HISTOIRE DE FRANCE. Lïv. XXIII. 103
d’Albe fur la frontière, & sur les belles espérances que ce Seigneur lui sectiondonna, i! se retira en Bear n, & abandonna les mécontens. _ IX.
Les Guises paroissoient si bien affermis, qu’ils sembloient n’avoir plus rien 7ío fl r™f"à craindre ; ils ne laifferent pas de prendre toutes les mesures imaginables Maism %pour leur fureté , & ils eurent foin en même tems de cacher leurs vues, & Valois.
de former les Edits publiés au nom du Roi de façon, qu’ils ne paroissoient —-
faits que pour le bien public. Ils firent défendre de porter des armes à feu, p»pv-& des hubillemens propres à les cacher, pour empêcher les meurtres. Par ^ìjinerfun autre Edit on révoquoit toutes les aliénations du Domaine , & le Roi dës Cham-déclara qu’il ne vouloir pas que personne eut deux charges ou deux Gou* bresarden-vernemens ensemble. Par là les Guises mettoient leurs personnes en sure- t ® S > &té , & étoient en état de gratifier leurs créatures. Ils firent aussi une pro- ^nn^damotion de dix hui t Chevaliers de Saint Michel tout d’un coup, ce qui avibt js 0iu -ssicet Ordre, dont les plus Grands Seigneurs se fesoient honneur, eníortequ’il tomba dans un mépris, dont il ne s’est jamais relevé (a)~ Après queles Guises eurent par ces diverses voies affermi pleinement leur autorité, &mis tout le monde dans la dépendance, ils firent éclater une fierté , qui gros-sit tout d’un coup le nombre de leurs ennemis, & donna lieu à une infinitéde plaintes. II y avoit à la Cour un grand nombre de personnes de toutesles Provinces,& particulièrement des gens de guerre,qui demandoient leurpayement ou des récompenses. Le Cardinal de Lorraine, importuné deleurs sollicitations , & ne sachant comment les satisfaire, fit publier unEdit, qui leur ordonnoit de se retirer incessamment, sous peine d’être pen-dus fans forme de procès. Le Roi étant allé à Blois pour changer d’air, onlui persuada que pour suivre les traces de son pere & exécuter fes der-nieres volontés, il devoit créer une nouvelle Chambre dans chaque Parle-ment pour connoitre du crime d’héréíìe. On les nomma les Chambres ar-dentes , parcequ’elles fesoient brûler fans miséricorde tous les Protestans (h).
Le Président Minard, homme violent, aiant été assassiné dans les rues deParis, on vengea fa mort fur firme du Bourg, neveu du Chancelier de cenom & Conseiller au Parlement- de Paris, Magistrat d’une constance à touteépreuve & d’une probité incorruptible. II avoit été arrêté pour cause dereligion sous le régné précédent, & fut étranglé & brûlé en Greve le 19de uécembre. I! souffrit la mort avec une fermeté digne de lui, & de kcause pour laquelle il perdoit la vie (c).
Ces violences firent naître de nouvelles dispositions dans tous les esprits. AjsèmMéefCeux qui avoienc embrassé la Réformation , qui étoient en grand nom- à Prote*bre , voyoient qu’il leur étoit impossible de servir Dieu de la maniéréqu’ils pensaient lui être la plus agréable, fans s’exposcr à la prison,aux " °”
tourmens & à la mort, Les plus sages Catholiques, parmi lesquels il yavoit quelques Prélats & plusieurs Ecclésiastiques, defapprouvoìent ce pro-cédé violent,& avoient du penchant à concilier les esprits par une réformejuste & raisonnable, faite par une autorité légitime; ['ignorance honteuse,
& les vices plus scandaleux encore de la plupart des Ecclésiastiques, qui
(f) f*; Tìwu I. c. Mezeray*(h) MïSeray*
(c) De Thon I. c. Meziray.