat, qui étoit son oracle en pareille occa-sion. Le Chancelier lui fit remarquer que son prédécesseur avoit vendudes Offices, & lui conseilla de se servir du même expédient ; i] créa doncune nouvelle Chambre dans le Parlement de Paris, & dans les autresParlemens , ce fut-là un des premiers & des plus mauvais traits de laPolitique de ce Ministre ( a ). Louis XII. avoit vendu quelques Offi-ces au commencement de son régné, mais ce n’étoient point des Char-ges’de ludicature , & il n’avoit eu en vue que d’éviter de charger leneuple au lieu que François avoit déja rétabli les impôts tels que sonPrédecèfiéur les avoit trouvés. D’ailleurs Louis avoit racheté & suppri-mé ces Offices, aussitôt qu’il s’étoit vu en état, & plutôt que d’avoir en-core recours à cet expédient, il aliéna une partie de son domaine j de-forte que l'on voit quel étoit le caractère du Ministre, qui osoit citer sonexemple pour s’en autoriser. C’est à cela que fait allusion un célébré His-torien ( b), quand il dit, que François remplit les Charges de Connétable& de Chancelier de deux sujets, dont ì’un causa de grands maux à la Fran-ce sous ce regne-là seulement, & l’autre en causa, qui se sentirent pourlors, & dureront peut-etre dans tous les siécles fui vans. Réflexion sage,
& véritable prophétie. .
Les fonds trouvés par cette voie, furent bientôt depenles. On engageaFrerose, le nouveau Doge de Genes, à renoncer à ce titre,pour prendrecelui de’ Gouverneur perpétuel pour le Roi de France. Pierre Navarre,qui avoit été pris par les François à la bataille de Ravenne, piqué du mé-pris que l’Espagne avoit fait de sa personne, entra au service de France, &trouva moyen de lever dix mille Gascons ou Basques. Le Duc de oueldreamena d’Allemagne plusieurs milliers de Lansquenets ; ensorte que quand ilfut question de passer les Alpes les François avoient l’Armée la plus nom-breuse qu’on eût encore assemblée pour l’ítalie, car elle consistoit en qua-lante mille Fantassins & vingt mille Chevaux. Le Roi aiant érigé le Com-té d’Angoulême en Duché, le donna à Lotisse de Savoye fa mere, & ladéclara Régente du Royaume (c). Cette Princesse fut la premiere à quiles François donnerent le titre de Madame. Tout étant prêt au commen-cernent d’Août, les Troupes commencerent à passer les Alpes par unnouveau chemin , fait avec des travaux incroyables & une grande de-pense, par Roque-Sparviere ; les Suisses s’étant saisis de tous les endroitsqu’ils croioient praticables. Le Connétable commandoit l’avant-garde, le
(a) Mem. de du Bellaì, Belcar. Daniel ,le Gendre.
(ft! Mezeray Abrégé Chronoi, T. 1V«
p. 476.
(c) Mem, de Louife de Savoye, Daniel& al.