i5o HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
Section (a). Cette même année, la Reine-Mere fit partir Strozzi avec une Flottepour les Ifi.es Açores, afin de soutenir Don Antoine qui prétendoit à laRdTdeia Couronne de Portugal , sur laquelle la Reine dhmeme avoit formé auíïlMaison de des prétentions; une partie de la Flotte de Strozzi fut prise par les Espa*Valois. gnols, & ils traitèrent les prisonniers d’une façon cruelle, fous prétextequ’ils etoient des Pirates (b). Quant aux affaires domestiques de France,le Roi ne paroiíToit occupé que du foin d’élever les Ducs de Joyeuse &d’Epernon , ses deux principaux Favoris. Vers la fin de Tannée, on in-troduisit le Calendrier Grégorien, en retranchant dix'jours. L’alliancede la France avec les Cantons Suisses fut aussi renouvellée ; ce qui étoitde conséquence (c).
Le Duc L’année suivante commença par une étrange scene. Quoique la Courd'Alençon de France prétendit ne prendre aucune part à la guerre des Pays-Las, ilentreprend àoit cependant de notoriété publique que le Roi permettoit à son ffere ded'Anven l ever ^ es Troupes en France, & que la Reine - Mere & la Reine Eiiza-£? i.Vautres beth lui fournissaient dequoi les soudoyer. Philippe II. ne Tignoroit point,Places. mais il diíìimuloit, parcequ’il n’étoit pas en situation de s’en venger; il nelaissoit pas d’avoir ses intrigues, dont les effets ne furent que trop tôtclairement connus. Le Duc d’Alençon, après avoir délibéré fur les plain-tes de ses créatures, & fur le projet qu'on lui proposoìt pour y remedier,prit la résolution de se servir des Troupes Françoiscs pour se saisir des vil-les , où elles étoient en garnison. Cette entreprise qui s’exécuta dans le moisde Janvier, échoua par Thabileté & le courage du Prince d'Orange, de-sorte qu’après avoir perdu quantité de braves gens en voulant surprendreAnvers, & un plus grand nombre encore dans la retraite précipitée, leDuc fut obligé de se retirer à Dunquerque (d),ílse retire 11 entra ensuite secrètement en négociation avec les Espagnols ; offrit deen France, seur remettre les Places qu’il tenoit, à condition qu’ils lui fourniroient deTargent pour payer ses Troupes, & qu’ils lui donneroient un petit équiva-lent dans les environs de Cambrai. Comme le Duc de Parme étoit lentdans ses procédés, le Prince d’Orange eut avis de cette négociation, &avec fa prudence ordinaire rompit le coup ; en acceptant la médiation duRoi, il fit obtenir les Places en question aux Etats à de meilleures condi-tions (c ). Le Duc voiant qu’il n’avoit plus rien à espérer dans les Pays-Bas, ìk qu’il s’étoit perdu d’honneur par son entreprise imprudente & mal-entendue, se retira fort chagrin en France, à la grande joie des Espagnols& des Etats, Une partie de ses Troupes, commandée par le Maréchal deBiron, fut battue parle Prince de Parme ; la petite garnison qu’il avoitmise dans Dunquerque fut obligée de rendre cette importante Place, cequi augmenta le dégoût général qu’on avoit pour ce malheureux Prince,quoiqu’il ne fût déja que trop grand. Sa conduite changea aussi les senti-mens du Roi pour lui & le mépris succéda à la jalousie (/).
(a) Journal de Henri III. p. SO-{]>) Daniel 1. c. p. 535- Mezeray.(c) Mezeray, De Tlmu.
(d) Strada T. II. L. V,(e: De Thou L. LXXVil,(/) Mezeray 1 . c. p. 268 .