HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. l6?chambre du Roi ial présenta quelques prunes ; & un mouchoir pour Sectiohs’essuyer l’œil qui e'coic souvent humide (a). Sur les huit heures du matin, ix,le Secretaire d’Etat vint dire au Duc que le Roi le demandoït dans son ® e J r j rsCabinet. II y alla & encra dans la chambre par une courte Galerie, quila séparoit de l’antichambre. La porte aiant été aussitôt fermée, comme Valois.
c’étoit la coutume, i! tourna vers le Cabinet de la gauche; aiant levé la ---
tapisserie & s’étant un peu panché pareeque la porte étoic un peu basse,il fut à l’instant atteint de six coups de poignard , qui ne lui laissèrentque le tems de s'écrier, Mon Dieu ayez pitié de moi (b ), il poussa dit-onun si grand soupir, qu’on l’entendit dans fantichambre. Le Cardinal deGuise ëí l'Archevêque de Lyon accoururent, mais les gardes qui étoientà la porte leur -présenterent la pointe de la hallebarde. Ils furent arrê-tés fur le champ tous deux, & conduits dans une chambre au plus hautdu Château (c). La porte de la Chambre du Roi aiant été ouverte ,tous les Seigneurs y entrerent & le Roi leur dit, en adressant la paro-le au Cardinal de Vendôme; Je suis maintenant Roi , que ccux qui fousprétexte de religion entreprendront de troubler f Etat, apprennent par cet exem-ple' ce qu ils doivent attendre de moi. 11 alla ensuite chez la Reine-Mere,qui étoit malade, & lui dit, Madame, je fu s Roi à présent , je n ai plusde Compagnon , le Duc de Guise est mort. On dit, que sans blâmer & fansapprouver ce qu’il avoit fait, elle lui demanda seulement, s’il avoit pré-vu les suites de la mort du Duc de Guise; Oui dit-il, Madame , f ai donnéde Ions ordres. Je le Jouhaite , reprit-elle, b que tout tourne à votre a *vantage , Cela s’accorde avec ce que la plupart des Hiltoriens assurent,que cette Princesse ignora entierement le dessein du Roi ; le fait n’eílpourtant rien moins que certain (*).
(d) Daniel I. c. p. IAS- nîel p. 146.
(b) Cayet T. I. De Thon ubi fup. Da- (c) Les mêmes.
(*) Les Historiens François en général, & même la plupart des Mémoires particu-liers, conviennent que la Reine ignora entierement le projet de tuer le Duc de Guise,& quelle n’eut aucune part aux mesures qu’on prit. Cependant il y a une Relationcurieuse de cette affaire, écrite par un homme, que tout le monde convient qui avoitautant de part à la confiance du Roi que personne, qui en donne une autre idée. CetAuteur est Miron, Médecin du Roi, dont on trouve la relation dans un Ouvrage peurecherché, & qui ne laíífe pas d’êcre ailes rare (r)- 11 est fort exast dans tout ce
qu’il rapporte, & en particulier fur l’articie dont il s’agit ici. II dit, que le 10 de No-vembre, la Reine-Mere, aiant reçu des Lettres de la Duchesse d’Aumale, elle fit prierle Roi de lui envoyer quelqu’un de ses Conlìdens, & l’Auteur lui-même fut chargé del’aller trouver de la part du Roi. Dites au Roi mon fils, lui dit-elle, que je le prie deprendre la peine île descendre dans mon cabinet , poureeque j’ui chose à lui dire qui importe àsa vie, à fin honneur b « fin Etat Miron l’alla auilitôt répéter au Roi, qui descenditchez fa mere avec Miron Cí un autre Favori. Ils entrerent dans le Cabinet de la Reine-Mere, qui fe mit à la fenêtre avec le Roi, tandis qu'iis demeurèrent éloignés dans uncoin du Cabinet; ils n’entendirerit point la converiation du Roi avec ía mere; maisquand elle fat finie la Reine-Mere dit au Roi assez haut, Monsieur mon fils , il s’en faut
(1) Cette Píece curieuse "tirée des MíT. de M. des Cardinaux par •Aolivy , Paris 164s, T. V.> 1 - dupui, ie trouve dans i’fìiítoirc Générale p, 5,1,