HISTOIRE DE FRANCE. Lïv. XXIII. 1S7planches, il fit un pont, fur lequel pendant la nuit, qui étoit fort obscure, Sectioni! fit passer son Armée, son Artillerie & son bagage, desorte que quand le X.
Roi en eut avis, le Prince se trouva de l’autre côté de la riviere, & fa Henrs'iv*
retraite fi bien couverte par des Forts & des redoutes, que les Royalistes_*
en furent simples spectateurs (a). Le Prince de Parme fut si satisfaitde ce coup, qu’on dit qu’il envoya un Trompette au Roi, pour luidemander ce qu’il pensoit d’une telle retraite ? Le Roi, qui étoit demauvaise humeur, lui répondit brusquement, qu’il ne se cohnoissoit pointen retraites, & que la plus belle retraite du monde il l’appelloit une fuite(b). Le Prince de Parme marcha avec une si grande diligence, qu’il nemit que quatre jours pour sc rendre de Caudebec à Charenton ; delà il con-tinua fa route vers les Pays• Bas, & prit chemin fesant Epernai (c). Enattendant, on négocioit toujours; le Roi souhaitoit de s’accommoderavecle Duc de Mayenne (d) ; & les Espagnols firent proposer secrètement àHenri, que s’ií vouloit céder à leur Maître les Duchés de Bourgogne &de Bretagne ils abandonneroient le parti de la Ligue, & l’aideroient à s’é-tablir fur le trône de France.
En d’autres endroits les affaires n’alloient pas trop bien pour le Roi. Mort duLes Princes de Conti & de Dombes affiegerent Craon fur les confins del’Anjou; & le Duc de Mercœur étant venu au secours de la Place, eut le ds norLbonheur de les défaire entierement (§). Cette déroute ranima 1e. Parti dela Ligue de ce côté -là. Le Roi envoya alors le Maréchal d’Aumont pourcommander en Bretagne, & donna le Gouvernement de Normandie auPrince de Dombes, devenu Duc de Montpensier par la mort de son pers.
Henri avoit repris Caudebec & fait fortifier Quillebœuf, pour bloquer parlà Rouen ; le Duc de Mayenne assiégea Quillebœuf, mais inutilement (/).
Le Roi résolut de reprendre Epernai, & en vint assez aisément à bout,mais il en couta la vie au Maréchal de Biron, qui eut la tête emportéed’un boulet de canon, en allant reconnoitre la Place (g). Brantôme pré-tend, que c’est trop peu dire, que de l’appeller le plus grand Capitaine deFrance, & qu’il étoit le plus grand homme de guerre qu’il y eût alors dansla Chrétienté. Le Roi lui avoit fans contredit de grandes obligations ce-pendant on croit que ce Prince fut moins touché de fa perce, parcequ’il lefoupçonnoit d’avoir fait échouer le siégé de Rouen, sachant qu’il n’auroitpas le gouvernement de cette ville, & parcequ’il avoit empêché son filsde défaire l’Armée du Prince de Parme. II étoit homme de Lettres, fortpoli, & avoit une grande capacité; mais il avoit deux grands défauts, ilaimoic le vin & l’argent. Les Ligueurs difoient communément, qu’ilsauroient pu savoir quand ils auroient voulu, pourvu qu’ils eussent assezd’argent pour Tacheter. Après la prise d’Epernai, le Roi congédia lesTroupes Allemandes, commandées par le Prince d’Anhalt; il leur donna
(a) De Th'u L. 01 II. Mezeray T. VI. (d) Mem. de Villeroi T. I. Mera. dedu
P- 73- Daniel p. 4.51. Plefíis Mornay T. II.
(D Daniel p. 452. (c) Cayet T. II.
(0 -Oaví'/a L. XIII. (/) Cayet I. c. Mezeray I. c. p. 77.
ìg) Davila L. XIII. De Thou.
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