HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.heureux Charles approchoit peu à peu de fa fin, dans les plus grandes ago- Sectior. nies & les plus terribles souffrances. II n’étoit plus gueres le maître de les IX.actions, & quoiqu’il eût visé au pouvoir absolu,il sentoit alors qu’il n’avoitplus aucune autorité. Pour la recouvrer, il forma des projets de réforme, Maison dedéclara souvent tout haut qu’il ne prétendoit qu’à une autorité conforme Valois.
aux Loix, qu’il vouloir laisser sadministration de la Justice à ses Parlemens,-
celle des affaires militaires aux Maréchaux, & ne se reserver â lui-mêmeque le soin de réformer la Cour & de soulager le Peuple. Quelques-unsajoutent, qu’il avoit résolu de chasser de la Cour ceux qui avoient conseilléle massacre. Mais il est difficile de juger des autorités fur lesquelles toutcela est fondé, & quand même l’on supposeroit la vérité de ces déclara-tions, on ne peut savoir qu’en penser,ce Prince étant si connu pour sa pro-fonde dissimulation,- ce qu’il y a de certain c’est que sa mere le fit agir jus-qu’à la fin. Elle l’engagea d’abord à écrire des Lettres à tous les Gou-verneurs des Provinces, pour leur ordonner d’obéir à fa mere, & un peuavant fa mort elle le porta à charger le Chancelier Birague, de dresser &de sceller les Lettres Patentes par lesquelles il lui donnoit la Régence duRoyaume (a). Le matin du jour qu’il mourut, il fit venir le Duc d’Alen-çon , le Roi de Navarre, le Cardinal de Bourbon, le Chancelier, le 8e-cretaire d’Etat & plusieurs autres personnes du premier rang, & déclaraen leur présence, le Roi de Pologne son frere pour son Successeur, & laReine Mere Régente jusqu’à l’arrivée de ce Prince, & envoya les LettresPatentes au Parlement (Z>). II mourut le 30 Mai jour de la Pentecôte,dans le milieu de la quatorzième année de son régné, & âgé à peu près devingt-quatre ans ( c ). Comme le bruit s’étoit répandu, fur quelques motsqu’il avoit lâchés lui-même, que fa maladie n’étoit pas naturelle, on ouvritson corps, & on dit, qu’il ne s’y trouva aucune marque de poison, ce quidissipa les soupçons qu’on avoit conçus contre le Duc d’Alençon. D’autresprétendent qu’il périt par le moyen d’un homme qui entendoit les mystèresde la Magie de façon à ne donner aucune prise (d). L’opinion com-mune en ce tems là fut, que fa mort n’étoit pas à la vérité naturelle,mais un jugement de Dieu, & la punition des cruautés qu’il avoit com-mises , & qu’il avoit attribuées d’une façon impie à des motifs de Re-ligion (*).
fa) De Thon, Mezeray. fc) Henault-
(b) Les mêmes. (d) De Thou, Mezeray.
(*) 11 est peu de Princes, dont on ait plus maltraité la mémoire, que celle de Char-les IX. Nous avons été obligé dans le Texce de parler de quelques-unes de ses qualitésPersonnelles, nous éviterons ici les répétitions autant qu’il fera possible. II étoit grand,*j' e jifait, robusie, mais un peu voûté; il avoit le teint pâle & plombé, le nez aquilin,Deil fier & un peu féroce. Ce Prince avoit reçu de la nature d’txceìlentes qualités &“ es vertus, que M. de Cipierre ou Sipierre, ainsi que Brantôme le nomme, son Gou-verneur & M. Amiot son Précepteur cultivèrent, tant qu’ils furent auprès de lui. il«v°it une grande pénétration , la mémoire heureuse, un jugement exquis ; il parloir sa-pement, bien à avec dignité. II aimoit ies Belles-Lettres & ceux qui les cultivoient.Principalement les Postes ; il fut le grand protecteur de Ronsard, On rapporte de lui