HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 2o?
avancé dans le voisinage avec un Corps de Cavalerie, retourna à son camp Sectiondevant la Fere. Calais se rendit le 22 d’Avril (a). La Fere capitula le x.
22 de Mai (b) ; c’étoit une Place de conséquence ; mais le Roi eut beau-
coup de chagrin de la perte d’Ardres, qui fut prise le lendemain par le sieur '
de Rosne, qui en avoit entrepris le siégé, malgré l’opposition de presque
tout le Conseil de guerre Espagnol. II ne jouit pas longtems de la gloire
qu’il avoit acquise, aiant été tué la même année par un boulet de canon au
siégé de Hulst (c).
Le Cardinal de Medicis, que le Pape avoit envoyé en qualité de Légat Embarrasen France, fit son entrée à Paris le 25 de Juillet, ik le Roi eut tout sujet du Riitde se louer de sa conduite. II reçut froidement des gens qui avoient envied’exciter de nouvelles disputes entre le Roi & la Cour de Rome, & fit toutce qui dépendoit de lui pour maintenir la tranquillité du Royaume (d). LeRoi ne laissoit pas d’avoir encore bien des embarras. Le Duc de Mercosurse soutenoit encore en Bretagne par le secours des Espagnols, & amusa leRoi par des négociations peu sincères, bien que Henri eût permis à la ReineDouairière , sœur du Duc d’aller le voir, & de lui offrir tout ce qu’il pou-voit desirer. Les Huguenots, pouffes par les Ducs de Bouillon & de laTrimouille,furent fur le point de prendre des résolution dangereuses, quele Roi eut bien de la peine à prévenir (e). D’aiileurs l’argent lui manquoictellement, que dans son camp devant la Fere, il n’avoit pas les choses lesplus nécessaires à la vie (f). Henri ne perdit pourtant pas courage, il en-voya le Maréchal de Biron dans l’Artois, où il fit le dégât comme les Es-pagnols l’avoient fait en France. L’état de ses affaires l’obligea à faire uneAlliance offensive & défensive avec s Angleterre & les Etats Généraux (g);
& pour mettre ordre aux affaires du Royaume, il convoqua une Assembléedes Notables à Rouen; on y fit quelques bons reglemens, & on prit quel-ques mesures pour contenter les Huguenots (‘h ). La Reine d’Angleterreenvoya au Roi l’Ordre de la Jarretière, comme une marque de la sincéritéde fa réconciliation avec lui ( /). Les Huguenots qui avoient transféré leurassemblée de Loudun à Vendôme, & de là à Chatelleraut, continuoientà donner beaucoup de peine au Roi, malgré tout ce qu’il pouvoit fairepour les tranquilliser (k). II soupçonna dans leur procédé plus de fac-tion & d’intrigue que de zele de Religion ; car tandis que le Royaume étoicattaqué, ils fortifioient leurs Places & y mettoient des garnisons, au lieude lui envoyer des Troupes ; & pour fournir à la dépense ils saisirent lesdeniers Royaux. Dans leurs Requêtes ils prenoient des libertés, qui cha-
(a) Mezeray, Daniel p. 174.
(/>) Les mêmes.
(cJ Cayet T. 111 . Daniel y. 179.
(d) De Thoul. c. Daniel p. 182.
(e) Le même, p. 185 & íuiv.
(/) Le même, p. 189.
(g) De Thou ubi sup.
(A) Sulli Mein. L. VII.
(r) Cambdeni Annal. Elisabeth, p, 732.(A) Sulli 1 . c.
jours, Calais étant pris. La raison qu’on en donna, c’est que les François aimoientmieux qu’il fût entre les mains des Espagnols qu'en celle^des Angiois ; on prétendmême que Henri avoit dit à ce sujet, nous sommes anciens ennemis. & tout nouvelle-ment amis.