210 HISTOIRE DE FRANCE. Ltv. XXIII.
Section spagne. Leur approche causa de grands débats dans le Conseil du Roi.
X. Le Maréchal de Biron fut d’avis daller combattre les ennemis; le Duc deHenrflV* Mayenne s’y opposa fortement. Le Roi prenant la parole, lui demandaenn rp qn’il jugeoit donc à - propos de faire? „ Votre dessein, Lire, reprit le„ Duc, est de prendre Amiens, & non point de gagner une bataille. Vos„ retranchemens font très - forts , laissez votre Armée derriere , & ne„ mettez pas votre Royaume au hazard avec une Armée égale à la vôtre,„ & composée d’excellentes Troupes. Je connois les Espagnols, ils ne,, bazarderont pas volontiers, ôc n’entreprendront pas de vous forcer (a)".Le Roi s’en tint à cet avis. L’Archiduc s’avança vers les lignes, & uneterreur panique saisit ceux 1 qui étoient dans les tranchées, desorte qu’ilsprirent la fuite. Mais le grand feu de l’Artillerie Françoise arrêta lesEspagnols, &l’Archiduc par un excès de précaution perdit une occasionfavorable. S’étant néanmoins avancé pour attaquer l’endroit le plus foibledes retranchemens, le Duc de Mayenne posta si bien six pieces de canon,qu’elles firent un terrible effet parmi les Espagnols, qui se retirerent. S’ilsavoient avancé seulement deux - cens pas, ils auroient réussi. Le Duc fitfortifier les endroits foibles du retranchement de façon que le lendemainl’Archiduc n’osa l’attaquer, & prit le parti de se retirer. Amiens se ren-dit à des conditions honorables le 25 de Septembre (b). Le Roi portalui-même les nouvelles de la prise de la Place à Arras où l’Archiducétoit malade; il s’avança avec son Armée jusques près des murs de laville, & la salua de quelques volées de canon. II résolut de finir lacampagne par le siégé de Dourlens, pour éloigner l'ennemi davantagede ses frontières; mais la mauvaise saison, & la fatigue de ses Troupess obligèrent à décamper, en sorte qu’il auroit mieux valu ne point entre-prendre’ce siégé (c).
Change* Le Roi fut reçu à Paris avec de grandes démonstrations de joie. SesTaise affaires avoient entierement changé de face, & il se voyoit sur le point
jw IffJns d’être tout-à-fait maître de son Royaume. Lesdiguieres, quoique con-du Roi. traint de lever de l’argent fur son crédit, avoit déconcerté tous les des-seins du Duc de Savoye, nonobstant les secours que lui donnoit !'Espa-gne; il avoit pris cinq ou six Places, battu plusieurs fois ses Troupes,& répoussé son Armée quand elle l’avoit attaqué dans son camp, en-sorte que le Duc fatigué par ce vieux Renard, ainsi qu’il appel loi t Les-diguieres, n’aiant jamais pu le surprendre, commença à penser sérieuse-ment à la paix ( d ) , damant plus qu’il apprit, que le Roi Catho’iqueavoit dessein de la faire par la médiation du Pape. Henri étoit fort por-té à conclure avec l’un'â l’autre, quoiqu’il eût découvert que la Courde Madrid avoit encore des partisans dans Paris, restes de la Faction desSeize, qui avoient tenu des assemblées après la surprise d’Amiens. Aiantété surpris, sept furent pendus & d’autres bannis. Deux Avocats, funde Beauvais & l’autre de Paris, par le moyen defquels le Duc de Mer-
(d) Daniel p. 223, 223. (c) Mezeray, p. 179.
(Js) Le même, p. 224 k siiiv, Mezeray (d) Daniel 1 . c. p. 240.p. 177» 178 De Thou 1 . c.