156 HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII.
Section l’Hypocrisie & la Tyrannie , c’est-à-dire contre le Roi de Navarre &1J f- Henri III.
Rùhdtla Sixte V. venoit de succéder à Grégoire XIII. Ce nouveau Pape con-Maism de damna la conduite de son Prédécesseur qui avoir favorisé la Ligue, & seValois. conduisit lui-même d’une façon non moins extraordinaire. II parla du Car-
-“ dinal de Bourbon, comme d’un homme foible, prévenu & qui avoir de
Le Pape ex- tonnes intentions, & des autres Chefs de la Ligue comme ils le méritoient;Roi de Na - 1 prévit Sc prédit tous les maux qui arrivèrent dans la mite ; Sc commevarre & le S '11 eût voulu lui-même accomplir fa prophétie, il accorda au Duc de Ne*Prince de vers une Bulle par laquelle il excommunioit tous ceux qui prendroient lesCondL armes contre le Roi ; Sc au commencement de Septembre, il en publia uneautre, par laquelle non seulement il excommunioit le Roi de Navarre Sc lePrince de Condé, mais les déclaroit, de la façon la plus altiere Sc dans lestermes les plus méprisans, déchus de leurs dignités Sc inhabiles à succéder(a). Cette Bulle fit grand bruit, mais ne produisit nullement l’effet qu’onen attendoit. Les plus sages Catholiques, surtout ceux qui étoient versésdans l’Histoire & qui connoissoient les Loix du Royaume , l’envisogerentcomme un trait de l’autorité Papale très-mal fondé. C’est ce qui en déter-mina un grand nombre à aller joindre le Maréchal de Montmorenci, com-me les Protestans se retiroient auprès du Roi de Navarre, du Prince deCondé & de M. de Lesdiguieres (b).
L » guerre U étoit tems; car le ij d’Octobre le Roi ordonna à tous ses sujets, parrecommeiir un , de revenir á la Religion Catholique dans l’espace de quinze jours,ce ‘ fous peine de perdre leurs biens, Sc cet Edit fut exécuté à la rigueur (c).Le Roi de Navarre uso de représailles dans ses terres ; il publia aussi sonappel de la Bulle du Pape aux Pairs de France quant au Civil, & fur l’arti-çle de la Religion au Concile Général, auquel il cita le Pape, fous peinede passer pour I’Antechrist ; il fit même afficher cet appel dans les princi-paux carrefours de Rome. La guerre commença de tous côtés, fans grandavantage de part ni d’autre, sinon que le Prince de Condé échoua dans uneentreprise sur Angers, fut obligé de débander ses Troupes, & se sauvaavec quelque peine en Angleterre (d).
* 586 . Aussitôt que la saison le permit, le Roi eut cinq Armées en campagne,dont les Généraux ne prenoient ordre que d’eux-mêmes, & agissoient selonleurs différentes vues. Le Duc de Mayenne étoit avec la plus nombreuseen Guienne, très-sincérement résolu d’exterminer les Huguenots, & s’ilétoit possible de perdre le Roi de Navarre. Le Maréchal de Matignon encommandoit une autre dans le voisinage de Bourdeaux, son grand but étaitde servir le Roi, & il pensait qu’il ne pouvoit mieux le faire, qu’en épar-gnant , autant qu’il dépendoit de lui le sang des sujets de son Maître. LeMaréchal se joignit au Duc de Mayenne, mais bientôt ils se brouillèrenttellement, qu’ils ne firent pas grand chose ni l’un ni l’autre. Le Duc encherchant à se saisir du Roi de Navarre ruina son Armée. II est vrai
(a) De Thou L. LXXXII. Daniel p. 57Z. (c) Les mêmes.
Mezeray P- 291, 292. Daniel ?. ZZZ, 584.
(bj Mezeray ubi sup. Daniel 1 . c. p. 532.