SlíCTION
IX.
DerniersRois de laMaison deValois.
9 o HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
qu il n’y avoit rien à y opposer, cependant le Duc de Guise n’e'toit pasporté à le suivre ; parcequ’il ne s’accordoit pas avec les ordres du Roi. Onconvint donc d’envoyer le Baron de Villars à la Cour , avec les mémoiresde ce qui avoit été proposé de part & d’autre, afin de savoir les intentionsdu Roi ; mais le Duc de Guise avoit eu soin d’envoyer d’avance un Courierau Cardinal de Lorraine son frere. Le Baron appuya fort savis du Maré-chal devant le Conseil, & il fut si vigoureusement soutenu du Connétable& du Maréchal de Saint-André, que le Roi ne put s’empêcher de l’ap-prouver. Cependant après le Conseil, le Cardinal, la Reine & la Du-chesse de Valentinois importunèrent tellement le Roi, qu’ils obtinrentordre exprès au Duc de Guise de conduire l’Armée à Rome, & l’onexpédia le Courier la même nuit. Le Baron de Villars, qui en fut in-struit, se trouva le matin dans l’appartement du Roi tout botté, &prêt à monter à cheval, comme pour recevoir ses derniers ordres, con-formément à la résolution du Conleil. Henri fut surpris, mais il euthonte en même tems de tant de variations fur cette affaire, desortequ’il s’en tint au parti qu’il avoit pris, & pour adoucir le chagrin duMaréchal de Briffac, il lui envoya une remise, qu’il n’auroit point ob-tenue sans cela (a). Nous avons rapporté cet incident avec quelquedétail, parcequ’il peut donner une idée de la conduite du Roi pendanttout le cours de son régné. Le Duc de Guise s’étant avancé vers l’EtatEcclésiastique, suivant ses ordres, sentit bientôt qu’il avoit fort mal prisses mesures; & après avoir été dupé par le Cardinal Garasse, on lui dé-clara nettement que le Pape n’étoit pas en état d’accomplir le Traité, &qu’il falloit qu’il fît comme il pouvoit. Quoique Paul IV. ne pût fournirdes Troupes à son Allié, il desiroit véritablement de seconder la Francepar ses intrigues ; & dans cette vue il traita avec le Duc de Toscane dumariage du fils de ce Prince avec Elisabeth de France fille aînée du Roi.Co sine de Medicis reçut cette proposition avec reconnoissance, <L lePape fit courir le bruit à Rome que ce mariage étoit conclu. Le Roid’Espagne en fut aliarmé, & fit offrir au Duc la ville de Sienne ; com-me c’étoit ce qu’il vouloit, il accepta le parti, & il ne fut plus ques-tion du mariage. C’est ainsi que les Medicis & les Farneses tirèrent decette guerre le fruit qu’ils vouloient, pendant qu’il fut absolument im-possible au Duc de Guise de pénétrer dans _ le Royaume de Naples.Dans ces entrefaites arriva la nouvelle de l’entiere défaite de l’ArméeFrançoise à ia bataille de St. Quentin , avec ordre au Duc de Guise derevenir promptement avec son Armée (Z>). Par son départ le Pape setrouvoit á la discrétion du Roi d’Espagne ; ce Monarque en agit aveclui avec tant de modération par rapport à ses intérêts personnels, avectant d’égards pour son honneur, & des marques d’un si profond respectpour sa dignité, en ordonnant au Duc d’Albe daller à Rome faire au Pa-pe des soumissions de fa part, qu’il le gagna entierement, ensorte que cePontife dit au Duc de Guise quand il eut son audience de congé , qu’ilavoit peu fait dans cette guerre pour les intérêts de son Maître, très-peu
(a) Le même, p. 205, 206. (£) Daniel 1 . cp. 213. De Tlueu