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31 (1769) La suite de l'histoire de France depuis le règne de Louis XII jusqu'au tems présent
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IX.

DerniersRois de laMaison deValois.

Interrègne.

136 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.

La mort de Charles IX. laissa la I rance dans une situation nouvelle &tout-à-fait particulière. La Reine-Mere étoic en possession de l’autorité,

mais

un mot touchant les Poètes, qui est assez juste; „ Que les Poètes étoient comme les,, bons chevaux, qu’il faut bien nourrir, mais qu'il ne faut pas trop engraisser”. IIchantoit bien & fesoic lui-même d.s vers. II composa un Livre de ia Venerie, qui aété imprimé depuis II avoit beaucoup de courage, & étoit fort sobre; aiant une foispris un peu trop de vin, & s’étant porté à des violences, il n’engoûta presque plusdans la fuite. 11 étoit naturellement retenu & gueres adonné aux femmes (t). Voyonsprésentement comment un Prince qui avoit tant de belles qualités a pu se conduire stmal. II avoit deux mauvaises qualités, qui fe trouvent rarement ensemble, il étoit extré-mement dissimulé , & en même tems emporté jusqu’à la fureur. II aimoit passionnément lachâsse , & en prenant plaisir à répandre le sang des animaux, il en vint à répandre celuides hommes fans peine. Il juroit à tout propos, habitude qu’ii avoit prise avec leComte de Retz dont sa Mere s’étoit servie pour le corrompre. 11 étudia de bonne heu-re les hommes ct les connoissoit bien. II se mettoit aisément en colere, & s’appaisoitdifficilement. La nature de ses amusemens concribuoit à augmenter la violence cîe sontempérament, car outre la chasse, il aimoit fort la Paume, & travailloit aussi des ou-vrages de fer à la forge. Il s’échauffoít encore le sang par des danses violentes parlesquelles il se fatiguoit avec toute sa Cour. Un plaisir singulier qu’il prenoit & quifait bien connoitre son caractère, c’étoit de fabriquer de la fausse monnoie, & rien nele divertissoit davantage que Iorsqu’il avoit trompé quelqu’un (2). Le libertinage quiregnoit à fa Cour, ou pour mieux dire à celle de ta mere ruina ses mœurs & son tem-pérament. La nécessité où il se trouva de ménager des Partis opposés lui apprit à dé-guiser ses fentimens, & les entreprises qu’on fit contre lui, firent naître dans son cœurun vif désir de vengeance. Delà vient qu’on a dit, & avec vérité, qu’à I’âge de vingtans il sorpassoit Tibere en dissimulation , & qu'il étoit aussi cruel que Néron. Après lemassacre de la St. Barthclemi, il avoit quelque chose de plus féroce dans les yeux qu’aupa-ravant. 11 dormoitpeu, & depuis ce tems-là son sommeil étoit souvent interrompupar des angoisses qui le prenoient tout d’un coup; & pour le rendormir on fesoic chan-ter des Pages. II dissimula dans les derniers mornens de fa-vie , car il témoigna beau-coup d’amitié L son frere, qu’il haïssoic, & un grand respect: à sa mere, qu’il avoit des-sein d’envoyer en Pologne faire visite à son fils chéri ; mais cela étoit en quelque façonexcusable, par la tendresse qu’il avoit pour sa femme & sa fille, qu’il lailíbit entre lesmains de Catherine. II avoit épousé Elizabeth d’Autriche, fille de l’Empereur Maxi-milieu, Princesse d’un rare mérite, ainsi que nous Pavons dit. Elle passa le reste de favie à Vienne, & ne voulut jamais vendre les charges des terres, qu’on lui avoit assi-gnées pour son Douaire (3). Elle refusa Philippe II. qui auroit fort voulu Pépouser,ct mourut le 2 de Janvier 1591, dans la trente-huitième année de son âge. CharlesIX. eut d’elle une fille , qui s’appelloit Marie-Elizabeth, dont la Reine d’Angleterreétoit Marraine. Cette jeune Princesse mourut n’aiant pas six ans; elle tenoic tant ducaractère de son pere, qu’elle étoit fort choquée que Henri IlL son onde, ne la ve-nois pas voir plus souvent. Le Roi Charles eut aussi un fils de Marie Touchet, fille duLieutenant Particulier au Práfldial d’Orléans, & non pas d’un Apothicaire, comme plu-sieurs l’ont écrit. Ce fils fut Charles de Valois, successivement Grand-Prieur de Fran-ce, Comte d'Auvergne ct Duc d’Angoulême. Nous aurons occasion de parler dans laiuite plus d’une fois, da ce Seigneur & de fa mere Outre Marie Touchet, le RoiCharles IX. eut au moins deux autres Maîtresses, qui sont connues. L’une étoit unejeune Démoiselle d’une grande beauté ct d une vertu héroïque, qui ne voulut jamaisentendre aux sollicitations du Roi; ce Prince bien loin d’en être fâché, la visita tou-jours par estime, & lui donna les plus grandes marques de respect tant qu’il vécut. Ileut encore pour Maîtresse la femme de Charles de Gondi , Seigneur de la Tour,t Grand-

( 1 ) Majso vit. Cíllûli IX. De Thaïe, Daniel, (à) M-.zjrnf,

( 2 J Brnntum T. IX. p. m, 4jl.