HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 1?s
D’abord la playe du Roi ne parut point fort dangereuse, au moins on îe Sectionpublia ainsi, mais de fréquentes faiblesses firent bientôt connoitre qu’il étoit IX.en danger. Le Roi de Navarre averti accourut d’abord au quartier du Roi, R e ™‘ e d r e s l(tdèsqu’il fut instruit du funeste accident qui étoit arrivé. II y a des relations Maison defort différentes de la conversation de ces deux Princes, peut-être égale- Valois.
ment mal-fondées; on convient généralement, que le Roi embrassa ten--"
drement le Roi de Navarre, l'appella son cher frere, le déclara son Suc-
couteau & voici mon Bréviaire (i). Nonobstant tout cela on a voulu faire douter queJaques Clément r it été l’assissin. On dit, que pendant que le Roi lifoit la Lettre qu’illui présenta, quelqu’un qui étoit proche de ce l'rince lui donna un coup dans le ven-tre, & que le Moine fut d’abord étourdi & ensuite massacré pour qu’on ne découvritpas !a vérité- D’autres insinuent qu’on expédia le Moine auparavant, & qu’un autrerevêtu de son habit commit s parricide Mais il n’y a point de preuves de cela,- onallégué seulement qu’un valet de pied du Comte d’Auvergne déclara sur son lit de mort,que ce n’étoit point un Jacobin qui avoit tué le Roi, & que Madame d’Entragues, filledu Comte, avoit souvent assuré la même chose (2). II semble à la vérité qu’on a assezbien prouvé, que Jaques Clément avoit fait profession d’être fidele au Roi , & qu’ons’étoit servi de lui pour porter des Lettres de Blois & de Tours à Paris;ce qui expliquebien pourquoi on ne se délia pas de lui, mais ne le justifie pas de l’assaíiìnat. Au con-traire il est évident, que les Ligueurs étoient bien persuadés qu’il avoit fait !e coup,puisqu’ils ordonnèrent à leurs créatures de le célébrer comme un Martyr, qu’ils exposè-rent son portrait avec des rayons comme un Saint, & qu’ils recompenserent sa mere &quelques-uns de ses parens (3). Une petite circonstance encore semble mettre la chosehors de doute; avant son départ de I’aris on le vit occupé à recoudre ses souliers avecune rdguille & du fil; quelques-uns de ses confrères rioient de fa simplicité, & lui aiantdemandé combien cet ouvrage dureroit, il leur répondit, qu’il dureroit assez pour lechemin qu’il avoit à faire: ce qui prouve qu’il comptoitde périr dans son entreprise(4).La source de toutes ces variétés est l’imprudence qu’on eut de le tuer sur le champ,quelque chose'que la Guesle fit pour i’empêcber, & de jetter son corps par la fenêtrefans l’examiner ; après quoi Richelieu, Grand-Prévôt de l’Hotel, le fit tirer à quatrechevaux & brûler ensuite, par ordre de Henri IV (5). Mais ce qu’il y a de plus diffi-cile à savoir, ce sont les auteurs de l’assaffinat, dont les Historiens ne parlent qu’avecretenue & obscurément , ceux-là mêmes qui à d’autres égards semblent avoir été iesmieux instruits, avouent qu’iis ne peuvent rien dire de certain fur cet article; qu’il estcouvert d’un nuage impénétrable, & doit être renvoyé au tribunal de Dieu, O11 con-vient cependant que le bruit public accusent le Duc de Mayenne & la Duchesse de^lontpenlìer fa sœur. Le premier désavoua le crime de la façon la plus foi te; mais laLucnesse y applaudit, & il y cn a même qui prétendent qu’elle avoit engagé le Scélératà commettre ce crime en lui accordant les dernieres faveurs; on prétend qu’une desPrincipales causes de fa haine contre le Roi, étoit quelle avoit échoué dans une intriguede galanterie avec lui, ce qui l’avoit mile en fureur. II est certain qu’eile & fa m erealierent en Cavosse de ia façon la plus indécente annoncer la mort du Roi au Peuple,& que la Duchesse de Nemours étant entrée dans P Eglise des Cordeliers monta fur les^arches du grand autel & déclama violemment contre le Roi (6) Elles distribuèrentaussi à leurs Anus des écharpes vertes, au lieu des noires qu’ils avoient portées depuisfa mort du Duc de Guiíe. Mais si ce procédé étoit inexcusable, même en des femmes,celui de Sixte V. le fut bien plus, qui n’eut pas. honte d’éiever en plein Consistoire Je2ele du parricide, au dessus de celui d’Eléazar & de Judith (7); chose abominable, obïegne ia superstition & 1 ignorance.
si) M.itthieu.
(z) La fatalité tie St. Cicu Alt, 23,(ì) Mera. de ìa Ligue.
(4} Fatalité de Su clou.
(s) Journal de Henri III. p. ní.(.6) ftlem. de la Ligne.
(7) Fatalité de St, Clou- Art. 18.