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31 (1769) La suite de l'histoire de France depuis le règne de Louis XII jusqu'au tems présent
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HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. i 5I

Cependant !e Roi lui-même ne seconduisoit pas mieux que son frere, car Sictio^si le Duc avoit dissipé ses revenus, & contracté d’immenses dettes par ses IX.folles entreprises, le Roi étoit précisément dans le même cas. Car aprèsavoir épuisé ses Finances, foulé le peuple au plus haut point, il avoit à Maison Jepeine dequoi fournir à l’entretien de íà Maison. Ií avoit marié le Duc de Valois.

Joyeuse à la sœur de la Reine sa femme, & quelques-uns disent, qu’ils avoient ——-

formé l’étrange projet de partager son Royaume entre lui & Je Duc d’E- àpernon (a). Ce fut pour quelque dessein de cette nature, qu’il envoyaJoyeuse à Rome. La Reine de Navarre étoit venue voir la Reine sa me-re ; on la soupçonna d’avoir fait tuer un Courier que le Roi envoyóit à ceDuc, pour avoir le paquet dont il étoit porteur ; le Roi s obligea de quitterla Cour d’une façon tout-à-fait honteuse, & l’envoya au Roi de Navarreson mari ; ce Prince ne voulut pas d’abord la recevoir, étant ainsi noircie ;mais le Maréchal de Matignon le força de la reprendre (b). La Reine-Mere étoit déchue de tout son pouvoir, que les Mignons & les Guises par-tageoient ; elle les haïssoit donc également, mais elle cabaloit avec les uns& les autres pour rentrer en crédit. D’autre part, le Roi d’Efpagne tra-vailloit à exciter de nouveau la guerre civile, tantôt en fefant de grandesoffres au Roi de Navarre, tantôt en fefant des propositions au Maréchalde Montmorenci, avec lequel il conclut même un Traité, dont il fe servitpour engager le Duc de Guise à se lier avec lui.

Si l’on en croit quelques Historiens, il y avoit une sorte de politiquedans la conduite de Henri III ; il craignoit les Proteslans & haïssoit les Gui-ses; il tâchoit donc, en élevant ses Favoris, & en n’accordant les emplois& les grâces qu’à leur recommendation, de former un nouveau Parti dansle Royaume qui lui fut dévoué. Mais si c’avoit été là son dessein, il feseroit sauvé assurément lui-même, ou les auroit avertis de veiller à son íà-lut. Au lieu qu’il dissipa en Mascarades, en funérailles, en Processions, endons plus de millions que ses prédécesseurs n’en avoient dépensé dansleurs guerres, & il les leva par des voies infiniment plus violentes qu'eux.

Tandis que s’il avoit pris avis des gens sages; qui ne manquoient pasmême sous son régné, s’il avoit modéré ses dépenses, respecté la justice,soulagé le peuple, il auroit été assez puissant pour contenir les Huguenots ;

A les Guises, surtout si ses coffres avoient été bien fournis. Un Roi quift’est pas pauvre, & qui a soin des intérêts de ses íùjers, est toujours enfureté. Mais Henri, qui fe croyoit le plus habile Politique de son tems,parcequ’il avoit lu quelques Auteurs Italiens, & qu’il écoutoit des conseilsde ce Pays-là, fut soupçonné d’incapacité, tandis qu’il affectoit le faste desMonarques d’Orïent, & se fesoic voir rarement au peuple. Enfermé avecses Mignons, il n© donna que trop lieu aux bruits les plus infâmes, & lesefforts qu’il fit pour les étouffer, par des actes extravagans d’une dévotionsointe, fournirent à ses ennemis un prétexte de le faire passer pour un Prin-ce fans religion & pour Athée (c).

í?} Î" e m ême p. 270. (c) Du Vernir Frosopographig T. III.

J-e même, p, 571, 272.