HISTOIRE DE FRANCE. Liv. XXIII. 215
Grand Duc aiant consenti à évacuer les Isles de Marseille à condition que Sectionle Roi se déclareroit son débiteur de deux-cens mille écus d’or, & lui don- x.itérait pour caution douze personnes en France qu’i! nommerait, il renon- jjênrfiv*
Ça volontairement à la caution , sachant que cet article feíòit de la __'
peine au Roi. Ce Traité & celui de Vervins se firent & s’exécuterenten même tems , & par là le Roi devint entierement maître de sonRoyaume («). Avant la fin de satinée le Roi mit un excellent ordredans ses Finances , licencia une partie de ses Troupes & prit desPrécautions contre les désordres qui pouvoient en arriver ; il satisfit auxremontrances du Clergé de France, & se rétablit d’une dangereuse fievre,dans le même tems que Philippe II. son ancien ennemi mourut , ce quiassura la continuation de la paix ; le fils de Philippe n’étoit pas d’un carac-tère à recommencer une guerre, qui avoit épuisé ses Etats, & fans quel-ques-uns des anciens Ministres, le Duc de Derme auroit été fort disposéà laisser le reste de l’Europe en paix.
Au commencement de satinée, le Roi par le conseil du Baron de Idée de!'ad-Rosni, remit au peuple le reste des impôts qui étoit dû, óe qui alloit mìmstra-à vingt millions (/;). Ce Ministre observa très - sagement , que le Roipouvoit bien donner ce qui ne pouvoit jamais se payer, & en même temss ’en fit un motif d’œconomie pour l’entrelien de la Cour, & des pensionsque le Roi donnoìt. La grande maxime de Rosni étoit, que dans le ma-niment des Finances , on avoit moins besoin d’un grand genie & d’unelongue expérience, que de jugement & de probité. II mit en œuvre tousles moyens possibles pour acquitter les dettes de son Maître, & pour main-tenir l’Etat sur un pied honorable sans opprimer Je peuple. Ce qui fait1 ’'éloge du Roi, c’est que ces talens lui firent chérir son Ministre, & eneffet ce Prince étoit véritablement le pere de ses sujets. II se fesoit unePeine de les charger, & étoit charmé de les voir à leur aise. Le Baronde Rosni non content d’être bon œconome, & de faire son devoir avec laplus scrupuleuse fidélité, voulut que le Roi lui-même fût au fait de ses af-faires, malgré fa vivacité naturelle, qui ne lui permettoit pas de Rappli-quer longtems (c). De Rosni réduisit tout le système de Finances en abré-gés sommaires, par lesquels le Roi voyoit dans un petit espace les diffé-rentes branches de recette & de dépense. 11 est presque inconcevable enc °mbien peu de tems cet habile homme débrouilla le Chaos où ses prédé-cesseurs avoient mis les affaires, & y remit l’ordre. 11 levoit les revenusde la façon la plus prompte & la moins dispendieuse, parcequ’il étoit per-suadé que tout homme employé à cela étoit perdu pour l’Etat, qui ne lass-ait pas de l’entretenir. 11 diminua toutes les dépenses publiques, mais enAême tems il payoit tout le monde ponctuellement, & avoit foin que leRoi eut dans son épargne dequoi pourvoir aux dépenses qui pouvoientsurvenir, sans avoir besoin de charger le peuple, ou d’emprunter. Voi-
un exposé succint de l’administration de ce grand Ministre , auqueldous n’ajouterons qu’un seul trait , c’est qu’au lieu de faire servir son
(«) Daniel I. c. p. 278.
0 >; Mem. de Sulli T. m. p. 295, -96.
(c) Mczeray 1. c. p. 2 n.